L’aplomb dans la tête : Le cynisme bachelier

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De retour de l’été, l’université reprend son cours cette semaine. Les choses ne changent que peu, les débuts de session se ressemblent tous. Gorgés de soleil, les poches un peu plus pleines, ou carrément plus vides, nous faisons nos choix de cours et l’horaire des prochains mois prend forme. On est motivés et on s’encourage matériellement en s’achetant des beaux stylos… peut-être dans une nostalgie enfantine du temps où nos parents se vidaient les poches à nous payer LA liste des fournitures scolaires.

*huit crayons, deux effaces, un bâton de colle, un cahier-catéchèse-poisson-bleu, cinq duo-tangs*

Ou peut-être est-ce typiquement féminin que de s’exciter devant une rangée de crayons multicolores? Toujours est-il que l’UQTR reprend vie, ou nous reprend notre vie, c’est selon votre niveau de cynisme.

Personnellement, c’est cette chronique que je tiendrai dans le Zone Campus à partir de maintenant qui viendra alléger mon défaitisme universitaire. Appelez-le pessimisme bachelier ou encore l’amertume de la scolarisée, c’est un syndrome généralisé pour ma part, il n’y a plus rien à faire. C’est un diagnostic définitif dont les causes sont autant personnelles qu’acquises.

Appelez-le pessimisme bachelier, ou encore l’amertume de la scolarisée, c’est un syndrome généralisé pour ma part, il n’y a plus rien à faire.

Acquises, parce que le parcours universitaire se révèle parfois être plutôt un parcours à obstacles. Une confrontation à un système administratif digne de la maison qui rend fou des Douze travaux d’Astérix.

*Formulaire jaune, guichet sept, cinquième étage, escalier K, couloir double-V*

Le cynisme bachelier dont je fais preuve est apparu depuis peu sur le scanneur de ma réflexion, alors que je tentais de prévoir la fin certaine de mon premier cycle, devant les grilles de crédits obligatoires et optionnels, et il s’est plus tard révélé généralisé. Peut-être en êtes-vous atteints aussi? Prenez garde: il apparaît habituellement lorsque malgré les efforts, les fameuses embûches administratives, les crédits et les équivalences, les cours inutiles et la répétition des notions à outrance, on termine avec un diplôme tout aussi inutile qu’onéreux. Des prêts accumulés, mais pas de travail. Ou encore, un poste qui ne demanderait qu’une technique. Observez que le premier symptôme est habituellement une envie irrésistible de s’inscrire à la Qualitech en ébénisterie, de s’envoler pour un pays lointain et de gosser du bois en salopette et en bottes de construction.

*Léger relent d’amertume*

Or, cela fait longtemps maintenant que l’achat de stylos mauve-bleu-rose ne renforce plus ma motivation aux études universitaires. Mais d’écrire ici, au crayon de plomb s’il le faut, sans couleurs ni artifices, me donne un nouveau souffle et m’anime au plus haut point. Sans parler de mon niveau d’anxiété que je noterais à 8 sur 10. Toutefois, c’est souvent ce qui est empreint d’un certain niveau de stress qui nous rend aussi heureux et épanoui. Ce qui stimule fait d’ordinaire un peu peur aussi. Un certain Jean Grenier, naguère enseignant de philosophie du jeune Albert Camus, à Alger, disait qu’écrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. Je ne me prendrai certainement pas pour Albert Camus (ce serait absurde!), ni pour Jean Grenier, cela va de soi. Mais je peux vous assurer, pour commencer, que j’ai énormément d’obsessions.

Ma madame à capine

Afin de mettre un peu de baume (non, d’onguent) sur mon cynisme froid et aigre face aux études, je me rappelle les bons moments de l’été passé. Du travail, du soleil, des amis, des amis qui déménagent, beaucoup trop d’amis qui déménagent dans des appartements où la hotte de cuisinière est vraiment très jaune et sale.

Mais aussi des spectacles, de la musique. J’ai pu voir Louis-Jean Cormier au Festivoix entre autres, ce chanteur inconnu et sans talent selon les auditeurs de La Voix, l’émission où le talent musical égale la performance vocale lors d’une reprise de Céline Dion. Ce chanteur que j’adore, la faute à ses textes et à la musique intelligente de son groupe Karkwa. Louis-Jean Cormier jouait donc au parc des Ursulines cet été, devant un océan de têtes blanches en poncho assises sur des chaises en plastiques tout aussi blanches. Une ambiance digne du Rockfest. La musique débute et je me laisse aller à la contemplation du moment. Mon regard s’arrête soudain sur une vieille dame, vraiment mignonne avec sa capine en plastique pour ne pas mouiller ses cheveux. Elle suit le rythme du menton de façon énergique et semble vraiment apprécier ce qu’elle écoute. Ça me touche, je la trouve si belle cette femme de 85 ans qui hoche la tête à la cadence du batteur. Je me dis que je veux être comme elle à cet âge, ouverte à la nouveauté, expressive, avec une capine en plastique.

La prestation terminée, je la croise sur le chemin à la sortie du parc, et j’envisage d’être émue encore une fois, au moment où je remarque qu’elle hoche encore frénétiquement la tête. Tout ça pour dire que ce n’était pas une vieille hippie qui tient le rythme du bass-drum dans les spectacles. Elle ne trippait pas pantoute sur Louis-Jean Cormier. Elle avait le Parkinson.

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