L’économie du pays : Est ce que le bitcoin est la monnaie du futur?

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Crédit : Sarah Gardner

Le 9 novembre 2021, le bitcoin atteignait un prix record de 68 513 $ l’unité. Du jamais vu pour une cryptomonnaie dont la première estimation valait à peine 0,001 $ à sa création en 2009. Plusieurs experts pensent qu’elle est la monnaie du futur; alors même que les banques centrales restent très prudentes sur son potentiel à remplacer la monnaie conventionnelle.  

Depuis quelques années, il se développe silencieusement un phénomène dans les sociétés économiques des pays développés et en développement. On assiste pratiquement à une ruée vers les crypto monnaies par des agents économiques de tous bords. Des traders spécialisés dans les actifs hyper volatiles, aux simples citoyens épargnants, tous semblent avoir trouvé le produit miracle de la liberté financière dans les crypto monnaies, surtout dans le Bitcoin. 

Il est vrai que la prospérité que connaissent les crypto monnaies depuis leur création est phénoménale, ce qui justifierait cet engouement populaire. Mais, qu’est ce qui pourrait expliquer une telle valorisation exponentielle ? Et quel en serait le revers ? Bref les crypto monnaies sont-elles aussi fiables au point où on pourrait y investir son argent? Cette chronique tente de répondre à ces questions. 

Crédit: Daniel Dan

Les raisons de la valorisation du Bitcoin 

Selon l’American Institute for Economic Research (AIER), la valorisation exponentielle du Bitcoin s’expliquerait par sa nature « sophistiquée ». En effet, le Bitcoin est apparu pour la première fois en 2009 comme un concurrent possible de la monnaie nationale gérée par le gouvernement. Satoshi Nakamoto est le concepteur et développeur de cette monnaie. Il explique son fonctionnement dans un livre blanc publié le 31 octobre 2008. La structure et le langage de ce document montrent clairement que le bitcoin est une monnaie pour ingénieurs informaticiens, et non pour les économistes ni pour les décideurs politiques.

Dès lors, la valeur du Bitcoin provient de sa technologie sous-jacente, qui est un grand livre ouvert qui garde la trace des droits de propriété et permet le transfert de ces droits. Le Bitcoin a réussi à regrouper son unité de compte avec un système de paiement qui vit sur le registre (la blockchain). C’est cette innovation informatique qui lui confère la capacité de valorisation exponentielle.

Mais même si le Bitcoin se  fonde sur un système sophistiqué, il reste tout de même fragile comme monnaie selon plusieurs experts. D’ailleurs, pour Ben Bernanke, ancien président de la réserve fédérale américaine, le Bitcoin ne pourra jamais remplacer la monnaie conventionnelle (le dollar) et son avenir est incertain pour 4 principales raisons :

Le bitcoin est intrinsèquement déflationniste

 

Ce n’est pas pour rien que la Réserve fédérale et les autres banques centrales du monde visent une faible inflation dans leurs objectifs de politique monétaire. Au fur et à mesure que l’économie se développe, le montant des dollars dans le système devrait aussi augmenter. Mais si la déflation s’installe, un seul dollar permettra d’acheter plus de biens et services à l’avenir. Cela peut sembler formidable en apparence, mais cela pousse les gens à éviter de dépenser aujourd’hui en sachant qu’ils pourront en acheter plus dans l’avenir. Ce qui peut alors conduire à un cercle vicieux de baisse des prix et des salaires.

Ainsi, la déflation est mauvaise et il se trouve que Bitcoin est déflationniste parce qu’il y a une quantité limitée de bitcoin en circulation, environ 21 millions. Mais en plus de cela, les gens perdent l’accès à leurs Bitcoins en oubliant leurs clés privées (accès aux portefeuilles Bitcoin). Ces bitcoins ne disparaissent pas du système. N’importe qui peut les retrouver dans le registre public décentralisé, mais ils sont hors de circulation.

