La zone grise: Catherine Dorion, un exemple d’intégrité

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métavers, zone grise, bock-côtéEn début de semaine, la députée de Taschereau Catherine Dorion, élue au sein du parti de Québec Solidaire, a annoncé qu’elle quittait l’Assemblée nationale. Pourquoi? Parce que ce serait, selon ses dires, une institution « passée date ».

Je ne sais pas si l’Assemblée nationale a déjà été ancrée dans les besoins de son époque, mais cette décision de Dorion est définitivement l’un des moves politiques les plus cohérents des quatre dernières années. Considérant les valeurs défendues et prônées par la poétesse/politicienne/activiste par le passé, je pense que Dorion réussit à tirer sa révérence avec beaucoup d’élégance.

L’intégrité avant tout

Dorion
Pour l’Halloween, la députée Catherine Dorion a revêtu son costume de députée, un clin d’oeil à ceux et celles qui lui reprochaient de s’habiller de façon trop informelle. Crédit: Instagram

Dès le début de son mandat, en 2018, la femme politique s’est démarquée du statu quo en refusant de se conformer à des mœurs qui ne correspondaient pas à ses valeurs. C’est ainsi que cette année-là, Dorion avait fait les manchettes en raison de son habillement non-traditionnel que plusieurs disaient inadéquat. Portant une tuque et des Doc Martens à l’Assemblée nationale, elle avait dit, afin de justifier cette décision, que « Je m’habille pour me sentir moi, pour ne pas me sentir déguisée. » Quelques mois plus tard, à l’occasion de l’Halloween, elle répond à ses détracteurs et détractrices en publiant une photo d’elle-même habillée en vraie députée.

elle critique les fondements même du système démocratique québécois.

Un geste aussi banal que se vêtir est, par le fait même, devenu un geste de revendication politique. En effet, Dorion a réussi à montrer, peut-être sans le vouloir, que la crédibilité d’un individu ne repose pas dans la façon dont celui-ci s’habille, mais plutôt dans ses habiletés et compétences.

Contester l’ordre établi

Dans le discours où elle annonçait sa décision, Dorion a mentionné que « L’Assemblée nationale est une institution extrêmement contraignante, avec des cadres rigides, vieux, passés date, qui rend toute liberté de parole et tout mouvement populaire et politique difficile d’expression dans ce monde-là ». Elle a également expliqué que le système permet à quelques personnes prennent l’ensemble des décisions. En d’autres termes, elle critique les fondements même du système démocratique québécois. Elle a, par la suite, ajouté que l’Assemblée nationale a besoin « que des antisystèmes, que des anticonformistes, que des gens qui veulent brasser le pommier y aillent à l’intérieur et le remettent en question, aussi, à l’extérieur. »

Au fond, ce que Dorion a fait durant ses quatre années de mandat, c’est contester l’ordre établi, clamer le droit de rêver à quelque chose de mieux, montrer que c’est possible de faire les choses différemment. Que l’on soit en accord ou non avec ses façons de faire, la députée-poète a osé, dans un Québec parfois résistant aux changements, incarner une vision libérée et humaniste de la politique.

Entre naïveté et utopie

Bien que je puisse saisir, peut-être mieux que quiconque, que l’on puisse désirer changer le système de l’intérieur, il reste qu’il aurait été surprenant que Dorion réussisse à le faire d’elle-même. Toutefois, il semble certain qu’elle ouvre la voie à d’autres personnes qui, comme elle, pourraient être tentées de brasser les assises sur lesquelles est construite l’Assemblée nationale.

À mon avis, la prise de parole de Dorion, par rapport à la chute de la démocratie au Québec, est plus qu’importante. Cependant, j’aurais aimé qu’elle ait le courage de ses ambitions et qu’elle le fasse plus tôt dans son mandat. Qu’elle martèle le peuple avec son indignation. Qu’elle exprime sa colère qui est plus que justifiée.

Même si je suis loin d’être une fervante défenderesse des institutions démocratiques, j’avoue tout de même que la présence d’une militante telle que Catherine Dorion au sein de l’une de celles-ci me donne espoir pour la suite des choses. Après tout, il y a 50 ans, voire 25, je ne pense pas qu’une femme aux opinions aussi tranchées aurait pu se tailler une place dans le boys club qu’est l’Assemblée nationale.

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