La p’tite vite: Les nuances du « sexto »

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Photo: David Ferron

Vous connaissez sans doute la chaîne de télévision québécoise « VRAK »? Anciennement nommée le « Canal Famille », elle nous a offert, pour notre plus grand bonheur télévisuel, des séries à succès telles qu’Une grenade avec ça et Dans une galaxie près de chez vous. Dorénavant, c’est avec des articles du genre 10 trucs pour réussir ton sexfie sans ruiner ta réputation que la chaîne adressée au 13-34 ans espère attirer l’attention.

Évidemment, l’article n’est resté en ligne que quelques heures, vu la très prévisible polémique qui s’en est suivie. Le canal télévisé l’a donc supprimé, assez rapidement, mais Internet étant ce qu’il est, j’ai quand même été en mesure de mettre la main sur l’article en question.

Et laissez-moi vous dire que j’ai été extrêmement déçue qu’une chaîne de télévision, s’adressant majoritairement à des préadolescents.es, puisse croire qu’écrire un article de ce genre serait une bonne idée, autant pour leur réputation que pour le contenu véhiculé.

J’ai été extrêmement déçue qu’une chaîne de télévision, s’adressant majoritairement à des préadolescents.es, puisse croire qu’écrire un article de ce genre serait une bonne idée.


En plus de dicter des astuces pour bien « sexter », l’article s’adressait uniquement aux filles. Comme si les garçons ne sont en aucun cas impliqués dans ce genre de pratique… De ce fait, une mise à niveau s’impose concernant la nouvelle mode que sont les « sextos » et de ce qu’ils impliquent.

Une nouvelle façon de séduire

Avec l’arrivée des nouvelles technologies, il devient beaucoup plus facile de communiquer entre nous. Ainsi, l’écran fournit une sorte de barrière technologique, permettant aux plus timides d’avoir l’impression de moins l’être. Et déjà que séduire peut s’avérer stressant, les textos rendent la tâche beaucoup moins ardue, surtout lorsque l’on désire parler de sexe.

Selon l’Office québécois de la langue française (OQLF), le « sextage » se définit par le fait d’envoyer ou de recevoir des messages – des « sextos » – ainsi que des photos à caractère sexuelles à l’aide d’un appareil mobile[1].

Peu de recherches empiriques existent sur le sujet, puisque ce phénomène est encore assez nouveau. Néanmoins, l’étude la plus citée dans le domaine, Sex and Tech Survey, réalisé en 2009, rapporte que ce serait environ 20% des jeunes âgés.es de 13 à 18 ans qui utiliseraient les technologies afin de s’envoyer des « sextos ».

Consentement oui, mais pas toujours au sens de la loi

« Sexter » n’est pas en soi dangereux. En effet, l’action de s’envoyer ce type de messages de manière consentante ne devrait pas causer de problèmes, à priori. C’est lorsque la confiance établie est brisée qu’il peut survenir des problèmes beaucoup plus graves.

Rien n’est éphémère sur Internet, même sur les applications disant l’être. Une photo envoyée de manière consentante peut ne plus l’être si le destinataire la publie sur le web, l’envoie à ses amis.es, en fait une capture d’écran, etc. Par conséquent, la violation du consentement préalable peut rendre le tout illégal.

L’action d’envoyer des « sextos » de manière consentante ne devrait pas causer de problèmes. C’est lorsque la confiance établie est brisée qu’il peut survenir des problèmes beaucoup plus graves.

De plus, il est important de mentionner que toutes les photos à caractère sexuel d’une personne de moins de 18 ans sont considérées comme de la pornographie juvénile. De ce fait, sa possession, sa production et sa distribution sont passibles de sanctions criminelles. Il est donc important de sensibiliser, surtout les jeunes, aux risques encourus relié à ce genre de pratique.

Lorsqu’une photo est synonyme de chantage

En plus de cela, certains.es peuvent faire du chantage afin d’obtenir d’autres photos, de l’argent, des faveurs sexuelles, et ce, en promettant de ne pas divulguer les clichés compromettants préalablement obtenus. Cette pratique se nomme « sextorsion ». Il est alors difficile pour la victime de s’en sortir, car elle est prise au piège. Si elle refuse de faire ce que l’autre lui demande, sa photo risque de sortir publiquement, et cela peut nuire à sa réputation.

Ainsi, soyez maître et non esclave de vos « sextos ».

Il est facile de blâmer ceux et celles qui envoient ce genre de clichés, puisque ce sont des victimes de leurs gestes directs, en apparence. Toutefois, ceux et celles qui les partage devraient être les plus à blâmer, puisque sans ce geste, les victimes n’auraient jamais perdu leur crédibilité.

Pour les personnes qui ont déjà envoyé des « sextos » à une personne de confiance qui ne les jamais trahis, ils et elles n’ont pas eu de conséquences désastreuses. Pourtant, ils et elles ont posé les mêmes gestes que ceux victimes de « sextorsion ».

Par exemple, à Québec, le Collège des Pères Maristes a été pris dans un scandale lorsque six garçons ont été arrêtés à la suite de partage de photos explicites de trois de leurs consœurs. Une situation qui ne doit plus se reproduire. La sensibilisation et l’éducation sont la clé pour y parvenir! Nous devons arrêter de passer sous silence ce genre de phénomène de plus en plus répandu.

Être maître de sa photo

Sur le site web « tonselfie.ca », une plateforme crée en collaboration avec plusieurs organismes, l’accent est mis sur le fait que ta photo ou ta vidéo t’appartient, mais que ce n’est plus le cas à la seconde où elle est envoyée à quelqu’un d’autre.

Ainsi, soyez maître et non esclave de vos « sextos ». Si vous désirez vraiment le faire, soyez certains.es que vous le pratiquez en connaissance de cause, car il devient difficile de contrôler ce qui ne nous appartient plus.

Finalement, le meilleur moyen de « sexter » en toute sécurité, c’est de tout simplement ne pas le faire. La séduction en personne reste donc la meilleure des méthodes!


[1] http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26507096

www.tonselfie.ca

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