Le touriste trifluvien: L’euphorie d’un safari

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« Rappelez-vous, la seule chose qui peut vous empêcher de vivre une expérience touristique, c’est vous-même. Rien n’est impossible ». Antoine Gervais

Vous avez sans doute, pour la plupart, déjà eu la chance de visiter un zoo. Partir en exploration dans l’un de ces paradis des zoophiles est presque toujours synonyme de plaisir. Les enfants comme les adultes y trouvent leur compte (autant dans l’activité en soi que dans leur portefeuille). D’ailleurs, celui de Granby semble s’accroître plus vite que certains pays d’Asie. Tous ces animaux réunis dans cet environnement de quelques kilomètres carrés tout au plus, minimisant ainsi l’espace à parcourir entre chacun d’eux et maximisant notre bonheur. Ces bêtes qui semblent presque habituées de voir déambuler, devant eux, des gens curieux. Qui paraissent souvent malheureux, mais qui s’efforcent quand même de prendre la pose, ne serait-ce que pour la forme. Si la majorité des gens prend plaisir à scruter ces animaux encagés, certaines personnes peuvent en tirer un profond malaise. Le.la vrai.e amoureux.se de la faune voit autre chose que l’animal en tant que tel. Il.elle est capable de lire ses pensées, ressentir la haine d’être pris en cage et la rancune envers ceux.celles qui le surveillent et qui le gardent captif, dans son regard.

Un peu comme l’Internet, le zoo a ses bons et ses moins bons côtés. De son faible coût à son éthique discutable en passant par son achalandage lors des journées chaudes d’été. Par contre, pour cette cinquième chronique, j’ai choisi de vous présenter une expérience que j’ai eu l’ultime chance de vivre, cet hiver, lors des vacances des fêtes. Une expérience qui m’a fait vivre les bons côtés à la puissance dix en mettant de côté les moins bons. Roulement de tambour : cette chronique vous fera vivre l’euphorie d’un safari.

Comprenons-nous bien, on parle ici d’un tout autre type de voyage souvent dominé par les têtes blanches ou les poches creuses (ou par les têtes blanches aux poches creuses). Pour ma part, ayant les cheveux bruns, des leggings et la chance d’avoir un père agent de voyage et organisateur de groupes dans la région du Kenya, j’ai eu l’occasion de m’y rendre et d’en substituer les frais. Parlant de frais, je le dis haut et fort, ça vaut le coup et vous avez la bride sur le cou. Il faut le voir comme une transaction unique et légitime. Même si nos intérêts sont élevés, le retour sur investissement est plus qu’attrayant.

Je vous invite donc, lors des prochaines lignes, à lire ce que j’ai ressenti, à ressentir ce que j’ai vécu et à le vivre vous aussi, au fil des phrases et des paragraphes. Pourrais-je peut-être vous transmettre cette envie de tenter l’aventure d’une vie. Pour l’instant, partons, notre guide nous attend!

Même si nos intérêts sont élevés, le retour sur investissement est plus qu’attrayant.

Nous voilà debout, près du véhicule, écoutant notre guide comme nous écouterions le gourou d’une secte. Après avoir rencontré ce sympathique type, celui-ci, fier d’étaler généreusement ses connaissances africaines sur nos esprits nord-américains tels un enfant et son nutella, il nous transmet quelques notions importantes que nous devons maîtriser avant d’embarquer dans cette aventure. Il nous présente donc la nomenclature des différentes règles de sécurité et des conséquences possibles si nous tentons de les contourner. Persuasif, il me fait vite comprendre que je ne m’aventurai pas à l’extérieur du véhicule, ne serait-ce que pour pimenter l’expérience. Comme on le sait, lorsque c’est trop épicé, on en perd le goût.

Par la suite, tel un vieux sage, il nous confiait une mission: celle du « big five » , mettant, du même coup, au défi nos égos démesurés. L’accomplissement ultime du touriste en safari africain : apercevoir les cinq mammifères principaux : un lion, un rhinocéros, un buffle, un éléphant et une girafe. L’ampleur du défi qu’il nous lançait semblait bien modeste en comparaison à notre motivation. Hélas, comme nous le réaliserons plus tard, la mission, comme celle de Tom Cruise, était impossible.

