L’aplomb dans la tête : Le monstrueux féminisme

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Dessin: Alexandre Laramée-Zouéki
Dessin: Alexandre Laramée-Zouéki

J’ai cherché fort une façon d’aborder le thème suivant afin de susciter de l’enthousiasme, mais c’est le genre de sujet qui met habituellement les gens tellement à l’aise qu’ils s’empressent de faire une blague un peu sarcastique-sexiste pour détendre l’atmosphère.

Je pourrais tenter une introduction nonchalante: tiens… man… le féminisme, qu’est-ce que t’en pense? J’tellllement relax! Mais bon. L’exercice est voué à l’échec, vous le savez. Ça met tout le monde sur les nerfs, le féminisme. C’est Voldemort, le féminisme.

Si l’on tente l’exercice dans une classe, de demander aux élèves qui se considèrent féministes de lever la main, que se passe-t-il? Cela dépend sans doute du nombre de personnes dans la classe. Dans une classe de cent personnes disons: deux mains levées avec conviction, quatre levées tranquillement en regardant autour comme un petit animal si elles sont les seules, et le reste qui lèvent les yeux au ciel en signe d’exaspération. Ajoutons à cela un bon pourcentage d’élèves qui catégorisent automatiquement la professeure de butch sexuellement frustrée qui garde le poil long en dessous de ses collants.

Mais qu’en est-il réellement? Et pourquoi cet état des choses, cette interprétation péjorative du qualificatif «féministe», devenue presque réflexe?

Pourquoi les jeunes femmes se dissocient-elles de ce terme aussi rapidement, le repoussent du bout du pied, s’en sauvent comme d’une bestiole gluante et potentiellement venimeuse ?

Où en est le féminisme aujourd’hui, pour nous génération Y, à part un mot un peu effrayant, source d’un inéluctable jugement? Pourquoi les jeunes femmes se dissocient-elles de ce terme aussi rapidement, le repoussent du bout du pied, s’en sauvent comme d’une bestiole gluante et potentiellement venimeuse? Car généralement, quand on définit la vision adoptée par la plupart des organismes d’orientation féministe, ou encore des professionnels appliquant une intervention ou une approche féministe, cette préconception négative se transforme. Les esprits s’ouvrent, et on en vient même à y adhérer. Aaaah dans ce sens là, oui je suis d’accord. Dit comme ça, on pourrait dire que je suis féministe. Curieux, n’est-ce-pas?

Peut-être serait-il pertinent de redéfinir ce monstrueux soulèvement du temps de nos mères et d’actualiser par le fait même nos pensées à son sujet. J’ai, pour les besoins de la cause, consulté quelques organismes travaillant à la cause du féminisme afin de déterminer une définition actuelle de celui-ci. Les aimables dames de la Table de concertation du mouvement des femmes du Québec et de l’Institut canadien de recherches sur les femmes (ICREF) ont pris le temps de répondre à mes questions, malgré les colossales coupures qu’a subit leur budget et la conséquente réduction de leurs ressources humaines.

La coordonnatrice de la Table de concertation des femmes m’a défini le féminisme d’aujourd’hui comme un féminisme pluriel, pluraliste, mélangé. Il n’est plus aussi défini théoriquement ou rigide que dans les années 1970, à l’essor du mouvement. Par ailleurs, aucun organisme ou institut n’a pu me fournir une description bien campée du féminisme, ou un positionnement établi auquel ils peuvent affirmer se référer. Ils s’identifient toutefois majoritairement au courant réformiste; orienté vers la revendication et le changement. Le réformisme politique se définit comme une tentative d’amélioration des structures sociales, politiques et économiques, s’effectuant par des modifications législatives progressives, s’opposant donc à la révolution. Il pourrait alors s’avérer erroné de donner encore aujourd’hui au courant féministe une intention révolutionnaire, même s’il s’oppose au conservatisme et au statu quo. Suite aux discussions et aux recherches effectuées, j’ai tendance à considérer le féminisme de notre temps comme un féminisme d’action. On ne prend plus le temps de le définir, de l’écrire ou de le théoriser. Les associations féministes se rassemblent maintenant parce qu’elles ont le même but, le même idéal, et aspirent aux mêmes réformes. Mais quels sont ces changements tant souhaités par les féministes?

Considérons quelques hypothèses:

A)   Dominer les hommes

B)   Obtenir plus de droits que les hommes, leur extorquer leur rôle de pourvoyeur et leur retirer leurs enfants

C)   Éradiquer le chromosome Y, avec pour idéal la vie en communauté amazone/lesbienne

D)   Aucune de ces réponses, point.

***

La Marche mondiale des femmes est un mouvement d’actions féministes prenant lieu partout dans le monde. Bien que centrée sur la mise en action, elle a défini clairement ses principes dans les dernières années aux moyens notamment d’une Déclaration sur leurs valeurs, et de l’adoption d’une Charte mondiale des femmes pour l’humanité. Cette Charte se prononce sur cinq points centraux, soit l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Il est possible d’y lire que la Marche mondiale des femmes identifie «le patriarcat comme le système d’oppression des femmes et le capitalisme comme le système d’exploitation d’une immense majorité de femmes et d’hommes par une minorité». Elle encourage à se rallier à un idéal: un monde où l’oppression, la domination et l’exploitation n’existerait plus, et où les droits et libertés de chacun seraient respectés. À la fin, je crois que cette poursuite d’idéal est ce qui réunit et définit les féministes d’aujourd’hui. C’est dans la recherche de celui-ci que je lève ma main dans la classe, et chaque fois que l’occasion se présente.

Alors, dis-moi, pourquoi es-tu gênée de lever la tienne?

1 commentaire

  1. Je crois que certaines réactions dans lesquelles il y aurait une « indifférence », un déni, ou encore un air exaspéré se voulant nonchalant peuvent souligner l’aspect de douleur et de lourdeur qu’a laissées ce long historique de patriarcat dans notre inconscient collectif. Ça devient un « bourrelet » qui nous complexe et que l’on tente de camoufler.
    Peut-être aussi que le mot féministe, comme tu l’as si bien dit, peut être rattaché au stéréotype des femmes agressives et ayant une haine incommensurable envers les hommes, alimente ces réactions. Personne ne souhaite se rattacher à des femmes qui veulent le pouvoir sur l’homme, puisque c’est très incohérent. Personnellement, cette idée vient titiller, voir irrite mon sentiment de féminité, mon sentiment d’être femme. Une femme qui aime les hommes et qui cherche dans leur regard ce que c’est d’être une femme! C’est une chance pour moi de me retrouver dans le regard d’un homme qui prend soin de moi, aime me voir me respecter et m’y pousse, et qui érotise les aspects féminins de ma personnalité. La mère de cet homme est une féministe et je la remercie.

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