La santé sous influence: Les influenceurs-euses durant la COVID-19

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Le 17 mars dernier, le premier ministre du Québec, François Legault, a demandé «aux influenceurs, youtubeurs et autres vedettes de l’internet d’interpeller les jeunes pour qu’ils respectent les consignes données par Québec afin d’éviter les rassemblements pour freiner la propagation de la COVID-19.» «Propage le message, pas le virus» a été par le fait même lancé.  

Des ancienNEs candidatEs de téléréalité ou des YoutubeurEUSEs ont sauté à pieds joints à l’initiative lancée par le gouvernement et la santé publique, en incitant les milléniaux et zéniaux à rester chez eux et elles et éviter de «faire le party». Ainsi, ce n’est plus un produit dont ils ou elles font la promotion, mais des mesures sanitaires prônées par l’État québécois pour assurer la sécurité d’un maximum de gens.

À l’intention du lectorat: Notre journaliste David Ferron avait également rencontré à l’origine Kevin Marquis, connu pour son implication dans le projet Jokes de papa, qui a récemment été l’objet d’allégations de violences sexuelles et psychologiques. À la lumière de ces allégations, la rédaction a pris la décision de retirer les mentions de M. Marquis de cet article.

Général Tao. Photo: Martin Perrin – Éclipse Productions

TikTok, Instagram et l’UQTR…

Durant les dernières semaines, je me suis entretenu avec une personnalité connue des réseaux sociaux, «Général Tao», qui compte en date du 4 mai 2020 plus de 235 500 abonnée-e-s sur TikTok. Je me suis également entretenu avec Mireille Lalancette, professeure en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il est possible d’écouter l’entrevue avec «Général Tao» plus bas. De plus, nous insérons également les réponses de Mireille Lalancette ci-bas du présent article. 

Le but de ces entrevues est de connaître le point de vue de personnalités impliquées dans la création de contenu en plus d’avoir l’œil expert pour permettre d’avoir un recul sur la question initiale: est-ce qu’il y aura un avant et un après COVID-19 chez les influenceur-euse-s ? Il est évident que personne ne peut prédire l’avenir sur cette question. Toutefois, espérons que mon modeste apport sur la question (que j’aurais souhaité davantage considérable avec davantage d’entrevues) puisse jeter un éclairage sur ce qu’est un-e influenceur-euse ou un-e créateur-ice de contenu, permettre de comprendre davantage leur rôle et savoir si cette catégorie de personnalité médiatique a une influence non seulement commerciale, mais aussi sociale. 

Entrevue avec Général Tao

Est-ce qu’il y a quelques années, l’appel d’un-e premier-ère ministre auprès des influenceur-euse-s aurait été perçu avec des railleries ?

Réflexion personnelle

Pourquoi avoir interviewé trois personnes sur la question? À cause d’une observation et d’un questionnement personnel. D’abord, je me demandais si, il y a cinq ou dix ans, un-e premier-ère ministre aurait pu demander à des gens actifs et populaires sur les réseaux sociaux de porter un message d’ordre sanitaire et de protection publique, et ce, sans être rallié-e ou avoir laissé une large pan de la population circonspecte. 

Ensuite, je remarque que d’ancien-ne-s candidat-e-s de la génération V Télé d’Occupation double, devenu-e-s influenceur-euse-s, s’impliquent politiquement ou s’engagent pour des causes qui leur tiennent à cœur, comme c’est le cas pour Khate Lessard concernant la lutte aux préjugés contre les personnes trans et Jessie Nadeau à propos du véganisme. Est-ce que faire de l’activisme et être influenceur-euse est désormais socialement bien vu, acceptable et peut se faire sans complexe ? C’est sans succès que j’ai tenté d’approcher une dizaine d’ancien-ne-s candidat-e-s pour une entrevue.

Grâce entre autres aux entrevues que j’ai réalisées, j’ai pu mieux comprendre le quotidien d’un influenceur en pleine pandémie et distanciation sociale, en plus de connaître leur avis sur une partie du milieu. En interviewant une personnalité initialement connue via TikTok («Général Tao»), j’ai pu avoir le pouls d’un univers fascinant, qui a ses codes, son public et sa propre manière de fonctionner.

Entrevue avec Dre. Mireille Lalancette

Zone Campus: Quelle est la définition d’un influenceur ou d’une influenceuse ?