Le Bitcoin a des défaillances de fonctionnement

La conversion des fonds fiduciaires en Bitcoin coûte cher. C’est logique compte tenu de la volatilité (expliquée ci-dessous) et des contraintes réglementaires. Mais, cela coûte également de faire passer des Bitcoins d’un portefeuille à l’autre. L’envoi d’un demi-million de dollars de Bitcoin coûte des milliers de dollars en frais. Les mineurs de Bitcoin et les bourses améliorent le réseau, mais ils prennent aussi leur part. Cela rend le Bitcoin moins rentable pour le transfert d’argent.

D’un autre côté, le risque des failles de sécurité est relativement élevé. Certes, la Blockchain est un système sûr; mais pour en tirer parti, les humains doivent interagir avec elle. Et nous faisons tous des erreurs. Les transactions sont également irréversibles, sauf si toutes les parties en conviennent autrement. Plus les échanges augmentent, plus les failles de sécurité se multiplient. Il y a place pour davantage d’erreurs et d’autres vulnérabilités comme le piratage social. Par exemple, le Mt Gox et d’autres bourses ont fait faillite. Ils ont perdu leurs utilisateurs pour une valeur de plus de 400 millions de dollars de Bitcoin.

Le Bitcoin est extrêmement volatile

S’accrocher à un Bitcoin est un véritable tour de montagnes russes. Il est en hausse de 20 % un mois et en baisse de 40 % le mois suivant. Il est donc difficile pour les détaillants de l’accepter comme moyen de paiement. Ils peuvent essayer de couvrir la volatilité, mais cela réduit leurs bénéfices. C’est une raison souvent invoquée pour expliquer l’échec du Bitcoin en tant que monnaie.

Le Bitcoin est énergivore

Pour vérifier les transactions sur le grand livre public (Blockchain), les mineurs de Bitcoin se battent pour résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Cependant, ils consomment de grandes quantités d’énergie et cette énergie pourrait être mieux utilisée. La plupart des estimations de la consommation totale d’énergie de Bitcoin en 2018 sont supérieures à 2 GWh, soit le besoin en électricité d’un pays comme le Cameroun. Pour mettre cela en perspective, 1 GWh est suffisant pour alimenter environ 700 000 foyers pendant un an.

A cause de toutes ces failles, plusieurs experts à l’instar de Ben Bernanke et Janet Yellen (deux anciens gouverneurs de la Réserve fédérale), recommandent la prudence dans l’investissement en Bitcoin. Certains pays comme la Chine, Taiwan, l’Iran, le Canada, le Nigéria et bien d’autres imposent d’ailleurs des restrictions sur l’utilisation de la cryptomonnaie pour les transactions. En Chine, le Bitcoin est complètement interdit. Bill Gates, fondateur de Microsoft et bien d’autres patrons de multinationales se montrent aussi réticents à l’égard du Bitcoin.

Références 

  1. The economist (2021) How digital-currency investors differ from the general population https://www.economist.com/graphic-detail/2021/09/14/how-digital-currency-investors-differ-from-the-general-population
  2. Luther, W. (2021) The rise of bitcoin American Institute for Economic Research https://www.aier.org/article/the-rise-of-bitcoin/
  3. Stratiev, O. (2018). Cryptocurrency and blockchain: How to regulate something we do not understand. Banking & Finance Law Review33(2), 173-212.

  4. Oh, J. H., & Nguyen, K. (2018). The growing role of cryptocurrency: what does it mean for central banks and governments. International Telecommunications Policy Review251, 33-55.
  5. Reuters (2018) Producing bitcoin currency could void climate change efforts – scientists https://www.reuters.com/article/us-global-climatechange-crypto-idUSKCN1N32RK
  6. Finance Magnates (2015) Ben Bernanke: Bitcoin Technology Good, Currency Bad https://www.financemagnates.com/cryptocurrency/news/ben-bernanke-bitcoin-technology-good-currency-bad/
  7. Nasdaq (2021) What Does Treasury’s Janet Yellen Think About Crypto? https://www.nasdaq.com/articles/what-does-treasurys-janet-yellen-think-about-crypto-2021-10-10
  8. Financial times (2021) China expands crackdown by declaring all crypto activities ‘illegal’ https://www.ft.com/content/31f7edf7-8e05-46e1-8b13-061532f8db5f

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