Home Chroniques La petite ténébreuse: Auschwitz ⎯ Une visite en enfer

La petite ténébreuse: Auschwitz ⎯ Une visite en enfer

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Photo: M. Robitaille
Photo: M. Robitaille

Le 27 janvier 2015 marque le 70e anniversaire de la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz par l’Armée rouge.

Le camp est situé au sud-ouest de la Pologne. La localisation isolée de la ville permettra aux nazis de développer un complexe extrêmement efficace d’élimination des Juifs. En bref, le camp contenait trois pavillons. Auschwitz I, camp qui accueille les prisonniers politiques soviétiques. Birkenau, le plus grand détachement du camp d’extermination et finalement, Monowitz, aujourd’hui disparu, était un camp de travail. Le camp ouvre en 1940, mais dès 1942, les chambres à gaz seront mises en marche et les exterminations de masse débuteront. Pendant près de trois ans, les nazis élimineront près d’un million de personnes. Puis, au matin du 27 janvier 1945, l’Armée rouge libèrera les prisonniers encore en vie.

Mon expérience

En 2008, j’ai eu la chance de m’inscrire à un cours d’histoire avec l’Université de Montréal se déroulant en Normandie. J’ai rapidement ressenti un besoin viscéral de terminer mon expérience en Pologne. J’ignore toujours pourquoi ce besoin est monté en moi, mais il était clair que je ne pouvais pas fouler le sol de l’Europe sans mettre mes petits pieds de Québécoise à Auschwitz. Dès mon arrivée à Cracovie, j’ai acheté mon billet pour le site aujourd’hui nommé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Je pensais être bien préparée à ma visite. J’avais déjà vu tous les films et documentaires sur le sujet. J’ai même ri en lisant les conseils du Lonely Planet qui mentionnait que la visite était difficile et que plusieurs visiteurs s’effondraient à la découverte des lieux.

Alors je suis montée dans l’autobus…

En chemin, une guide expliquait grossièrement la réalité du camp d’extermination et le déroulement de la journée. D’abord, la visite d’Auschwitz I était au programme, suivi d’un léger repas pour terminer avec la visite de Birkenau. Après explication de l’horaire, un documentaire a été présenté. Ce documentaire, j’en connaissais le contenu par cœur. J’ai donc préféré regarder le paysage. Pendant environ 60 minutes, les touristes sont entraînés à travers une route rurale qui traverse une forêt de conifères. Une route qui ressemble un peu à la campagne du Québec.

À Auschwitz I, les bâtiments sont en briques, bien isolés et très bien construits. À Birkenau, la réalité est toute autre. Les baraquements sont en bois et contiennent des lits à plusieurs étages, aussi en bois. Les prisonniers de Birkenau y étaient d’abord pour travailler, mais ils y étaient tous pour mourir.

Une fois arrivée sur le site, j’ai été déstabilisée lorsque j’ai aperçu des stands à hot-dogs à l’extérieur du camp… Je n’arrivais pas à me sortir de la tête les personnes décédées ici et je ne comprenais pas pourquoi les commerçants avaient choisi cet emplacement exact pour faire de l’argent. Soudainement, je me suis sentie envahi d’un sentiment de dégoût. Je me sentais comme une voyeuse, une charognarde qui venait se délecter de la misère des autres.

Auschwitz I

Le premier camp est séparé en plusieurs salles d’exposition permanentes. Les plus marquantes sont sans nul doute celles des souliers et des cheveux. Imaginez-vous une salle de classe remplie jusqu’au plafond de cheveux humains, rasés aux prisonniers pour éventuellement les transformer en tissus. Dans cette salle, une odeur de boule à mites a envahi mes narines. J’étais là, devant la vitrine, à contempler l’horreur qui se dressait devant moi.

Soudainement, je me suis sentie envahi d’un sentiment de dégoût. Je me sentais comme une voyeuse, une charognarde qui venait se délecter de la misère des autres.

Mais la découverte de l’infamie ne faisait que commencer, car je me dirigeais vers la chambre à gaz. Il est possible d’y entrer, oui. À l’intérieur, les traces d’ongles faites par les prisonniers sur les murs sont encore visibles. Des traces qui sont présentes du plancher au plafond, les gens s’empilant les uns sur les autres pour éviter de respirer le gaz… Les techniques d’asphyxie ont demandé de l’ajustement avant d’être efficaces et malheureusement, plusieurs personnes ont subi une agonie lente et cruelle avant de rendre l’âme. Je suis entrée dans cette fameuse chambre et j’ai eu peur que la porte se referme aussitôt…

Birkenau

À Auschwitz I, les bâtiments sont en brique, bien isolés et très bien construits. À Birkenau, la réalité est toute autre. Les baraquements sont en bois et contiennent des lits à plusieurs étages. Les prisonniers de Birkenau y étaient d’abord pour travailler, mais ils y étaient tous pour mourir. Les chambres à gaz et les fours crématoires fonctionnaient 24 heures sur 24 dans les derniers mois de la guerre. Un réseau ferroviaire en Europe était exclusivement réservé au transport des prisonniers vers les camps. Une de ces voies arrêtait directement à Birkenau. Elle y est toujours aujourd’hui, ainsi qu’un des wagons à bestiaux qui étaient utilisés pour transporter les gens.

Je suis rentrée à l’hôtel complètement éreintée. Lorsque l’effervescence est tombée, lorsque la bulle du voyage a éclaté, je me suis retrouvée face à moi-même avec mes émotions. Il est difficile de réaliser et surtout de comprendre l’ampleur de l’enfer qu’était Auschwitz. Encore aujourd’hui, après bientôt sept ans, les émotions sont toujours à vif.

Je n’ai pas mangé de hot-dog. J’avais mal au cœur en sortant de la chambre à gaz. J’ai pleuré devant les cheveux et les souliers. J’ai compris, ce 10 juin 2008, que c’était arrivé pour de vrai

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