Le touriste trifluvien: Voyager, l’affaire est dans le sac!

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Antoine Gervais

On se réveille, les yeux encore collés, collants. On sort du lit, bien malgré nous. On se brosse les dents, pour enlever le tartre et désamorcer l’odeur nauséabonde qui commençait à prendre d’assaut notre bouche. On s’habille, quel temps fait-il? Manches courtes ou manches longues? On prépare notre matériel en prenant soin de ne rien oublier, on le met dans notre sac qu’on a toutes les misères du monde à fermer complètement. La fermeture éclair passe près de faire honneur à son nom et d’éclater, comme l’orage. Encore une grosse journée au programme, se dit-on, en pesant le sac. Encore un peu endormis, nous quittons avec le sac sur l’épaule. Nous ne devons pas être en retard. Chaque seconde compte.

Jusqu’ici, vous deviez sans doute penser que je décrivais un autre de nos ombrageux et pénibles réveils d’étudiants.es typiques. Il n’en est rien. Relisez cette entrée en matière en figurant que ce qui est dans le sac en question, ce ne sont pas des matières, justement. En remplaçant les cartes conceptuelles par une carte du monde et en vous mettant dans la peau d’un.e voyageur.se ambulant.e, d’un.e éternel.le nomade ou, plus communément, comme dirait Shakespeare « du backpacker ».

C’est indigné, sur un ton doctoral que Molière l’aurait corrigé, soulignant ses erreurs d’un surligneur aussi jaune que le sourire de l’Anglais, en lui expliquant que l’on devrait davantage parler de « Routard » ou encore de « Bourlingueur ». Vous l’aurez deviné, pour cette sixième chronique, j’aborderai les voyages à sac à dos. Ce type de voyage, en marge des autres, gagne en popularité comme le mouvement pour la protection de l’environnement. Passons maintenant aux choses sérieuses, si nous l’avons rempli plus haut, je dois maintenant vider mon sac.

Le mouvement des « backpackers », à la base, est issu de la recherche de richesses d’antan par les pauvres d’autrefois. En effet, sans le sou, des gens s’exilaient, baluchon sur le dos, fuyaient la déchéance et partaient à la conquête de mieux. En se déplaçant d’un endroit à l’autre sur la planète, ces gens voulaient aussi se déplacer sur l’échiquier social. Passer du fou au roi. Le fait qu’ils.elles étaient souvent fauchés.es les amenait à maximiser leurs avoirs. Ils.elles tentaient donc constamment d’épargner. Avares, ils.elles cherchaient les meilleures aubaines, mettaient de côté leurs caprices résidentiels ou alimentaires, dormant à la belle étoile ou sous les couvertures tachées et déteintes d’un bed & simili-breakfast.

Le mouvement des « backpackers », à la base, est issu de la recherche de richesses d’antan par les pauvres d’autrefois.

Le fait est que désormais, plusieurs personnes, même avec des moyens financiers enviables, tentent ce genre d’aventures. Le mouvement est en mouvement et se répand comme la peste au XIVe siècle. D’ailleurs, c’est peut-être pour cela que ça semble être rendu maladif. Les routards se font un plaisir d’exposer, entre eux et à la masse, leurs astuces pour allonger leurs aventures en raccourcissant leurs factures. Ils se comparent entre eux. Une sorte de qui perd gagne où le défi réside dans le fait de manger moins cher au lieu de manger moins. Maintenant, après nous être informés, utilisons, nous aussi, la balance et pesons les pour et les contres de ce nomadisme en vogue, branché, mais également si déconnecté.

Tel un vieillard devenant tranquillement sénile, je me répète. Chronique après chronique, je vous parle de voyages, de nature, en vous rappelant que tous les goûts sont dans cette dernière. Ce type de voyage est différent des autres. Bien entendu, il est un peu comme une boutique érotique, il attire davantage de jeunes que de gens de l’âge d’or. Les jeunes semblent avoir enfin soif de quelque chose d’autre que d’alcool ou de café. Ils.elles partent à la recherche de leurs finalités. Oublions les GPS et ses « recalculs » en cours. Sans destination, ils savourent l’itinéraire. Passons maintenant aux choses sérieuses, si nous l’avons rempli plus haut, je dois maintenant vider mon sac.

