La FémiNazgûl: SFFFF: Science-fiction, fantasy, fantastique… féminisme

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Marie Labrousse. Photo: David Ferron.

La science-fiction, la fantasy et le fantastique (aussi regroupés sous les termes de SFFF ou genres de l’imaginaire) sont traditionnellement perçus comme masculins. Les femmes restent moins nombreuses que les hommes dans le monde (les mondes) de l’imaginaire, que ce soit en tant qu’autrices, lectrices, spectatrices, joueuses… ou personnages. La réalité peut varier selon le type de média : alors que les lecteurs sont fréquemment des lectrices, les joueurs de jeux vidéo ou de jeux de rôles sont moins souvent des joueuses, même si la situation évolue peu à peu.

Le fossé est plus grand du côté de la création : si les autrices sont plutôt nombreuses, c’est moins le cas des réalisatrices et des conceptrices de jeux… Les genres de l’imaginaire ne sont eux-mêmes pas égaux sur cette question. Autant la science-fiction est encore vue comme plutôt masculine, autant certains sous-genres de fantasy sont considérés comme féminins, notamment la bit-lit (oui, je parle de Twilight…).

Toutefois, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui, la SFFF est parsemée de femmes qui ont contribué à donner au(x) genre(s) ses lettres de noblesse. Pour cette première chronique concernant ce thème, je vous propose une petite rétrospective historique de certaines de ces femmes, qui sont bien plus nombreuses qu’on ne l’imaginerait au premier abord (pour cette raison, je me limiterai à la littérature).

Les « précurseuses »

En 1666, Margaret Cavendish publie Le Monde glorieux : parfois rattaché au genre de l’utopie ou au genre satirique, ce récit est considéré par certains.es comme une des premières œuvres de science-fiction. C’est l’un des premiers romans à imaginer la notion d’univers parallèle, univers auquel Alan Moore fera d’ailleurs référence trois cents ans plus tard, dans La Ligue des gentlemen extraordinaires.

C’est à une femme, Mary Shelley, que l’on doit l’œuvre encore considérée aujourd’hui comme le premier roman de science-fiction moderne. En 1818 paraît Frankenstein ou le Prométhée moderne, célèbre histoire d’un scientifique parvenant à donner vie à sa créature. Mary Shelley n’arrêtera pas là dans le monde de la science-fiction, puisqu’elle publiera, huit ans plus tard, Le Dernier homme, un roman d’anticipation, dont l’action se déroule en 2092. Cette oeuvre est considérée comme l’une des premières dystopiques et post-apocalyptiques, bien avant que ces thèmes ne deviennent plus à la mode.

Un passage à vide avec quelques éclats

Paradoxalement, après ce démarrage en force, les femmes restent rares au sein des littératures de l’imaginaire pendant les 150 années suivantes. Celles qui s’y essayent, au début du 20e siècle, utilisent d’ailleurs fréquemment des pseudonymes masculins afin d’être publiées.

C’est à une femme, Mary Shelley, que l’on doit le premier roman de science-fiction moderne.

Parmi elles, Gertrude Barrows Bennet, qui publie ses nouvelles et romans sous le nom de « Francis Stevens », est parfois considérée comme l’une des inventrices du sous-genre de la dark fantasy avec ses romans The Citadel of Fear (1918) et Claimed (1920), aux thèmes très « lovecraftiens ». Une rumeur persistante (mais aujourd’hui démentie) prétend qu’Howard Phillips Lovecraft lui-même lui aurait écrit pour lui dire qu’il admirait son écriture…

Dans les années 1920-1930, les pulp magazines, publications peu coûteuses où paraissent de nombreuses nouvelles de fiction dans des genres variés, connaissent leur pic de popularité. Les autrices publiées dans les pulps sont rares, en particulier dans la SFFF. Catherine Lucille Moore, plus connue sous ses initiales C.L. Moore, constitue une exception notable. À noter que les couvertures des pulps présentaient très souvent des femmes peu vêtues, afin d’augmenter le potentiel des ventes. Les auteurs, conscients de ce fait, s’organisaient pour introduire dans leurs histoires au moins une scène où un personnage féminin se retrouvait très déshabillé, dans le but d’être sélectionné afin de  figurer en couverture. C’est ainsi que s’est popularisée une tradition dont on a encore du mal à se débarrasser aujourd’hui…

Le tournant des années 1960 et les incontournables

Dans son essai Partners in Wonders (2005), Eric Leif Davin estime que jusqu’en 1960, seuls 10 à 15% des contributions à la science-fiction ont été écrites par des femmes. La situation commence à changer lors des années 1960, du fait de la seconde révolution féministe et des mutations du genre de la science-fiction, qui fait exploser le nombre d’autrices.

Jusqu’en 1960, seuls 10 à 15% des contributions à la science-fiction ont été écrites par des femmes.

En 1969 paraît La Main gauche de la nuit, d’Ursula K. Le Guin. Présentant les rouages politiques d’une civilisation extraterrestre dont les individus sont asexués.es, le roman obtient deux des plus prestigieuses distinctions décernées aux œuvres de SFFF : le Prix Nebula (1969) et le Prix Hugo (1970). Devenue célèbre, Ursula K. Le Guin connaîtra une carrière prolifique et publiera de nombreuses nouvelles et romans, dont beaucoup explorent les mêmes univers. Le Cycle de Terremer et le Cycle d’Ekumen (auquel appartient La Main gauche de la nuit) sont sans doute les plus connus. Ursula K. Le Guin est aujourd’hui devenue une figure incontournable de la science-fiction et de la fantasy.

Parmi ses consœurs célèbres ayant également publié en SFFF, tout au long de la deuxième moitié du 20e siècle et au début du 21e siècle, on peut notamment citer Anne McCaffrey et son cycle La Ballade de Pern, Marion Zimmer Bradley avec Ténébreuse ainsi que le Cycle d’Avalon, qui le mythe arthurien du point de vue des femmes, ou encore Robin Hobb, autrice des cycles de L’Assassin royal et des Aventuriers de la mer.

Canadiennes et Québécoises en SFFF

Le Canada et le Québec ne sont pas en reste, et plusieurs femmes s’y démarquent en SFFF. Du côté anglophone, on peut bien évidemment citer Margaret Atwood, dont la dystopie La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale, 1985) a été adaptée en série télévisée en 2017. Judith Merril, autrice et également éditrice de science-fiction, est connue pour avoir travaillé à la promotion de la science-fiction canadienne dans les années 1980. La bibliothèque publique de Toronto dispose encore de sa collection d’ouvrages relatifs à la science-fiction, dont elle leur a fait don en 1969.

Plusieurs femmes se démarquent dans les genres de l’imaginaire au Canada et au Québec.

Au Québec, Anne Robillard est connue pour son cycle des Chevaliers d’Émeraude. Élisabeth Vonarburg, autrice de science-fiction depuis les années 1970, a notamment publié deux séries, le Cycle de Tyranaël dans les années 1990 et Reine de mémoire dans les années 2000. Elle est également reconnue pour on implication dans le milieu de la science-fiction québécoise : elle a fréquemment écrit pour le magazine Solaris, dont elle a été directrice littéraire (1979-1990) et rédactrice en chef (1983-1986). Les Éditions Alire lui ont décerné le titre de « Grande Dame de la science-fiction québécoise », par comparaison avec ses homologues américaines.

https://voir.ca/livres/1999/11/11/la-sf-au-feminin-femmes-de-reves/

https://www.pochesf.com/index.php?page=femmesf

https://lageekosophe.com/2018/03/15/autrices-science-fiction/

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