La plume de travers : le roi des beats

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Étienne Gélinas : La plume de travers. Crédit : Sarah Gardner.

Pour la chronique de cette semaine, j’ai longuement cherché un sujet intéressant. Je ne savais trop si je devais traiter des dernières sorties à la mode ou d’une figure classique (mais un peu poussiéreuse) de la littérature. L’auteur dont je vais traiter est certes classique, mais il est tout sauf poussiéreux. Il s’agit du roi de la beat generation , et j’ai nommé, le gigantesque Jean-Louis Jack Kerouac!

La beat generation

Le roman Sur la route, publié en 1957 aux États-Unis, est considéré comme le manifeste de la beat generation. Ce mouvement littéraire et artistique naît durant les années 1950 aux É-U. et sera le précurseur du mouvement hippie à venir. Le roman Sur la route se veut une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’Ouest et au mode de vie effrénée d’une jeunesse libérée. Certes, les thématiques du livre sont novatrices, pour l’époque, mais c’est surtout par son style que celui-ci frappe.

Kerouac est un tenant de la prose spontanée, du flow writing. En effet, la légende veut qu’il ait rédigé le tapuscrit original de son roman en seulement trois semaines. Pour ce faire, il collait les feuilles les unes aux autres pour ne jamais arrêter d’écrire sur sa dactylo. Le résultat est un long paragraphe continu, sans sections, ni chapitre. Il faut dire que Kerouac était aidé par la benzédrine, un puissant stimulant qu’il consommait pour écrire (à travers tout l’alcool et les diverses drogues).

« Soudain, comme dans une vision, j’ai vu Dean, Ange de feu, frissonnant, effroyable, venir à moi tout palpitant sur la route, s’approcher comme un nuage, à une vitesse énorme, me poursuivre dans la plaine tel le Voyageur au suaire, et fondre sur moi. » – Sur la route (1957), Jack Kerouac

La prose de Kerouac est fiévreuse, haletante et sans concession. Ses phrases multiplient les virgules pour mieux coller à un flux de pensée inarrêtable. Cependant, il ne faut pas croire que l’œuvre de Kerouac se contente d’action sans introspection. Car il sait également faire preuve de lyrisme, même d’un grande force pathétique lorsqu’il s’agit de sonder l’âme de son narrateur. En effet, le plus intéressant chez Kerouac, c’est qu’il écrit toujours une longue biographie incessante.

Kerouac au cœur de ses romans

Kerouac affirma de son vivant vouloir écrire une saga proustienne concernant l’ensemble de sa vie. Cependant, contrairement à Marcel Proust, il ne l’écrivit pas sur son lit de mort, mais sur le pouce, au fur et à mesure. Il en résulte des romans sur toutes les périodes phares de sa vie. Par exemple, Maggie Cassidy (1959), traite de l’enfance de l’auteur à Lowell au Massachussetts. Alors que le roman Big Sur (1962) traite d’un Kerouac célèbre, ravagé par l’alcoolisme, au début des années 1960. La majorité des œuvres de Kerouac s’inscrive dans cette saga nommée La légende de Duluoz.

Jack Kerouac, roi de la prose spontanée. Crédit : CMG Worldwide

« Je veux rentrer chez moi mourir à coté de mon chat. J’aurai pu être un jeune président svelte et élégant, avoir un beau costume et rester assis sur un rocking-chair démodé, mais non, au lieu de cela, je ne suis que le fantôme de l’Opéra, debout près d’une tenture, au milieu des poissons morts et des chaises brisées. Se peut-il que personne ne cherche à savoir qui m’a fait et pourquoi on m’a fait ? » – Big Sur (1962), Jack Kerouac

L’on retrouve également dans les écrits de cet auteur, tous les hommes et toutes les femmes importantes de sa vie. D’ailleurs, le plus célèbre demeure le fougueux Neal Cassidy (renommé Dean Moriarty dans Sur la route), ami et amant de Kerouac, poète à ses heures, qui amènera ce dernier sur la route vers la Californie. Également, des auteurs clés de la beat generation, comme William S. Burroughs ou Allen Ginsberg font leur apparition. Finalement, il serait injuste de ne pas nommer la femme la plus importante dans la vie de Jack, celle avec qui il vivra jusqu’à sa mort à lui, j’ai nommé sa mère, Gabrielle-Ange Lévesque.

Un auteur redécouvert comme québécois

Jack Kerouac. Crédit : Encyclopédie Britannica

En 2016, la publication de La vie est d’hommage, chez les éditions du Boréal, fait redécouvrir Kerouac au public francophone. En effet, celui-ci était originaire de la communauté francophone de Lowell au Massachussetts. Ses parents, d’origine canadienne-française, lui ont enseigné le français comme langue maternelle. Kerouac disait très souvent penser à ses histoires d’abord en français, souvent rêver en français, et toujours brailler en français.

La vie est d’hommage fut ma lecture la plus touchante de Kerouac, car l’on y voit un homme se battant pour conserver son parler d’origine, alors qu’il n’en a pas les moyens. En effet, Kerouac n’a jamais appris à écrire le français, et il rédige sous forme phonétique. Le tout est très ardu à déchiffrer, et je recommande une lecture à voix haute pour arriver à bien saisir le sens des mots. Mais le lectorat québécois y reconnaitra de grandes ressemblances avec sa propre langue, et ce joual si beau lorsqu’il parle des sentiments du cœur.

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