Mettre un toit au-dessus de sa tête

Ce qui est bien avec le voyage en sac à dos, c’est bien entendu qu’il est abordable (monétairement du moins). Après avoir trouvé des billets d’avion sur des sites comme Kayak ou Les Vols d’Alexi  (les Stubhubs du tourisme), il vous sera possible de vivre à peu de frais (vous aurez compris ici que l’air conditionné ne devrait pas faire partie de vos exigences). Prenons, par exemple, le logement. Primordial, il se situe au deuxième palier de la Pyramide de Maslow, celui de la sécurité. Parlant de pyramide, que vous soyez en Égypte pour les voir ou en Thaïlande en train de faire de la vente pyramidale, toutes les régions du monde comptent des auberges de jeunesse, même nous au Québec en avons une panoplie. Habituellement, c’est dans ce genre d’endroits que le.la véritable bourlingueur.se séjournera. Le site web HostelWord est d’ailleurs l’une des bonnes références pour trouver le meilleur rapport qualité/prix. Qualité, je trouve mon terme un peu exagéré. Le prix est dérisoire, les installations le seront peut-être aussi.

Utilisons la balance et pesons les pour et les contres de ce nomadisme en vogue, branché, mais également si déconnecté.

Ochlophobes ou claustrophobes, faites-vous à l’idée. Vous serez seul au bout du monde, mais n’aurez jamais eu l’intimité aussi envahie qu’à ce moment précis où vous vous mettrez au lit dans une chambre commune. Ce sera la même chose quand, à défaut de sentir la pression des jets de la douche, vous sentirez celle de celui qui attendra pour prendre la sienne. Question de vous remonter le moral, la plupart de ces auberges ont du WI-FI. En vous souhaitant, toutefois, qu’il ne soit pas aussi performant que celui de l’UQTR (écris-je en essuyant un surplus de sarcasme). Bref, vous l’aurez compris, le routard doit faire preuve de latitude par rapport à ses exigences. Revenons-en quand même avec le grand avantage de ces auberges; leur faible coût. Pour moins de 10 dollars par nuit, il vous sera possible de dénicher quelque chose de pas si mal. Veuillez prendre note que les somnifères ou les bouchons ne sont pas compris dans le prix, toutefois.

Passer à table

Nécessitera ensuite de faire preuve de la même logistique quand viendra le temps de manger. Évidemment, éviter les grands restaurants où on lève le doigt en buvant du vin, plutôt manger sur le pouce et boire de l’eau. Troquer les quatre services pour le service rapide. Là est la réalité alimentaire d’un « backpacker » (Molière m’aurait corrigé, ici). Les offres sont nombreuses et vous n’aurez pas de difficulté à combler les plus gros appétits avec les plus petits budgets. Bien entendu, ne vous entendez pas à l’expérience culinaire par excellence. Restaurations rapides et cuisines de rues (ou de ruelles pour les plus téméraires) sont des cuisines plus grasses que fines. Par contre, il faut avouer que cette dernière option révèle un certain cachet en soi. J’ai souvenir, l’an dernier, du moment où je me suis brûlé la langue avec mon premier Pho, au Vietnam. C’était juste un peu avant avoir prononcé mon premier juron québécois en sol asiatique. En fait, ceci explique cela. Je tentais ainsi, tant bien que mal, de retrouver mes repères dans une langue qui se perd. Il devait être trois heures du matin, nous venions d’atterrir et Hô Chi Minh commençait à décoller. Les fêtards fêtaient, j’étais assis sur une chaise de plastique rouge décolorée, aussi flexible que les horaires du cuisinier et aussi arqué que les cernes sous ses yeux. Disons que, dans les circonstances, attablé à une table Fisher-Price disposée sur un trottoir sale d’Hô Chi Minh, le terme cuisine de rue venait de prendre tout son sens dans mon esprit.

Laissez la vie vous mener où elle le voudra bien, c’est la base même de l’esprit du routard.

Certains, en lisant ces lignes, auront fait une croix sur le voyage à sac à dos. D’autres auront fait une croix quelque part sur leur globe terrestre, fixant ainsi un secteur à explorer. Je crois que tout est une question de perspective. Toutefois, malgré les éléments négatifs que j’ai relevés dans cette chronique, je tiens à conclure sur une note positive. Partir à l’improviste, à l’imparfait, mais dans le présent sans avoir prévu le futur. Ne pas savoir sur quoi ou sur qui on va tomber. Sans idées ni domiciles fixes, être constamment en mouvement. Personnellement, je pense que c’est de ces improvisations mixtes ayant pour thème l’aventure que peuvent naître les plus belles expériences. Ce sont d’elles que peuvent émaner les plus beaux souvenirs. Je vous laisse y songer… Mais pas trop quand même, laissez la vie vous mener où elle le voudra bien, c’est la base même de l’esprit du routard.

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