Le touriste trifluvien: Lever le voile sur les mythes de la croisière

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Antoine Gervais

Une troisième chronique… Mars, déjà! Optimiste, j’anticipe le froid qui commencera tranquillement à prendre ses distances, à la chaleur qui viendra lentement prendre la relève à mesure que les semaines passeront. Mars,  déjà… La session avance, progresse… Peut-être que c’est, en somme et en partie, ce qui fait en sorte que je me sens présentement dans un creux de vague, dans une sorte de stagnation entre la rentrée et la fin de session.

Je lève la tête malgré tout. Au loin, j’aperçois la rédemption de la fin de session de laquelle je semble, tant bien que mal, me rapprocher…

Nous, étudiants universitaires, naviguons dans cet océan d’obligations académiques qui s’étend sur quinze longues semaines, au plus large d’eaux parfois calmes, parfois affolées. Nous tentons toujours de garder le cap sur notre objectif ultime; notre diplôme. Durant ce chemin de croix trimestriel, nous nous arrêtons, ici et là, nous rencontrons des gens, nous apprenons des choses, nous nous ouvrons à la vie, parfois même à défaut d’ouvrir nos livres. C’est d’ailleurs cette pensée, ce rapprochement qui m’a inspiré pour cette troisième chronique où je traiterai des croisières. Ce type de voyage a, comme tout bon Pokémon que l’on apprivoise, fortement évolué au fil du temps. Autrefois réservé à la migration presque comme un châtiment ou encore en guise d’échappatoire d’une persécution imminente, il aura ensuite été réservé à l’élite, associé à la bourgeoisie et au luxe. De nos jours, il est désormais plus qu’accessible. Tel un influenceur, il gagne en popularité.

Si vous le voulez bien, voguons ensemble sur ces gigantesques paquebots, au moins quelques paragraphes, à défaut d’être quelques jours comme le veulent normalement ces séjours.

Ne nous le cachons pas, un parcours étudiant est un peu comme une croisière…

Ne nous le cachons pas, un parcours étudiant est un peu comme une croisière. Nous débutons devant le bureau du registraire, fier de notre acceptation au programme contingenté pendant que la secrétaire analyse notre dossier un peu comme le croisiériste qui affiche un perpétuel sourire en fixant le douanier qui scrute la photo de son passeport où, paradoxalement, il affiche un air glacial et neutre.

Nous visitons ensuite l’université qui nous accueillera pendant au moins trois ans (je salue ici les motivés étudiants en médecine ou en psychologie qui m’impressionnent énormément par leur dévouement dans leurs études plutôt longitudinales, au propre comme au figuré). Le croisiériste lui, vivra dans le confort de son navire pendant au moins une semaine habituellement. La première chose qu’il fera en y pénétrant sera lui aussi de le visiter.

Les navires de croisière offrent des commodités qui peuvent paraître surréalistes. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’industrie des croisières au fil du temps a décidé de faire de ces paquebots une destination en soi. Les escales, elles, ne deviennent alors qu’accessoires, personnages secondaires qui, à mon humble avis, volent tout de même la vedette dans toute cette histoire, j’y reviendrai.

Au niveau des installations, le croisiériste, étudiant en finances, sera surpris de voir l’offre de restaurants qui s’étendra bien au-delà de ses demandes et sourira en constatant l’absence de facture. Son voisin de cabine (on parle ici des chambres sur le navire), étudiant en éducation physique, sera ravi lorsqu’il mettra les pieds dans un gymnase ultramoderne ventilé qui n’aura rien à envier à celui du Centre d’activité physique et sportive de l’UQTR (CAPS UQTR). Le joueur compulsif devra tenter de se tenir loin du casino qui étend ses machines, ses tables et sa luxure sur près de la moitié du 13e pont. Pour compenser, il n’aura qu’à aller sublimer ses pulsions sur la piste de karting ou à chausser ses patins le temps de quelques tours de glace, question de se défouler. Les spectacles que l’équipage présentera en soirée sauront plaire, un peu comme un populaire artiste indémodable, à petits et grands. Bref, vous l’aurez compris, il y en a pour tous les goûts.

Au niveau des installations, le croisiériste, étudiant en finances, sera surpris de voir l’offre de restaurants qui s’étendra bien au-delà de ses demandes.

Les plus grandes compagnies de croisières au monde, principalement européennes, offrent à peu près toutes plus d’attraits, sur leurs navires, que ce que les voyageurs seront en mesure d’expérimenter durant leur séjour, faute de temps. Bien entendu, rien n’empêche les croisiéristes de passer la totalité du voyage à bord, de profiter des installations et de prendre du soleil sur le pont, de passer leurs journées à lire des livres ou des revues à potins. Cependant, si ces trois dernières options font partie de vos priorités, un bain de soleil sur la terrasse de la Chasse-Galerie devrait faire l’affaire (la vôtre et celle de votre portefeuille).

