Le paradoxe du non-racisme : Quand la neutralité reproduit les inégalités

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Retour sur le midi-conférence consacré au racisme du 10 février 2026

Visuel annonçant l’évènement consacré au racisme. Crédits : CPI-DCSE.

« Je ne suis pas raciste ». Derrière cette affirmation, souvent perçue comme une preuve de bonne intention, se cachent pourtant des mécanismes qui peuvent contribuer à la reproduction des inégalités raciales. C’est ce qu’a mis en lumière le midi-conférence « Non-racisme et héritage colonial : les mécanismes invisibles de l’assimilation », tenue le 10 février dernier et organisée par la Communauté de pratique interuniversitaire « Discrimination, causes, solutions et écosystème » (CPI-DCSE). La rencontre a ainsi réuni des interventions qui ont interrogé la neutralité, tant dans les discours que dans les pratiques institutionnelles, avant de glisser vers un moment d’échange critique et collectif bien intéressant.  

Le non-racisme comme continuité coloniale

Devant une vingtaine de personnes bien attentives, Gaston Mumbere, PhD et intervenant en soins spirituels, a proposé une relecture critique du « non-racisme », qu’il qualifie de « fascinant et dérangeant ». L’affirmation « je ne suis pas raciste » fonctionne souvent comme bouclier moral : elle protège l’image de soi, mais empêche toute remise en question réelle. Réduire le racisme à une intention individuelle masque les discriminations systémiques et dépolitise les rapports de pouvoir. 

Cette illusion de neutralité se manifeste aussi dans le discours du « je ne vois pas les couleurs », qui efface les réalités vécues par les personnes racisées. Comme le souligne Mumbere : « Le vrai objet de son propos, c’est le discours de la personne noire qui nie la réalité raciale, produit par une histoire d’intériorisation ». Relocalisé dans l’histoire coloniale, ce paradoxe devient encore plus préoccupant : « Nous traitons tout le monde pareil » ou « le racisme n’existe pas ici » s’inscrivent dans une continuité coloniale où les hiérarchies raciales persistent.

La société est-elle réellement moins raciste parce que chacun.e se proclame non-raciste ? Crédits : Le Monde.

Intériorisation, double conscience et aliénation

L’intervention s’est ensuite déplacée vers les effets psychiques de ces discours. Gaston Mumbere insiste : « il ne s’agit pas seulement d’analyser le discours du Blanc qui dit « je ne suis pas raciste », mais celui du Noir qui tente de nier la réalité raciale ». Cette négation n’est pas un choix individuel isolé, mais bien le « produit d’une histoire, d’une intériorisation lente et profonde ». 

Gaston Mumbere a illustré cette dynamique par une anecdote personnelle percutante : lors de ses recherches bibliographiques de thèse, il avait spontanément écarté la philosophie ubuntu (issue des cultures d’Afrique australe), privilégiant uniquement des références occidentales, « comme si seules celles-ci pouvaient légitimer une pensée sérieuse ». Un réflexe qu’il relie à une anthropologie coloniale, où certaines sociétés sont perçues comme « hors de l’histoire ».

Le combat contre le racisme, notre combat à tous. Image d’illustration. Crédits : Syndicat AFPC.

Neutralité et recrutement : des inégalités bien réelles

Cette réflexion théorique a trouvé un écho concret dans l’intervention de Christine Guénette, infirmière clinicienne et étudiante à la maîtrise. Abordant les processus de recrutement et de mobilité professionnelle, celle-ci vient constater que « traiter tout le monde de la même façon ne garantit pas automatiquement l’équité ».

Plus tard, Christine Guénette poursuit : « Le problème n’est pas de vouloir être juste, a-t-elle insisté, c’est de croire que nos pratiques le sont automatiquement. ». Pour y remédier, elle a proposé des leviers concrets : redéfinir les critères réellement liés aux compétences, structurer les évaluations et rendre les décisions traçables. 

Ce midi-conférence a rappelé que ni le « je ne suis pas raciste » ni le « nous traitons tout le monde pareil » ne suffisent à garantir l’équité. En ce Mois de l’histoire des Noirs, il est primordial d’écouter les voix concernées. En articulant héritage colonial, effets psychiques du racisme et mécanismes très concrets de discrimination en recrutement, les panélistes ont déplacé le débat des intentions vers les pratiques. Des constats à impérativement garder en mémoire pour tout un chacun. 

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