L’Amérique au bord du gouffre de Rafael Jacob : portrait d’un pays fragilisé

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Le dernier livre de Rafael Jacob est paru à l’automne dernier.Crédit : Éditions Robert Lafond.

Paru à la fin septembre 2020, le dernier ouvrage du chroniqueur politique Rafael Jacob, L’Amérique au bord du gouffre,  est relativement passé sous le radar de la critique. Phénomène plutôt surprenant si on se fie à la forte présence de l’auteur dans les médias. Le chercheur à la Chaire Raoul Dandurand n’en est pourtant pas à son premier livre. En 2020, il avait fait paraître Révolution Trump, où il décrivait l’ascension du magnat de l’immobilier jusqu’à la Maison-Blanche.

Dans n’importe quelle revue de l’année, nous sommes toujours étonnés par le nombre d’éléments de l’actualité déjà effacés de notre mémoire, quelques mois après leur déroulement. C’est exactement la pensée qui m’a habité au long de la lecture de L’Amérique au bord du gouffre de Rafael Jacob. L’auteur dresse une rétrospective des grands événements politiques qui se sont déroulés aux États-Unis durant l’année 2020. Leurs nombres dépassent l’imagination. Le travail de Jacob permet de prendre un pas de recul et de mettre en perspectives ces douze mois complètement fous, qui auront marqué l’Histoire des États-Unis.

Quatre crises majeures sur fond d’élections présidentielles

Rafael Jacob identifie quatre grandes crises qui ont secoué nos voisins du sud en 2020: la crise sanitaire, la crise économique, la crise sociale et la crise démocratique. La Covid, la mort de Gorge Floyd et la campagne présidentielle menant à l’invasion du Capitole du 6 janvier 2021 auront créé une situation non seulement inédite, mais potentiellement explosive. Et c’est sans parler de la tentative de destitution à laquelle le président sortant a dû faire face en cours de route. Jamais de notre vivant nous n’avons été témoins d’une année aussi chargée en termes d’enjeux et de conflits sociaux politiques du côté des États-Unis. Jamais, la plus vieille et la plus grande démocratie au monde n’a été mise à l’épreuve de la sorte. L’auteur fait donc le récit chronologique de chaque crise séparément et montre comment chacune a touché l’Amérique au cours de l’année 2020.

C’est la force du livre: la reconstitution des nombreux événements clés de la politique américaine de 2020 et leur mise en relief. Jacob est un observateur attentif de la société américaine et il passe visiblement beaucoup de temps à éplucher les différents médias américains, autant nationaux que locaux et à nous transmettre l’information de façon détaillée. Nous sortons de cette lecture avec une vision plus large que nous présentaient les médias québécois au cours de l’année 2020.

« L’absence d’un véritable discours politique constitue le revers de ce livre à notre avis.».

Un livre sans point de vue?

L’absence d’un véritable discours politique constitue le revers de ce livre à notre avis. Rafael Jacob ne se prend pas non plus pour un penseur politique. Il se contente de narrer les faits qu’ils jugent essentiels pour saisir le contexte et les enjeux qui pèsent sur les États-Unis. Dans l’ensemble il se tient à une position relativement neutre.

Les informations qu’il transmet sont tirées vraisemblablement de sources journalistiques. Rafael Jacob n’a pas fait de travail de terrain ni d’entrevues. Il utilise peut-être des études universitaires au passage, mais malheureusement aucune bibliographie ne vient le confirmer.

Ce n’est donc pas un livre d’analyse politique dont il est question ici, mais plutôt d’une grosse revue de presse qui se lit comme un roman. En tant que vulgarisateur, Jacob veut tout simplement intéresser davantage les Québécois à la politique américaine.

Deux parties mal imbriquées

Le livre est structuré en deux parties. La première traite des 4 crises évoquées plus tôt, tandis que la seconde fait le récit de l’investiture de Joe Biden et de l’élection présidentielle. Bien que les deux parties soient intéressantes, le lien entre elles est plutôt ténu, même si on demeure dans le contexte de la politique américaine. On dirait deux textes collés ensemble plutôt qu’un tout organique. D’ailleurs, chaque partie aurait pu être davantage développée avec davantage d’analyses, mais Jacob a préféré s’en tenir au récit des événements.

Un livre nécessaire

Au-delà de ces critiques, L’Amérique au bord du gouffre est un livre qui se lit d’un trait. Jacob a le sens de la narration et il arrive à créer une certaine tension avec les événements en cours.

« Seulement pour la ville de Chicago, le nombre de meurtres atteint les 769 en 2020, alors qu’on en compte 42 à Montréal ».

Le livre nous donne à voir la complexité de ce pays et à prendre conscience de l’ampleur des problèmes qui l’afflige. La question raciale et la violence qui en découle rongent dramatiquement les États-Unis. Seulement pour la ville de Chicago, le nombre de meurtres atteint les 769 en 2020, alors qu’on en compte 42 à Montréal pour cette même année.

Le contraste entre ces deux réalités est saisissant. Le Québec et les États-Unis partagent beaucoup de traits culturels, mais sur la question de la violence, ce sont des mondes complètement différents.

De par leur proximité, leur taille et l’influence que les États-Unis exercent sur nous, il est donc important de s’intéresser à eux.

À cet égard, le travail de Jacob est réussi. Ce livre sans prétention, écrit à chaud, permet d’ouvrir les lecteurs à ce pays fascinant que les Québécois ne peuvent se permettre d’ignorer.

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