L’Écon’homme: Bombardier, de géant de Valcourt à endetté

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étienne aperçu écon'homme

Bombardier, Bombardier, Bombardier… De PME de Valcourt à société mondiale regroupant 68 000 employé.e.s et cotée en bourse sous le sigle BBD, Bombardier a fait dernièrement couler beaucoup d’encre! Argent gouvernemental dilapidé ou bon investissement des deniers québécois?

Bombardier, donneur d’ordre important

Bombardier est la principale entreprise du secteur aéronautique québécois, ce qui en fait un donneur d’ordre important. En effet, Bombardier fournit des contrats à plusieurs centaines d’entreprises et fait travailler beaucoup de familles québécoises. Bombardier fait notamment affaire avec des entreprises tel Pratt & Whitney pour ses moteurs, Thales pour ses systèmes de déporteurs et C&D Zodiacs pour ses logiciels d’essai de vol.

Bombardier a fait dernièrement couler beaucoup d’encre!

Les emplois créés, directement comme indirectement, par les activités de Bombardier sont estimés à 12 000 emplois. Par indirects, on parle des emplois créés par l’ouvrage donné aux fournisseurs. Par souci de perspective, la production laitière fait travailler environ 11 000 producteurs. Qui n’a pas de producteur agricole dans son entourage? Personne. Il en va de même pour l’industrie aéronautique, or ceux-ci sont simplement plus discrets, il faut croire! L’apport au PIB approche quant à lui l’ordre du 1%! Ainsi, cela crée une grande dépendance de l’économie québécoise au secteur de l’aéronautique. Ainsi, investir dans Bombardier comme l’ont fait le gouvernement québécois et la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec (CDPQ), c’est investir dans notre économie d’ici et consolider des milliers d’emplois.

«Innover, c’est défricher la brousse : c’est gratifiant mais on risque de s’y couper avec la machette.»

– Jocelyn Benoit
Le CSeries de Bombardier. Crédit : Gracieuseté

Le pari C

La CSeries est aussi un sujet qui a aussi fait couler beaucoup d’encre. La série C de Bombardier était un pari risqué : développer de nouvelles technologies et les appliquer à leur avion. Or, le développement technologique est coûteux et il n’est pas toujours certain d’arriver à un résultat. Le but de l’innovation : économiser en essence de manière conséquente par une augmentation de l’efficacité énergétique des moteurs et turbines, rendant l’aéronef 16% plus efficace que le plus efficace auparavant sur le marché. Au passage, on améliore l’avion, l’allégeant de 5500kg par rapport à ses comparables et travaillant le profil des ailes afin d’en augmenter l’aérodynamisme; du génie.

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Dans le cas de Bombardier, on peut aisément conclure que le résultat a été de la partie, toutefois il n’en a pas été autant pour l’abordabilité de ce résultat. En effet, les prix des avions de la série C affichaient supérieurs au marché, ce qui ne simplifie pas la mise en marché de leur innovation. Ainsi, un développement coûteux et un carnet de commandes peu étoffé aura eu raison de la série C. Comme le disait un de mes professeurs, Monsieur Jocelyn Benoit, «innover c’est défricher la brousse : c’est gratifiant mais on risque de s’y couper avec la machette».

Ainsi, la CSeries, malgré sa piètre performance sur le marché, a su s’imposer comme un chef-d’oeuvre d’ingénierie et ouvre la voie aux autres sur des technologies révolutionnaires. Les autres producteurs aéronautiques n’ont eu qu’à attendre et récolteront les bénéfices de ses innovations : ainsi ils emprunteront le chemin déjà défriché par Bombardier, bien à ses dépens.

Alstom et la dette

De ces déboires, mais aussi d’un passé trouble, Bombardier a accumulé une dette considérable. Certes, la vente de Bombardier transport (la division ferroviaire) a réduit la dette de Bombardier, ce qui permet de minimiser la pression de l’endettement et respirer pour les années à venir. Outre l’impact sur Bombardier, la vente de la division ferroviaire a permis à la CDPQ (Caisse de dépôt et placement du Québec) d’acquérir par la bande une participation dans Alstom. En effet, la CDPQ possédant une partie de Bombardier, la vente lui a permis l’acquisition de près de 16% de Alstom, soit une participation à titre d’actionnaire le plus important. Le PDG de la Caisse a d’ailleurs mentionné qu’il ne retirera pas son investissement, Alstom rejoignant les valeurs de la Caisse et amenant des rendements selon lui supérieur ou minimalement équivalents à Bombardier.

En somme, Bombardier, ancien fleuron québécois, a vécu des turbulences, mais semble sur la bonne voie pour s’en sortir.

Ainsi, dans les faits, les Québécois.es n’ont rien perdu de leur investissement, tout au contraire! Ils sont maintenant propriétaires de Alstom, société européenne en deuxième rang dans le domaine ferroviaire derrière Siemens. Toutefois, la présente acquisition saura remettre Alstom au premier rang comme le croient plusieurs analystes, notamment par l’ingénierie québécoise acquise dans la transaction. Aussi, toujours propriétaires de Bombardier, les Québécois.es-actionnaires ont de quoi se réjouir : les analystes s’entendent pour un prix-cible de plus de 4$ par titre, ce qui, pour une action se transigeant sous la barre des 2$, présage un gain de 100% en peu de temps. La source de ce gain : consolidation de dettes et baisse de la pression sur l’entreprise.

En somme, Bombardier, ancien fleuron québécois, a vécu des turbulences, mais semble sur la bonne voie pour s’en sortir. Ayant fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années, je ne pouvais passer à côté, ainsi on en a fait couler un peu plus aujourd’hui.

-L’Écon’homme

Sources: Bombardier aviation, Guide de l’investisseur

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