Le Québec une page à la fois: Le portrait d’une terre d’accueil

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Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante
Judith Éthier. Photo: Mathieu Plante

Il y a longtemps que je voulais lire un livre de Dany Laferrière. J’en avais déjà commencé un, avant de rapidement le laisser de côté pour me concentrer sur la pile de livres obligatoires que j’avais à lire à ce moment-là pour l’école.

Aujourd’hui, je souhaite vous parler de mon premier contact avec l’univers littéraire de cet auteur. Je veux vous partager mon coup de cœur pour son essai Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo, un magnifique portrait du Québec, terre d’accueil pour de nombreux immigré.e.s.

Portrait de l’auteur

Dany Laferrière est né en 1953 à Port-au-Prince, en Haïti, où il passa toute son enfance. Après ses études secondaires, il devient chroniqueur culturel à l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir et à Radio Haïti-Inter. Quelques années plus tard, en 1976, son ami journaliste est malheureusement assassiné à cause des problèmes politiques qui font rage à l’époque. Par peur d’être sur une liste noire, il quitte précipitamment le pays, se dirigeant vers le Québec et, par conséquent, vers Montréal, qui deviendra sa ville d’accueil.

Il vit d’abord sur la rue Saint-Denis et travaille dans des usines de la ville. Son premier roman, Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, parait en 1985. C’est un succès dès le début; il est traduit en plusieurs langues et est adapté au cinéma par Jacques W. Benoît en 1989. Dany Laferrière travaille ensuite pour plusieurs stations de télévision comme chroniqueur et présentateur météo, avant de se joindre à Radio-Canada où il fera une chronique matinale tous les dimanches (source: Académie française), travail qu’il occupe dans le livre dont je souhaite vous parler.

Portrait du livre

On ne peut définir l’ouvrage que comme un essai, un travail d’analyse. L’auteur y mêle récit, conversation, réflexion, assaisonnant le tout d’une saveur autobiographique. Il nous offre ses expériences et ses observations, tout en donnant des directives à un jeune immigré qui doit apprendre de nouveaux codes sociaux: «Une société ne livre ses mystères qu’à ceux qui cherchent à la comprendre» (quatrième de couverture).

Il nous offre ses expériences et ses observations, tout en donnant des directives à un jeune immigré qui doit apprendre de nouveaux codes sociaux.

L’histoire s’ouvre sur la rencontre entre l’auteur et «un jeune homme au début de la vingtaine» (p. 7) qui se présente comme étant Mongo, jeune Africain qui vient tout juste de débarquer au Québec. Commence alors une belle amitié entre les deux hommes.

Mongo ne connait rien des us et coutumes du peuple qui semble l’accueillir à bras ouverts. Il tente alors d’écouter cet homme âgé qui a 40 ans d’expérience dans ce pays et qui lui confie ce qu’il faut faire et ne pas faire afin de bien intégrer la culture des gens d’ici. Tout en n’oubliant jamais ses origines.

Mêlant ses réflexions personnelles, consignées dans un carnet noir, avec les discussions entre le narrateur et Mongo, ainsi qu’avec ses sujets de chroniques diffusées à la radio chaque dimanche matin, l’auteur nous dévoile sa vision détaillée et complète du Québec et des gens qui l’habitent. Il dresse un portrait exhaustif du peuple québécois en détaillant son évolution depuis la Grande Noirceur jusqu’à aujourd’hui.

Portrait de la terre d’accueil

«La question la plus brûlante ici est celle de la langue. Elle s’accompagne de l’héritage de la colonisation. Une question et un problème au cœur de l’identité québécoise. Au Canada, la France a dû affronter l’Angleterre en duel singulier, et elle a perdu la bataille des Plaines d’Abraham en moins de vingt minutes. Depuis, le Québec vit une grave crise d’identité.» (p. 22) En passant par l’identité culturelle, la démographie, la Révolution tranquille, la religion, la langue, l’amour et les saisons, le narrateur explique à Mongo toutes les particularités du peuple québécois.

«Au Canada, la France a dû affronter l’Angleterre en duel singulier, et elle a perdu la bataille des Plaines d’Abraham en moins de vingt minutes. Depuis, le Québec vit une grave crise d’identité.» (p.22)

Par exemple, la relation au temps n’est pas la même pour les gens du Nord et pour les gens du Sud. Ici, les gens sont rivés à leur montre et ils courent sans cesse. Ou encore, un sourire ne veut pas dire la même chose non plus; pour les uns il représente simplement un sourire, une marque de respect, comme un bonjour, alors que pour les autres, c’est comme une invitation à se rapprocher. Mongo apprend rapidement que l’on ne peut pas vivre ici selon ses manières à lui et qu’il doit s’adapter à son environnement.

«Il faut rester vigilant. L’exil est la plus grande école de conduite», confie le narrateur au jeune homme, qui ne comprend plus rien aux Québécois.es «Dans cette obligation d’observer attentivement l’autre, on se découvre parfois.» (p. 77) C’est à force de côtoyer les gens, en les observant et en étant à l’écoute de leurs gestes et de leurs paroles, que l’on peut comprendre leur mode de vie, afin d’apprendre à cohabiter avec eux dans le plus grand respect.

Opposant le Nord au Sud, les hommes aux femmes, l’Église à l’État, Pierre-Elliot Trudeau à René Lévesque, il dresse le portrait de toute une nation.

Portrait de mon appréciation

Ce qui me plait dans cet ouvrage, c’est le voyage que l’auteur nous fait faire à travers toute l’histoire récente du peuple québécois, à travers l’origine de son identité et de ses idéologies. Il cible avec précision les moindres détails dans chaque sphère de la personnalité québécoise. Opposant le Nord au Sud, les hommes aux femmes, l’Église à l’État, Pierre-Elliot Trudeau à René Lévesque, il dresse le portrait de toute une nation. Il indique à celui qui vient d’arriver comment vivent les gens d’ici.

Grâce à son écriture si claire, si simple et si belle, je ne peux voir à travers ce texte qu’une longue lettre d’amour au Québec.

Dany Laferrière, "Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo", Montréal, Mémoire d'encrier, 2015, 296 pages.
Dany Laferrière, « Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo », Montréal, Mémoire d’encrier, 2015, 296 pages.

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