La zone grise: Le Vaccimpôt et autres dérives pandémiques

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Mardi le 10 janvier dernier, lors de l’une de ses énièmes conférences de presse, le premier ministre François Legault a annoncé qu’il envisageait d’imposer aux adultes qui refusent de se faire vacciner un « vaccimpôt », soit une « contribution santé d’un montant significatif ».

Ce vaccimpôt, qui excédera 100$ selon M. Legault, serait une façon de faire payer les non-vaccinéEs pour le « fardeau énorme » qu’ils et elles représenteraient sur le réseau de la santé. Même si certaines personnes ont rapidement applaudi cette mesure que l’on peut justement qualifier de restrictive, plusieurs Internautes ont souligné le manque de transparence du gouvernement caquiste. En effet, bien qu’il soit indéniable que le système de santé québécois est dans une situation plus que délicate, M. Legault et son équipe d’expertEs n’ont pas réussi à montrer que cette mesure permettrait d’une quelconque façon d’améliorer l’état actuel des choses.

En attendant d’avoir plus de détails sur cette « vaccitaxe » qui, rappelons-le, n’est pour l’instant qu’une idée de M. Legault, nous pouvons tout de même jeter un coup d’oeil aux enjeux éthiques et sociaux qui y sont liés.

Une décision électoraliste?

Critiqué avec raison dans les dernières semaines pour ses décisions basées « sur l’intuition plutôt que sur une base scientifique formelle », le gouvernement Legault ne peut faire fi de ce qui l’attend le 3 octobre prochain: une soirée électorale qui risque de marquer l’histoire. Tandis qu’un sondage Léger indiquait dernièrement que l’appui aux mesures sanitaires était à son plus bas au sein de la population québécoise depuis le début de la pandémie, il est possible de penser que les plus récentes décisions prises par la CAQ relèvent d’une volonté de faire oublier ses dérives des derniers mois, dont le scandale de l’hécatombe dans les CHSLD au printemps 2020.

Prétendant entendre la colère de la population face à ce 10% de citoyens et citoyennes qui choisissent de ne pas se faire vacciner, M. Legault a tonné que « Ce n’est pas vrai que 10 % de la population va nuire à l’autre 90 % en engorgeant nos hôpitaux ». Or, il me semble approprié de se poser la question suivante: le gouvernement doit-il prendre des décisions qui sont justes ou des décisions qui plaisent à la populace?

Même s’il était vrai que la majorité des QuébécoisEs étaient en rogne contre les non-vaccinéEs, est-ce que cela justifierait de prendre une telle décision? Je ne sais pas pour vous, mais je ne suis aucunement intéressée par un gouvernement qui prend des décisions en fonction de l’opinion publique. À mon avis, la bienveillance, la cohérence et la logique devraient être au centre des processus décisionnels de tout gouvernement.

L’accentuation des inégalités sociales

Pour M. Legault, les adultes qui refusent d’être vaccinéEs sans avoir de raison médicale pour le justifier appartiennent tous et toutes à un groupe homogène : les antivax. Cependant, comme l’a expliqué la Dre Marie-Michelle Bellon dans un article publié dans La Presse, « en réalité, parmi tous ceux qui ne sont pas vaccinés, [les antivax] représentent une minorité de gens. » Elle avance qu’il faut faire preuve de plus de nuances afin de ne pas stigmatiser davantage des individus déjà marginalisés. Selon ses dires, ce fameux 10% comprend des personnes en situation d’itinérance, des immigrantEs qui n’ont pas d’assurance maladie, des personnes isolées, parfois handicapées, qui n’ont pas les ressources nécessaires pour se faire vacciner. Ainsi, on peut comprendre que ce 10% de non-vaccinéEs n’est peut-être pas un groupe aussi tissé serré que le pensent certainEs.

De plus, en disant qu’un montant de 50$ ou de 100$ n’est pas significatif, M. Legault fait preuve de classisme. Peut-être que pour lui cela ne représente pas grand chose, mais qu’en est-il des familles sur l’aide sociale, des mères monoparentales, des personnes qui doivent se procurer des médicaments non-couverts par la RAMQ? Il est vrai que les modalités liées à ce « vaccimpôt » n’ont pas encore été dévoilées. Toutefois, si le gouvernement caquiste continue de faire comme il a fait jusqu’à maintenant, il ne serait pas étonnant de voir cette mesure être appliquée d’une façon qui ne ferait qu’accroître la vulnérabilité de certains groupes d’individus.

Vers un système utilisateur-payeur?

Le système de santé québécois, avec sa fameuse Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), est basé sur la prémisse que tous et toutes aient accès gratuitement aux soins de santé. En fait, dire gratuitement est une forme d’euphémisme puisque c’est l’ensemble de la population qui, grâce aux taxes et aux impôts, financent ce système de santé. Cela permet, entre autres, à des individus qui n’en ont pas les moyens de recevoir des soins qui, bien évidemment, requièrent des ressources autant humaines que monétaires.

Cette façon de procéder ne tient pas en compte les actions prises dans le passé par les individus qui nécessitent des soins. Ainsi, peu importe nos habitudes de vie, le système de santé est là pour nous traiter. Que l’on se nourrit de malbouffe, que l’on fume trois paquets de cigarettes par jour, que l’on ne fasse aucune forme d’activité physique n’a aucune importance puisque le système de santé nous accueille sans aucune discrimination, c’est-à-dire sans faire de traitement différentiel. Même si nous aurions pu facilement éviter d’être malade en adoptant de bonnes habitudes de vie, le système de santé est un lieu de non-jugement.

Or, imposer un vaccimpôt va radicalement à l’encontre de ces principes humanistes d’égalité et de compassion. Les travailleurs et travailleuses de la santé ont, par le passé, soigné des individus tels que Luka Rocco Magnotta et Guy Turcotte, et ce, grâce à l’argent obtenu par les taxes et les impôts du peuple québécois. Si nous décidions de tout à coup commencer à juger les raisons pour lesquelles un individu se ramasse aux soins intensifs, en supposant que cela est dû à sa non-vaccination, nous devrions par le fait même repenser l’ensemble du système de santé. Qu’on le veuille ou non, le vaccimpôt créerait un important précédent pour tous et toutes.

Repenser le système de A à Z

À mes yeux, si imposer une taxe aux non-vaccinéEs est la seule option pour remettre le système de la santé sur la bonne voie, il vaudrait mieux repenser complètement ce dernier. Charger une taxe aux non-vax est une mesure qui, entre autres désagréments, mettrait certains individus en précarité financière, comme le ferait un système utilisateur-payeur.

Si nous désirons continuer à alimenter ces valeurs fondamentales au peuple québécois que sont la bienveillance et l’esprit de communauté, nous devons éviter à tout prix de commencer à juger les choix des unEs et des autres. Après tout, il me semble plus que clair que la grande majorité des Québécois et des Québécoises sont bien loin d’avoir une hygiène de vie impeccable.

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