L’économie du pays : GOVCOINS, bientôt la fin des cryptomonnaies décentralisées

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Crédit : Camille Limoges

Au mois de juin 2021, la Chine, l’une des principales place financières du monde, lançait son projet de e-Yuan dont l’intention claire est d’éradiquer sur le sol chinois les cryptomonnaies apatrides, libertariennes, décentralisées et rétives à l’autorité. C’est donc sans surprise que le Bitcoin était déclaré illégal en Chine au mois de septembre 2021.

Au début du mois de février 2021, la banque centrale du Nigéria prenait une mesure similaire en sommant les banques commerciales de fermer tous les comptes en bitcoin dans leurs livres. Et quelques mois plus tard on annonçait l’E-NAIRA. Presque toutes les banques centrales se préparent actuellement à lancer leurs propres monnaies numériques (ou Govcoins). Cette information devrait donner un signal d’alerte aux spéculateurs des cryptomonnaies décentralisées. Dans l’avenir celles-ci seront simplement phagocytées par les Govcoins plus stables et mieux réglementées.

Les limites des crypto monnaies décentralisées

Crédit : Pexel.com

Comme le rappelait Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) dans un article publié dans le magazine de L’ENA hors les murs le 30 novembre 2020, les innovations telles que la technologie des registres distribués (distributed ledger technology, DLT), en particulier la blockchain, qui est au cœur des crypto-actifs comme le bitcoin, engendrent de nombreux risques.

Le principal risque serait de se reposer entièrement sur la technologie et sur le concept imparfait de l’absence d’émetteur identifiable ou de créance. De plus, l’utilisateur ne peut pas compter sur la stabilité de la valeur de crypto-actifs hautement volatiles, illiquides et spéculatifs, qui, de ce fait, ne remplissent pas l’ensemble des fonctions d’une monnaie (unité de compte, moyen d’échange, réserve de valeur).

Plus récemment sont apparus les stablecoins, qui tentent de résoudre le problème du manque de stabilité et de confiance. À noter qu’un stablecoin est une cryptomonnaie conçue pour maintenir une valeur stable par rapport à une autre référence, généralement une monnaie fiduciaire telle que le dollar américain, l’euro ou une autre devise. Contrairement aux autres cryptomonnaies telles que Bitcoin, dont la valeur peut être extrêmement volatile, les stablecoins sont conçus pour avoir une valeur relativement constante, ce qui les rend plus utiles pour les transactions quotidiennes et pour stocker de la valeur. Mais leur adoption à grande échelle pourrait remettre en cause la stabilité financière et la souveraineté monétaire selon Christine Lagarde.

La solution en voie d’échec des «stablecoins»

De nombreux experts sont unanimes que les stablecoins pourraient entraîner des innovations supplémentaires dans le domaine des paiements et se faire une place dans les médias sociaux, le commerce et d’autres plates-formes, mais ils posent aussi de sérieux risques.

Crédit : TRT World

Si, par exemple, leurs émetteurs ne garantissent pas une valeur fixe ou s’ils semblent incapables d’absorber des pertes, leurs utilisateurs pourraient s’en détourner brusquement. De plus, leur utilisation comme réserve de valeur pourrait déclencher un vaste mouvement de report de dépôts bancaires en leur faveur, avec des répercussions possibles sur les opérations bancaires et sur la transmission de la politique monétaire.

Les stablecoins, surtout ceux qui reposent sur des entreprises technologiques (les bigtechs), pourraient également présenter des risques pour la compétitivité et l’autonomie technologique des pays en exploitant leur avantage concurrentiel et leur contrôle de grandes plates-formes. Leur domination peut entraver la concurrence, limiter le choix des consommateurs et soulever des inquiétudes en ce qui concerne la confidentialité des données et l’utilisation abusive des informations à caractère personnel.

C’est donc au regard de ces limites des crypto monnaies et tout en reconnaissant qu’ils répondent à un besoin de paiement numérique, que 80 % des Banques centrales du monde étudient l’émission d’une monnaie sous forme numérique selon une étude de la Banque des règlements internationaux (2019).

L’émergence de la monnaie numérique de banque centrale ou «GOVCOINS»

Crédit : The Economist

De manière substantielle, la monnaie numérique de banque centrale (MNBC) fonctionnerait comme les moyens de paiement électroniques actuels comme l’explique Stephen Murchison, conseiller du gouverneur à la Banque du Canada, dans un article publié sur le site de l’institution. À ceci près qu’elle ne serait pas liée à une banque commerciale, comme le sont les comptes bancaires et les cartes de débit.

Essentiellement, chaque agent économique détiendrait un compte unique à la Banque centrale de son pays de résidence, qui ne donnerait vraisemblablement pas d’intérêts pour ne pas concurrencer les institutions financières privées. Ce serait dans un tel compte que les citoyens pourraient recevoir par exemple leur salaire et les versements gouvernementaux, mais ils devraient les transférer dans un compte plus classique pour leurs transactions financières courantes, ou pour obtenir un prêt et le rembourser.

Le grand avantage, pour la Banque centrale, c’est qu’elle disposerait d’un levier supplémentaire pour créer de la monnaie, une forme moderne de l’impression des billets de banque en déclin. Actuellement, une part importante de la création de masse monétaire provient des institutions financières, sous forme de crédits qu’elles accordent notamment sous forme de prêts. Il s’agit ici d’un modèle possible, les détails de l’application d’une telle monnaie numérique n’ont pas encore été définis.

Les principaux projets de GOVCOIN en cours…

Selon Bloomberg, aux États-Unis, les premiers prototypes des plateformes pour gérer les comptes et les transactions en MNBC pourraient être dévoilés dès le mois de juillet 2021. James Cunha, responsable du projet à la réserve fédérale, n’a toutefois pas indiqué si le dollar numérique s’appuiera sur la blockchain, la technologie utilisée par les autres cryptomonnaies.

Pièce d’or e-RMB, plus de 100 billets en yuans, image conceptuelle de la version numérique du yuan. Monnaie décentralisée chinoise. Crédit : les Échos

Dans la zone Euro, la BCE entend veiller à ce que l’euro reste adapté à l’ère numérique. Il y a quelques mois, le Conseil des gouverneurs a décidé d’étudier la possibilité d’émettre un euro numérique pour les paiements de détail. L’Eurosystème évalue actuellement les implications de l’introduction éventuelle d’un euro numérique qui, juridiquement, constituerait un engagement de la banque centrale.

Au Canada, la Banque du Canada étudie depuis des années le concept de monnaie numérique, qu’elle émettrait et dont elle serait la gestionnaire. Selon Timothy Lane, sous-gouverneur à la Banque du Canada, « la pandémie pourrait faire prendre une décision plus vite que prévu en ce qui concerne le dollar numérique».

En Chine, la banque centrale expérimente les transactions en MNBC dans quatre grandes villes, dans le cadre d’un projet pilote. La Suède teste actuellement l’e-krona.

Références

https://www.economist.com/weeklyedition/2021-05-08

https://www.cointribune.com/adoption-crypto-en-2022-top-20-des-pays-bilan-tendances-et-enseignements/

https://www.bankofcanada.ca/research/digital-currencies-and-fintech/projects/central-bank-digital-currency/

https://www.bloomberg.com/news/articles/2022-05-21/lagarde-says-crypto-is-worth-nothing-and-should-be-regulated

https://www.serviralumni.com/article/l-avenir-de-la-monnaie-un-double-enjeu-d-innovation-et-de-confiance/30/11/2020/542

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