La plume de travers : hommage au poète mal rasé

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Crédit : Radio-Canada

Nouvelle rentrée, nouvelle chronique. J’aurai la chance de signer cet automne une page littéraire pour le Zone Campus. Ma première contribution se veut un hommage à celui-là même qui inspira le nom de cette chronique. (Et merci au rédacteur en chef Alexis Lambert, pour la suggestion). Chapeau bas au plus grand des poètes mal rasés du Québec!

Et j’ai nommé Plume Latraverse. Pour la courte bio, Plume, Michel de son véritable nom, est né à Montréal en 1946. Après une courte collaboration au sein du groupe Triniterre avec Pierre Landry et Pierre Léger, au début des années 70, Plume fait toujours guitare solo. Faux, en fait, Plume sera aussi reconnu pour son duo avec Stephen Faulkner, celui qu’il nommera (malgré lui) Cassonade. Mais c’est la sortie du disque Plume pou digne, en 1974, qui marquera sa consécration.

«Mettez vos lunettes su vot banc / Assoyez vous ben hardiment / vot joint dans l’anus vot bière ent les dents / Ça n’en prend pas plus cher parents chers enfants / Pour faire un bon show.» – Rideau, Plume Latraverse, sur Plume pou digne en 1974

Je n’ai pas pour ambition de raconter la vie de Plume Latraverse. Encore moins d’en faire une critique musicale. Ainsi, attardons-nous aux textes. Et quels textes! L’album démarre en coup de poing avec l’inimitable, l’inévitable Rideau (si vous payez le cognac…). Cette chanson, aux expressions scabreuses, choquantes, donne tout de suite le ton: celui d’une carrière et d’une réputation de gros ours mal léché. Par contre, ce qui est malheureux, c’est que le grand public ne se souvienne que de cette facette d’un artiste entier…

Une réputation de troubadour bourru

En effet, encore à ce jour, les chansons les plus connus de Plume sont toujours Rideau, Jonquière et la gigantesque Bobépine. La première, une ballade racontant une anecdote de spectacle (Plume trop ivre pour se présenter sur scène); la seconde, un morceau au texte simple, voir simpliste, prétexte à la musique énergique. On en reste au parfum de scandale, à l’humour fécal et à l’image de gros troubadour bourru. Pourtant, Latraverse est avant tout un chansonnier, et donc, un parolier. Bien plus près d’un Brassens que d’une véritable icône du rock, il a bien mieux à offrir en frais de vers!

«Mon père qui dors pas répète dans sa tête tout bas / Il faut que j’alle jouer à la balle avec mon gant […] À mesure que je grandissais j’avais un idéal / C’était de jouer à la balle / Et lorsqu’il y a eu un grand changement / Lorsque j’ai eu mon deuxième gant.» – Chambre à louer, Plume Latraverse, Plume en noir et blanc.

Plume Latraverse, le plus grand des poètes mal rasés du Québec! Crédit : Allomusic.fr

Une fine plume, avant tout

La meilleure manière d’apprécier la qualité des mots de cet auteur est de l’écouter en live. D’ailleurs, il offrit plusieurs disques enregistrés devant public. Celui que je considère le plus puissant est sans conteste Plume en noir et blanc, enregistré en 1976 au Patriote. Il contient Chambre à louer, un morceau mi-chanté, mi-narré, bien plus profond qu’il ne peut le laisser voir. Ce texte est une véritable litanie, l’appel d’un foyer perdu, d’un confort espéré. Les premiers vers traitent de l’abandon de ce narrateur par son père.

À la façon dont plume déclame, l’on s’attend toujours à entendre ce père réclamer son «grand». Mais en fait, il veut son «gant», pas son enfant. Cela est encore plus évident quand il dit que tout a changé avec l’arrivé de son deuxième… «gant». L’on en vient à vivre cet espoir gâché, tout comme le narrateur, une déception renouvelée qui accentuera la plainte finale, la recherche d’un «ni douillet».

Néanmoins, je considère (tout comme Plume lui-même) que son grand chef-d’oeuvre demeure Les pauvres. Il s’agit d’une longue critique des nécessiteux (plus de neuf minutes!). En fait, il s’agit d’une critique ironique, débitant tous les lieux communs au sujets des basses classes sociales. En effet, Plume nous fait réfléchir sur le regard et la culpabilisation portés sur les plus pauvres. Car c’est aussi ça rencontrer les texte des Latraverse, il faut creuser un peu plus loin que la couche mal polie.

« Les pauvres ont du vieux linge sale, les pauvres, ça s’habille ben mal / Les pauvres se font toujours avoir, sont donc ben pas d’affaires! / Les pauvres s’achètent jamais rien, les pauvres ont toujours un chien / Les pauvres s’font prendre à voler, y s’font arrêter » – Les pauvres, plume latraverse, all dressed 1978

 

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