Mireille Lalancette: Un.e influenceur.euse est une personnalité qui possède une solide base de fans (followers) qui suivent le contenu qu’ils.elles mettent en ligne via les médias sociaux – Facebook, YouTube, Instagram  Snapchat et aussi Twitter – pour se divertir, s’inspirer ou apprendre (certain.e.s proposent des tutoriels par exemple). En retour, les fans indiquent leur appréciation en aimant, partageant et commentant les photos, les liens et les vidéos. Les influenceur.euse.s sont payé.e.s par la publicité ou par le fait qu’ils.elles sont endossé.e.s par certaines marques (jeux vidéos, produits de beauté, vêtements, voitures, par exemple). Bref, il existe des influences dans de nombreux domaines du jeu vidéo à la mode en passant par la cuisine et le sport. Ce qui caractérise les influenceur.euse.s, c’est qu’ils.elles sont a priori des personnes «ordinaires» desquelles il est possible de s’inspirer. Certain.e.s ont développé leur notoriété petit à petit et sont ensuite repêché.e.s par des marques pour être leurs ambassadeur.trice.s.

Mireille Lalancette. Photo: L. Godbout

ZC: Est-ce qu’on peut considérer ce titre comme un métier à part entière ?

ML: C’est effectivement un métier à part entière. Il existe même des agences de communication qui gèrent des influenceur.euse.s. Il existe aussi des influenceur.euse.s qui pratiquent ce métier en dilettante ou bien en marge de leur profession. Certain.e.s finissent par quitter leur boulot de jour pour se consacrer à leur métier d’influenceur.euse à temps plein. Plusieurs finissent par avoir une mini-entreprise avec du personnel pour les aider à gérer le contenu du site, les tournages, les demandes des marques, etc.

ZC: Est-ce qu’il y a des plateformes plus efficaces pour faire passer des messages (entre Tik Tok, YouTube, Instagram, Facebook, Twitter, etc.) ou est-ce plutôt la manière de livrer le message qui compte ?  

ML: Chaque plateforme a son public. Par exemple Tik Tok est populaire auprès des ados et des jeunes tandis qu’Instagram plait aux Milléniaux et que Facebook rejoint les gens plus âgés. Le message doit être adapté à la plateforme et au public. Ainsi, Instagram est plus lié à l’image tandis que Twitter est une plateforme plus élitiste et rejoignant les médias et les gens plus instruits.

ZC: Est-ce qu’il y a un risque que les influenceurs et influenceuses occultent la classe politique dans le message relié à la crise sanitaire, que leurs publics les trouvent plus crédibles ? 

ML: Les influenceur.euse.s ont pu jouer un rôle de partenaires en aidant les instances gouvernementales à faire passer leur message auprès des jeunes. Leur message est complémentaire à celui des experts de la santé et de la politique.

«Certainement qu’il y aura un avant/après COVID-19»

-DRE. Mireille Lalancette

ZC: François Legault, avec la campagne «Propage le message, pas le virus» a fait appel justement à des influenceurs et influenceuses pour inciter les jeunes à respecter la distanciation sociale. Plusieurs ont répondu à l’appel. Est-ce qu’une telle approche de la part d’un Premier ministre ou Première ministre aurait été considérée comme farfelue/crédible en d’autres circonstances ou époques ?

ML: Non, je ne crois pas. En fait, c’est une stratégie qui a déjà été utilisée par l’équipe de Justin Trudeau pour parler des opioïdes. Du point de vue de la communication, c’est une excellente stratégie comme on sait que les jeunes s’informent différemment que leurs parents (pas nécessairement avec les médias traditionnels). Aussi, il faut aller les chercher où ils sont. C’est-à-dire notamment sur YouTube via leurs cellulaires. C’est une habile stratégie de communication.

ZC: Croyez-vous qu’il y aura un avant ou un après COVID-19 dans le rôle social que pourrait avoir les influenceurs et influenceuses ? Est-ce que la perception du public risque de changer ?

ML: Certainement il y aura un avant/après COVID-19 tant du point de vue des médias socionumériques que de la communication de crise. On tirera certainement des leçons de ce qui a marché et de ce qui n’a pas marché afin de développer les «meilleures pratiques» pour une prochaine crise. 

ML: Avec le confinement, est-ce qu’être influenceur ou influenceuse deviendra une option de plus en plus envisagée par un plus grand nombre de personnes ?

ZC: La vie retrouvera certainement son cours à la suite du confinement. Il sera intéressant de voir quelle sera la place des influenceur.euse.s dans cette nouvelle ère post-COVID-19.

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