Après avoir mis le point sur le I du mot « safari » avec notre chauffeur, notre crème solaire et le chapeau d’Indiana Jones qu’il nous avait gracieusement donné, nous avons pris place à bord du véhicule qui nous transporterait au beau milieu de la savane, ne suivant rien d’autre que les sentiers battus et les instincts du conducteur. En effet, la première chose à savoir, c’est que le proverbe « sortir des sentiers battus » n’existe pas dans l’une ou l’autre de ces réserves africaines.

L’accomplissement ultime du touriste en safari africain est d’apercevoir les cinq mammifères principaux : un lion, un rhinocéros, un buffle, un éléphant et une girafe.

Dès les premiers instants où notre véhicule s’engageait dans les sentiers, ma vision avait été submergée.  Le paysage l’avait pris en otage. Je ne savais plus où donner de la tête, mais comme tout bon otage, je la gardais haute et les yeux grands ouverts. Des arbres majestueux et gigantesques, uniques. L’arrière-plan n’avait absolument rien à envier à celui de mon portable, lui qui était dominé par le mont Kilimandjaro. Les volcans qui y régnaient, autrefois brûlants, désormais éteints, venaient ajouter au calme du panorama. Tout semblait au ralenti. Même le chauffeur s’imprégnait du rythme, relâchait la pression sur le pédalier et ralentissait la cadence du véhicule. Concentrés.es derrière nos jumelles ou nos appareils-photo, nous tentions de capturer le maximum de tout ce lustre. Si je peux me permettre, ici, de vous donner un conseil, assurez-vous d’avoir en votre possession des batteries pleinement chargées dans l’ensemble de vos appareils-photo. Rien de plus frustrant que de tomber à sec en zone aride.

À peine mon souffle commençait tranquillement à me revenir que j’aperçevais les premiers animaux. Ils étaient pourtant là depuis le tout début! Je n’avais simplement pas assez de mes deux yeux pour les voir avant. Ils étaient si nombreux qu’on ne pouvait pas les dénombrer. Des girafes et des éléphants qui se déplaçaient ensemble, mais séparés. La scène me rappelait l’époque du secondaire, où les bandes se côtoyaient dans les corridors sans se mêler entre elles. D’un calme olympien, les bêtes se déplaçaient lentement, gracieusement, à la manière d’un.e gymnaste. La distance qui me séparait d’elles était encore plus petite que ce que je pouvais imaginer. Elles me paraissaient si intimidantes et si courtoises à la fois. On pouvais croire qu’une ou deux d’entre elles viendraient prendre place dans le véhicule. Ce fut d’ailleurs l’une de mes craintes. Plus les bêtes se rapprochaient, plus ma peur s’élevait, comme le Kilimandjaro, en arrière-plan. Notre guide reprenait son rôle de grand sage en nous rassurant à maintes reprises.

Des girafes et des éléphants… 2/5… Voilà, nous avions atteint 40% de notre objectif. Je repensais momentanément à mes notes au CÉGEP. Ne restaient que le lion, le buffle et le rhinocéros. Je vais tout de suite vous confier que nous n’avons pas vu de rhinocéros. En Afrique, l’ivoire est un or qui se perd. Les braconniers.ères africains en font malheureusement leurs choux gras.