En revanche, à mon bien humble avis, c’est lors des escales que les plus grands avantages de la croisière apparaissent. Si vous êtes du genre à aimer explorer et découvrir, la croisière pourrait être une option intéressante pour vous puisqu’elle permet, lors d’un même voyage, de visiter plusieurs pays. C’est d’ailleurs dans l’offre des itinéraires que les géants de la croisière se livrent les plus chaudes luttes. En fonction des compagnies, de la durée des séjours et des destinations, le nombre d’escales peut varier. Par conséquent, le nombre de jours en mer (où la relaxation et/ou la débauche viennent parfois passer la journée au sein de l’équipage un peu comme des élèves d’un jour) peut également fluctuer.

Le meilleur des deux mondes, vous ne trouvez pas? Un bon matin, le touriste se réveille et se rend sur le pont supérieur pour savourer le panorama. Fier, il contemple le décor majestueux d’un pays quelconque. Il descend d’un pont pour aller se remplir la panse au buffet tout sauf continental avant d’aller se remplir l’esprit en plein cœur du continent auquel le navire s’est accosté pendant qu’il somnolait profondément quelques heures plus tôt. Il disposera de la journée pour visiter ce pays. À 17 heures, il devra être revenu à bord, à défaut de quoi le bateau quittera le port sans lui. Ceci étant dit, ajustez vos montres.

Ce genre de compte à rebours, trop court ou source d’anxiété de certains, peut aussi, selon moi, devenir motivateur extrinsèque d’une planification productive de la journée des autres. Il obligera l’excursionniste à être méticuleux dans la sélection des attraits du pays qu’il explorera. Il devra maximiser cette courte présence sur la terre ferme comme l’étudiant qui veut rentabiliser au maximum sa sortie à l’entrepôt Molson. Si le premier tentera d’emmagasiner le plus de souvenirs possibles dans son esprit, c’est le foie du second qui sera davantage sollicité pour stocker le plus de bière possible. Si, fondamentalement, le raisonnement est similaire, il est concrètement bien différent. Pour en revenir à la planification de sa journée, là encore, le client est roi et le touriste a l’embarras du choix. Il est possible, pour lui, de faire affaire avec la compagnie de croisière qui offre des excursions préétablies moyennant des frais supplémentaires. Les plus aventureux, orgueilleux ou gratteux pourraient être tentés de se faire leur propre itinéraire. Je crois que cette dernière option est le meilleur moyen de s’ouvrir sur le monde. Avec un minimum de logistique, elle lui sera également la plus rentable. Voyons voir en quoi elle pourrait consister.

Les plus aventureux, orgueilleux ou gratteux pourraient être tentés de se faire leur propre itinéraire.

Imaginez un instant débarquer sur le quai et n’avoir, comme seul repère, la montre qui vous rappellera qu’il est temps de retourner au navire lorsque l’heure fatidique sera affichée par ses aiguilles. Dans l’optique où vous auriez décidé de ne pas faire affaire avec les excursions clés en main, vous vous devrez d’ouvrir l’œil. Vous serez alors interpellés par de sympathiques locaux, chauffeurs de taxis, de calèches ou de barques, qui vous proposeront de vous accompagner dans votre escapade chronométrée. Il s’agit, selon moi, d’une option à considérer. Vous serez ainsi assurés que le montant que vous aurez défrayé ira directement dans les poches de celui qui vous aura fait visiter le pays (et indirectement dans son PIB). Aussi, il faut savoir que ce sont souvent des locaux qui connaissent bien les meilleurs attraits et qui se feront le plus grand des plaisirs de vous les faire découvrir. Son itinéraire à lui, contrairement à celui que propose la compagnie de navigation, pourra être modifié selon vos champs d’intérêt, à force de discussion. Finalement, comme je l’avais mentionné dans ma toute première chronique, cette option vous amènera inévitablement à faire au moins une rencontre beaucoup plus fructueuse et enrichissante que celles que vous avez faites récemment sur Tinder. À défaut de nourrir votre égo, celle-là aura nourri votre âme.

Après avoir été ébloui par tout ce dont vous aurez été témoin viendra l’heure de retourner au navire. Nostalgique, une fois de retour au quai, en débarquant du véhicule, vous serrerez la main de votre accompagnateur qui s’efforcera de vous articuler un au revoir ou un bon voyage comme vous aurez tenté tant bien que mal de lui inculquer lors de l’une ou l’autre de vos discussions interculturelles. Le cœur brisé, vous rentrerez à votre cabine avec un ou deux souvenirs matériels et une tonne de souvenirs intellectuels.

Le soir venu, vous vous endormirez facilement. Pris entre les sentiments partagés de la mélancolie de la journée terminée et l’anticipation de l’exaltation du lendemain où vous aurez la chance de découvrir un nouveau décor.

J’en ai assez dit. Pour le moment, à défaut de pouvoir voguer sur l’océan, je vais continuer de naviguer sur internet. Courage! Notre rédemption est proche et nous y parviendrons, même sans bouée de sauvetage.

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