La zone grise: Kanye West et la santé mentale des artistes

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métavers, zone grise, bock-côtéDans les dernières semaines, la saga entre le rappeur américain Kanye West et son ex-femme Kim Kardashian a fait les manchettes à plusieurs reprises. Qu’il s’agisse des publications Instagram incendiaires de West ou de leur divorce qui implique des milliards de dollars, il ne passe pas une journée sans que l’on entende parler des actions de l’un et des paroles de l’autre.

Même si je me plais à lire des articles de potinage hollywoodien, il reste que la situation entourant ces deux vedettes est plus révélatrice que l’on pourrait le penser. Ce n’est pas la première fois que la santé mentale de Kanye West est au centre des discussions. Ce dernier, qui a jadis annoncé être bipolaire, met en lumière un phénomène peu abordé, soit celui de la santé mentale des artistes.

Kanye West et la maladie mentale

Bien que nous ne puissions pas valider de source sûre qu’il y ait une causalité entre ces deux phénomènes, il semble clair que la santé mentale de Kanye West est souvent utilisée comme prétexte pour expliquer, voire excuser, certains de ses comportements. Cependant, que cela soit une bonne chose ou non, il reste que certains médias, souvent sensationnalistes, se servent de la bipolarité du rappeur pour attirer des clics; plutôt que de réellement chercher à comprendre ce trouble, ils préfèrent l’instrumentaliser pour justifier les excès de l’artiste.

Or, il s’agit ici de Kanye West, l’un des artistes musicaux les plus populaires au monde. Mais qu’en est-il des artistes moins privilégiéEs, de ceux et celles qui ne bénéficient pas d’une plateforme semblable à celle de West?

Des conditions de travail à revoir

Si plusieurs ont un plaisir un peu malsain de vouloir s’infiltrer dans la vie privée des vedettes d’ici et d’ailleurs, trop peu s’intéressent à ce qui va au-delà de l’artifice. Derrière les apparences et les paillettes se cachent trop souvent des individus fragilisés bénéficiant de très peu de ressources. Bien que la pandémie ait ouvert une porte pour en parler, les conditions de travail précoces des personnes œuvrant dans le milieu des arts ne sont pas toujours garantes d’une bonne santé mentale. Précarité financière, contrats incertains, ressources difficilement accessibles sont quelques facteurs qui contribuent de façon négative au quotidien des artistes émergentEs.

Tandis que nous avons eu beaucoup de compassion envers de nombreux corps d’emploi pendant les vagues les plus graves de la pandémie, tels que les travailleurs et travailleuses de la santé et les éducateurs et éducatrices en CPE, les artistes, d’un autre côté, ont bénéficié d’un tout autre traitement. Je suis d’accord que le rôle des artistes socialement est tout autre que celui de ces deux derniers groupes. Toutefois, je ne pense pas que cela justifie que l’on ait accordé autant peu d’importance à nos artistes québécoisEs lors de ces deux dernières années pandémiques.

Pour voir au-delà de l’évidence

Il serait possible de débattre longuement de l’importance concrète de l’art dans notre société. À mes yeux, il semble clair que nous ne pourrions continuer à évoluer sans la beauté et la joie que nous procure la création sous toutes ses formes. Pourtant, malgré l’énorme quantité de divertissement consommée en Amérique du Nord, nous n’accordons que très peu d’importance aux personnes qui en sont responsables. Tandis que nous trouvons amusant de voir les déboires de Kanye West et de sa bipolarité, nous ne sommes pas particulièrement intéresséEs à aider les artistes d’ici (ou d’ailleurs!) à vivre un quotidien plus sain.

En fait, nous ne sommes intéresséeS que par ce que le fruit de leurs efforts peut nous apporter individuellement. Je pense que cela est fortement problématique. Si la souffrance et la détresse de Kanye West, homme riche et populaire, n’est pas prise au sérieux, je ne peux imaginer la façon dont est perçue la santé mentale de nos artistes québécoisEs qui peinent à être vuEs. Cessons d’invisibiliser et d’instrumentaliser la maladie mentale des personnes célèbres; cela ne fait qu’accentuer le manque de soutien que nous accordons aux personnes qui vivent avec une problématique de santé mentale.

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