La plume de travers : le poids de la neige

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Étienne Gélinas : La plume de travers. Crédit : Sarah Gardner.
Crédits : Leslibraires.ca

Pour faire suite à ma chronique sur Le fil des kilomètres, j’ai décidé de vous parler cette semaine du roman Le poids de la neige. Il s’agit du deuxième roman de Christian Guay-Poliquin, qui lui vaudra tous les honneurs : le prix littéraire du Gouverneur général, le prix littéraire France-Québec, le prix Ringuet, le prix littéraire des collégiens, en plus d’être traduit en plus de quinze langues. Un incontournable du paysage littéraire québécois contemporain. 

Un maître de l’intrigue…

Avec ce roman, l’auteur fait une suite directe à son premier roman. La panne d’électricité plongeant l’Amérique dans le chaos fait toujours rage et le protagoniste, toujours sans nom, devra affronter l’hiver reclus dans la campagne profonde. Le problème, c’est qu’il                                                                    est incapable de s’occuper de lui-même.

ce huis clos, littéraire comme littéral, apportera son lot de tension et d’intrigues.

En effet, suite à un accident de voiture, ses jambes sont presque inutilisables et il est plongé dans une fièvre ardente. Cependant, un vieil homme, nommé Matthias, prendra soin de lui durant tout l’hiver, en échange de denrées apportées par les autres villageois.

Évidemment, ce huis clos, littéraire comme littéral, apportera son lot de tension et d’intrigues. Quelles sont, par exemple, les motivations profondes de Matthias? Également, nous verrons les querelles surgir au village, alors que les vivres sont de plus en plus rares et que l’envie de quitter cet endroit et l’hiver se fait de plus en plus sentir.

Guay-Poliquin est notamment excellent pour décrire la folie, qu’elle soit permanente ou passagère. L’un des passages forts met en scène ce dit Matthias qui, exaspéré par le silence de son compagnon, entreprendra de lui faire la discussion au plus fort de ses fièvres. De quoi glacer le sang des lecteurs/trices.

Et de l’ambiance

Mais, sans conteste, la plus grande virtuosité de Guay-Poliquin est celle de créateur d’ambiance. À tourner les pages, l’on se sent vraiment pris au piège du froid et des couches de neige répétées. Également, car l’on observe tout à travers les yeux du protagoniste principal, nous nous sentons toujours opprimés par les autres personnages, nous cherchons toujours à savoir quelles seraient leurs véritables intentions cachées.

Avec plus de 2m de neige au total, on peut dire qu’il s’agissait d’une importante bordée!

Cette ambiance de tempête de neige est marquée tout au long du roman par les chapitres eux-mêmes. En effet, un baromètre est installé en début d’histoire, par Matthias, et chacun des chapitres est intitulé selon les centimètres de neige au sol en extérieur. Avec plus de 2m de neige au total, on peut dire qu’il s’agissait d’une importante bordée! L’arrivée du printemps se fait alors sentir avec la décrue des centimètres, de chapitre en chapitre.

Une maîtrise de la langue

Mais au-delà de sa mise en intrigue et de ses ambiances, ce qui fait de Guay-Poliquin un auteur remarquable est sa maîtrise de la langue. Si vous me connaissez personnellement, vous le savez déjà, je ne suis pas amateur de cette littérature qui veut que l’on écrive comme on parle. Non, bien au contraire, j’aime une littérature à la langue soutenue; je trouve presque insultant de voir publier une œuvre qui n’aurait pas dû sortir d’une messagerie SMS.

il dispose d’un vocabulaire riche, qui pourtant ne tombe jamais dans la surenchère. Au contraire, ce vaste choix lui permet une construction méthodique de ses phrases et de ses images.

Guay-Poliquin est bien loin de ce cas de figure. En effet, il dispose d’un vocabulaire riche, qui pourtant ne tombe jamais dans la surenchère. Au contraire, ce vaste choix lui permet une construction méthodique de ses phrases et de ses images. Cesdites métaphores sont si excellentes qu’elles sont toujours originales tout en paraissant aller de soi.

l’un des aspects prépondérants de ce roman : la nature, l’hiver particulièrement, y est représentée comme ayant une volonté propre.

C’est notamment par ses descriptions de la nature, de l’hiver, de la forêt et, évidemment, de la neige que tout l’art de l’auteur se fait sentir. Prenez l’extrait suivant : « Le plafond est bas. Les nuages sont cousus à la neige. Et il pleut depuis une dizaine de jours. Parfois plus fort, parfois moins. Comme si le ciel voulait maintenant accélérer les choses et faire fondre le décor. » Tout simple, cet extrait montre l’un des aspects prépondérants de ce roman : la nature, l’hiver particulièrement, y est représentée comme ayant une volonté propre.

Une lecture obligatoire pour tous les amateurs de lettres québécoises.

 

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