Parlant de choux gras, c’est à cet instant précis que nous avons été mis devant un festin. Pas le nôtre (je me régalais depuis déjà près de deux heures de ces délices visuelles et je m’approchais de la satiété). En fait, c’était une lionne qui venait de chasser une gazelle. Elle s’affairait à l’achever, la dépecer, à l’apprêter afin de la rendre attrayante pour la gent masculine. Docile comme une femme mariée d’époque, elle était en fait en train de concocter le repas de son mari.  Du moins, c’est ce que notre guide affirmait. La logique du safari est, comme ma position dans le véhicule à ce moment précis, arriéré : les femelles cuisinaient et les mâles mangeaient. Suivant cette logique, le chauffeur freinait et étouffait le réacteur. Nos regards se dressaient tous vers la zone qui faisait office de cuisine. Personne ne voulait manquer une seconde de se spectacle. J’étais en bataille mentale constante afin de minimiser mon nombre de clignements des yeux. Puis, après que la lionne s’était éloignée, une fois sa tâche accomplie, venait le lion. Le roi de la jungle reprenait instantanément son titre dans mon esprit. Bête royale, crinière faisant office de couronne, il amorçait superbement la marche de l’empereur vers la gazelle devenue viennoiserie.  Si lui ouvrait sa grande gueule pour rugir et entamer l’apéro, nous étions bouche bée. La férocité avec laquelle il mangeait me fit penser à celui du japonais qui tentait de remporter un concours de mangeur de hot-dogs. Lorsqu’il fut rassasié, il abandonnait la carcasse et c’est la femelle qui venait desservir. Elle en profita pour se contenter des restes. À en juger par les entrailles et le peu de viande qui s’y trouvait désormais, elle devait être restée sur sa faim.

Nous étions maintenant rendus à 3/5. 60%, la note de passage qui fait habituellement office de strict minimum, du seuil entre l’échec et la réussite. Disons que la logique n’était pas vraiment respectée ici non plus, car même à 20%, au moment où j’avais aperçu une première girafe, le safari en soi était déjà, dans mon esprit, une réussite. Nous finirons tout de même avec une note de 80%. Les buffles étant, un peu comme les cours inutiles de notre cheminement scolaire, monnaie courante. Autre preuve que je suis trop immergé dans ce cheminement. En effet, je me suis surpris à me demander si cela mériterait un B ou un B+ et à l’impact que ça aurait sur ma cote Z. J’en venais finalement à la conclusion que, même si cette note ne paraissait pas sur mon dossier, elle aurait un impact immense sur mon développement.

Je pourrais vous parler des heures et des heures de cette expérience, en écrire des lignes, des pages et des kilomètres. Je pourrais y dédier tout le reste de mes chroniques de 2019. Je ne le ferai pas, puisqu’il y a tellement de choses à voir sur cette terre. Le tourisme est, en soi, un mode de vie. Nomade, il nous expose à ces œuvres partout sur la planète, tel un artiste ambulant. En ce sens, je crois que l’expérience du safari aura été, pour moi, un chef d’œuvre. Si mes expériences touristiques étaient exposées au Musée du Louvre, je crois que ce safari en Afrique y serait la Joconde.

Le tourisme est, en soi, un mode de vie. Nomade, il nous expose à ces œuvres partout sur la planète, tel un artiste ambulant.

Un peu comme elle aussi, il semble inaccessible. On dirait qu’il nous regarde de haut avec son regard profond, qu’il nous tente, pensant qu’on ne peut que l’envier sans l’atteindre. Par contre, détrompez-vous! Vous pourriez, en mettant à profit vos connaissances en sciences de la comptabilité, mettre un maximum d’argent de côté et vous faire un budget prévisionnel précis. Dites-vous, en regardant vos relevés de compte universitaire, depuis quelques sessions, que vous n’êtes pas à 1000$ près. C’est une question de perception et, comme je le dis depuis le début de mes chroniques ici, chaque touriste peut avoir des désirs différents et des attentes divergentes quant aux destinations et aux types de voyages. Il suffit de mettre les priorités aux bonnes places en tenant compte de ses propres envies et, si vous êtes comme moi lorsque le vent de la savane me soufflait son haleine exotique dans le visage, vous vous sentirez à votre place, à votre bonne place. Rappelez-vous, la seule chose qui peut vous empêcher de vivre une expérience touristique, c’est vous-même. Rien n’est impossible. Il suffit de s’investir et, dans ce cas-ci précisément, d’investir.

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