La climato-réaliste : La lumière verte au bout du tunnel

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Magali Boisvert. Photo: David Ferron.

Après que ma dernière chronique ait été partagée dans le Nouvelliste, j’ai trouvé que la barre était assez haute pour ma prochaine. De quoi parler maintenant? Il y a tant à dire. Je pourrais parler de la « crise ferroviaire », ou devrait-on dire « la magnifique désobéissance civile écocitoyenne de la nation Wet’suwet’en » (je l’admets, c’est un peu moins concis comme mot-clé).

Je pourrais parler de l’urgence d’agir, des glaciers qui fondent, des inondations printanières qui s’annoncent et que l’on devrait mieux prévenir. Les lacunes en transports en commun en Mauricie me viennent en tête. Ou encore l’important essai publié chez Lux Lettre d’un député inquiet à un premier ministre qui devrait l’être de Gabriel Nadeau-Dubois sur l’urgence climatique que j’ai dévoré l’autre jour.

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Mais aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes, il fait soleil. Je sens les rayons caresser doucement mes jambes alors que j’écris et j’ai le goût de partager du positif. Alors jasons de ce qui nous attend de l’autre côté de la lutte, ce pour quoi l’on a marché à coups de milliers, en septembre dernier, à Trois-Rivières. Quelles sont ces sources de lumière verte à l’autre bout du tunnel?

Au bout du tunnel, la décroissance

La décroissance, seule piste selon moi pour atteindre un équilibre entre l’humain et la terre, c’est aussi décroître nos rythmes de vie effrénés. Ne voulez-vous pas vous asseoir avec moi confortablement, replier vos jambes en indien et savourer le temps qui coule?

Quand chercher le bien-être et viser la décroissance sont parallèles, il est facile de faire d’une pierre deux coups. Faire moins d’heures mais moins dépenser inutilement (alias: choisir une voiture économique au lieu d’un VUS), c’est aussi ça, la décroissance. Parce que le bonheur ne résidera pas nécessairement dans le nombre de voyages en avion que l’on fera mais résidera plutôt dans notre capacité à être dépaysé.e devant les petites merveilles du quotidien.

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La foule de 4000 personnes lors de la marche pour le climat du 27 septembre dernier à Trois-Rivières.

Au bout du tunnel, la jeunesse

O Captain! My Captain! Ces rebelles élèves debout sur leurs pupitres avec dans la bouche les mots de Walt Whitman dans l’un de mes films cultes, Dead Poets Society, je les vois aussi dans les rues aujourd’hui. Je vois des jeunes s’opposer aux dirigeant.e.s qui les souhaiteraient voir s’asseoir bien sagement devant les défis qui nous attendent, et ça me rend fière. Et l’on doit se rappeler que c’est pour les prochaines générations que l’on marche.

Les élèves, qui se seront déversé.e.s par milliers dans les rues du Québec et du monde, rivaliseront de fougue, de courage et de créativité pour amorcer cette transition nécessaire. Avec Extinction Rébellion (un groupe de tous âges, je l’accorde, mais dont les jeunes constituent une bonne partie) à Montréal, au Salon de l’auto, on a vu des jeunes se promener en voiture de carton et on verra des jeunes qui mettent l’art au service de l’écologie.

Il y aura aussi des maîtres memeux.euses qui auront utilisé les mèmes pour faire rire et sensibiliser (au lieu de, mettons, partager des messages discriminatoires et sexistes). (La page que je préfère est de loin Rigolades Anticapitalistes pour Étudiant.es éco-anxieux, délicieusement baveuse.) Les jeunes naîtront au bout du tunnel; je veux que le monde qui les attend soit vert, et pas en ruines.

Au bout du tunnel, nos aîné.e.s

La décroissance, c’est aussi le retour aux sources et de revenir dans les traces déjà faites par celleux avant nous. De plus en plus de gens s’initient aux arts oubliés : le tricot, le métier à tisser, la couture. Ou encore sortent les vieilles recettes de leurs grands-parents pour la fabrication de produits ménagers ou de maquillage ou encore de bonne bouffe avec des aliments locaux de saison.

On réapprend à entretenir nos outils, réparer nos vélos ou nos grille-pains (comme avec des initiatives de Réparo-thon où j’ai vu qu’une bonne partie des bénévoles étaient des retraité.e.s). On réapprend à profiter des marchés publics, des friperies, des bonnes vieilles guenilles au lieu d’essuie-tout. Toutes ces connaissances ancestrales, ça aura tissé un pont entre les générations, cruellement éprouvé de nos jours. On marche main dans la main avec nos aîné.e.s, parce qu’ils et elles nous auront tout appris et tout légué.

Au bout du tunnel, l’engagement politique

Peu importe de quel côté vous penchez économiquement (droite, gauche, quelque part dans le milieu ou encore l’anarchie), la lutte climatique vous aura probablement fait vous intéresser à la chaîne parlementaire un tout petit peu plus. Le dialogue politique se rendra de plus en plus et on comprendra davantage l’impact qu’a notre voix sur l’avenir du Québec et du Canada.

Que vous arboriez un chandail de Québec solidaire ou que vous abhorrez ce parti, au moins, vous aurez entendu parler du troisième lien, de GNL Québec ou des terres non-cédées sur lesquelles vous vous trouvez. Et ça, ce n’est pas négligeable.

Au bout du tunnel, une lumière verte

On apprend au moment où j’écris ceci que le projet Teck Frontier vient d’être abandonné. J’en profite donc pour souffler et me réjouir, chose à laquelle on ne se donne pas souvent le droit comme écocitoyen.ne engagé.e.

Mais la lutte est loin d’être finie. Plus que jamais, on doit se rappeler les raisons pour lesquelles on se doit de changer drastiquement. Parce qu’on ne verra peut-être pas le bout du tunnel nous-mêmes, mais vos enfants et vos petits-enfants, oui. Et il en est de notre devoir de leur léguer cette lumière verte au bout du chemin qui est toujours à portée de main — mais pas pour longtemps.

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