La zone grise: Vivons-nous dans une simulation?

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Le 28 octobre dernier, Mark Zuckerberg, le CEO de la compagnie jadis connue sous le nom de Facebook, annonçait officiellement que cette dernière serait dorénavant appelée Meta. Ce nouveau nom, en plus d’inclure les nombreuses plateformes de médias sociaux ainsi que les divers appareils technologiques du groupe Facebook, mettra de l’avant le projet du métavers.

Alliant la réalité virtuelle, la réalité augmentée, ainsi que divers éléments technologiques dont l’usage d’hologrammes et de projecteurs, le métavers permettrait aux gens de connecter d’une nouvelle façon, et ce, dans l’ensemble des activités du quotidien. Pour Zuckerberg, cela signifie qu’il sera concevable, dans un avenir rapproché, d’utiliser le métavers pour travailler, pour se divertir et pour rendre visite à des amiEs.

jeter un coup d’œil au parcours du CEO de Meta nous permet de douter de ses intentions.

Comme il le mentionne dans la présentation Keynote dévoilée le 28 octobre, le métavers, étant le reflet de la créativité et de l’innovation humaine, ne connaîtrait aucune limite. À l’aide d’avatars virtuels et de casques de réalité virtuelle, il serait possible, en quelques secondes, de faire la fête à l’époque de la Grèce Antique en compagnie de nos plus fidèles camarades.

Le progrès, vraiment?

Dans sa vidéo de présentation, Zuckerberg avance que le métavers serait un Internet qu’il serait possible de littéralement expérimenter; plutôt que de simplement regarder un écran, le métavers nous donnerait la possibilité d’être physiquement dans ces expériences. Selon lui, cette nouvelle technologie sera « mainstream » dans les cinq à dix prochaines années. Or, est-ce vraiment une bonne nouvelle? Suis-je réfractaire au progrès si j’avoue que ce projet me donne plutôt froid dans le dos?

Zuckerberg est la même personne qui, il y a à peine trois ans, devait témoigner au Congrès des États-Unis pour expliquer le rôle joué par Facebook dans la propagation de publications extrémistes et de fake news; il devait aussi s’exprimer sur le fait que Facebook ait partagé les données de ses usagers et usagères à des parties tierces. Aussi, avant de créer Facebook, Zuckerberg avait créé Facemash, un site où les étudiantEs de Harvard pouvaient voter pour déterminer qui étaient les élèves les plus sexy du campus. C’est important de mentionner que ce site mettait de l’avant les photos que Zuckerberg avait hackées sur la base de données de l’université.

Même si cela ne signifie pas que le projet de métavers soit une mauvaise idée, il reste que jeter un coup d’œil au parcours du CEO de Meta nous permet de douter de la bienveillance de ses intentions. Après tout, s’il ne voyait pas d’inconvénients à vendre les données des utilisateurs et utilisatrices de Facebook ou à objectifier sexuellement ses camarades universitaires, pourquoi se soucierait-il du bien-être de l’humanité? Parce que pour Zuckerberg, le métavers n’est pas qu’un projet anodin ou une idée inspirée de la science-fiction: il s’agit du future de l’Internet et, par le fait même, du future des relations humaines.

La vraie vie, on en fait quoi?

Si j’en viens à me questionner sur le bien-fondé du projet de métavers, ce n’est pas parce que je suis contre l’avènement de la technologie. Au contraire, je pense que la technologie pourrait être l’un des outils qui aiderait l’humanité à affronter les enjeux des prochaines décennies. Cependant, il y a un hic dans la présentation presque utopique du projet. Zuckerberg décrit le tout comme étant une façon améliorée de vivre en société. Grâce au métavers, nous n’aurions plus besoin de nous déplacer pour voir nos amiEs, nous pourrions cohabiter avec des dragons et nous pourrions aller à l’école de notre salon.

Je pense, au contraire, que le projet du métavers représente un échappatoire à la souffrance humaine.

Sauf que… il est déjà difficile de mener notre existence dans le monde réel. Je ne pense pas qu’il soit réaliste d’avancer que les relations sociales seraient plus aisées dans une réalité virtuelle. Est-ce que vivre avec un avatar et des filtres permettra à l’être humain d’être plus heureux? Je ne crois pas. Au contraire, je pense que le projet du métavers représente un échappatoire à la souffrance humaine. S’il est trop tard pour régler les problématiques de notre société, il ne suffit que de la fuir avec un casque de réalité virtuelle. Plutôt que de chercher à régler les problèmes déjà présents dans notre société, dont plusieurs sont causés par les médias sociaux, il ne suffit que d’en retoucher une bonne couche pour continuer à prétendre que tout va bien.

La vraie de vraie simulation

Même si j’aimerais pouvoir méditer sur la nature de notre réalité terrestre, je ne pense pas me tromper en affirmant que la vie humaine prend tout son sens lorsqu’elle est ancrée dans la vérité et dans l’actualisation de soi. Le bonheur, ce n’est pas de vivre dans un paradis artificiel où tout ce qui nous entoure n’est qu’illusoire. À mes yeux, le métavers n’est qu’une autre façon de se distraire des réels enjeux de notre société.

Bien que j’aie souvent l’impression que nous vivons dans une simulation que nos cerveaux sont incapables de comprendre pleinement, je pense qu’il serait d’autant plus ridicule que nous en venions à volontairement préférer la fiction à la réalité.

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