L’économie du pays : Le grand virage démographique pour le Québec

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En cette année 2026, le Québec amorce un tournant historique. Alors que le gouvernement fédéral resserre les vannes de l’immigration et que la province fixe ses propres cibles, les données démographiques récemment publiées dessinent un avenir économique préoccupant. Stagnation de la population, vieillissement accéléré, pression sur les finances publiques : les défis sont colossaux.

C’est une tendance qui va marquer structurellement l’économie du Québec pour les prochaines décennies, mais dont on parle encore trop peu : le Québec se dirige vers un déclin de sa population .

Selon les projections de Statistique Canada publiées récemment, la population québécoise, actuellement de 9,058 millions de personnes, retombera sous les 9 millions d’ici 2030 pour stagner autour de 9,047 millions en 2050. Pendant ce temps, l’Ontario gagnera près de 3 millions d’habitants et l’Alberta 2,19 millions. Conséquence directe : le poids démographique du Québec dans la fédération canadienne chutera de 21,8 % à 18,6 % en 25 ans. Un affaiblissement qui aura inévitablement des répercussions politiques et financières.

Une population qui vieillit et ne se renouvelle plus

Crédit : iStock / jbemond

Le phénomène est implacable : les décès surpassent désormais les naissances sur le territoire québécois. En 2024, pour la première fois, la croissance naturelle de la population est devenue négative, alors qu’elle ajoutait plus de 20 000 personnes par année il y a seulement dix ans.

Le taux de natalité au Québec s’établit à 1,33 enfant par femme, un niveau historiquement bas, comparable à celui de 1,25 observé à l’échelle canadienne. Ce chiffre est nettement insuffisant pour assurer le renouvellement naturel de la population. Sur les 25 prochaines années, on prévoit 615 000 décès de plus que de naissances. Seule l’immigration nette, estimée à 603 600 personnes, permettra d’éviter un effondrement démographique encore plus marqué .

À lire aussi : Québec 2026 – Perspectives économiques et politiques

Le choix assumé de l’immigration permanente

C’est dans ce contexte que le gouvernement du Québec a annoncé, à l’automne 2025, ses cibles d’immigration permanente pour la période 2026-2029 : 45 000 personnes par année. Un niveau légèrement inférieur à celui observé durant les années 2010, mais qui constitue le scénario le plus ambitieux parmi ceux envisagés.

Cette cible apparaît somme toute équilibrée, selon les économistes de Desjardins. Elle permet d’atténuer le déclin démographique, sans toutefois éviter la stagnation de la population active. En effet, le scénario de base, qui inclut un retour graduel à des niveaux d’immigration prépandémiques après 2030, maintient le bassin de travailleurs stable, mais ne parvient pas à le faire croître .

Parallèlement, le gouvernement fédéral a dévoilé son propre plan pour 2026-2028, marqué par un coup de frein significatif sur l’immigration temporaire. L’objectif est de ramener la proportion de résidents non permanents (étudiants étrangers et travailleurs temporaires) à 5 % de la population, alors qu’elle se situe actuellement à près de 7 % au Québec. En 2026, le Canada prévoit d’accueillir 385 000 résidents temporaires, un chiffre qui devrait descendre à 370 000 les années suivantes.

Le marché du travail sous pression

Crédit : Conseil du Patronat du Québec (CPQ)

Ces choix démographiques ont des conséquences immédiates sur le marché du travail. Compte tenu des bases démographiques de la province – accélération des départs à la retraite, faible natalité, ralentissement de la croissance de la population active – le taux de chômage devrait continuer de converger vers les 4 % pour le reste de la décennie, en l’absence de récession majeure.

Cette situation, bien qu’elle puisse sembler favorable à première vue, n’est pas nécessairement synonyme de prospérité. Elle reflète surtout une contraction de l’offre de main-d’œuvre. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) estime que d’ici 2033, près de 1,4 million d’emplois devront être pourvus par des personnes qui ne sont pas actuellement sur le marché du travail.

« La pénurie de main-d’œuvre n’est pas un phénomène conjoncturel, c’est un choc structurel », résume Michelle LLambías Meunier, présidente du CPQ. « Si nous voulons préserver notre capacité de production et notre compétitivité, cessons de traiter la main-d’œuvre comme une variable d’ajustement » .

Des finances publiques sous tension

Le vieillissement de la population exerce une pression croissante sur les finances publiques. Le taux de dépendance – le rapport entre les personnes d’âge scolaire ou à la retraite et celles en âge de travailler – devrait plafonner autour de 80 %, un niveau inédit depuis l’époque où les baby-boomers n’avaient pas encore quitté les bancs d’école.

Mais cette fois, la pression démographique proviendra surtout des besoins en soins de santé des aînés, dont les coûts excèdent largement ceux associés à l’éducation des jeunes. Avec une population active qui stagne et un taux d’activité en recul, le fardeau fiscal risque de s’alourdir pour les travailleurs, tandis que la croissance des recettes fiscales sera plus lente que celle des dépenses .

Le dilemme des années à venir

Crédit : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La volonté de réduire les seuils d’immigration, notamment la part des résidents temporaires, repose sur des préoccupations légitimes : pression sur les services publics, tensions sur le marché immobilier, défis liés à l’intégration des nouveaux arrivants dans une société francophone minoritaire en Amérique du Nord.

Mais ces choix impliquent des compromis qu’il faut assumer en toute transparence. Une réduction trop marquée des flux migratoires pourrait accentuer les pénuries de main-d’œuvre, ralentir la croissance économique et compliquer durablement l’équilibre des finances publiques.

« En cette année électorale qui s’amorce, il serait souhaitable que les différents partis assument les enjeux entourant leurs propositions, sans lésiner sur les compromis qu’elles impliquent », plaide Sonny Scarfone, économiste principal au Mouvement Desjardins .

Des leviers d’action existent

Face à ces défis, le CPQ propose cinq leviers pour doter le Québec d’une vision intégrée de la main-d’œuvre  :

  1. Rehausser la littératie et la numératie des travailleurs
  2. Instaurer un continuum de formation et de reconnaissance des compétences
  3. Attirer et maintenir en emploi les travailleurs expérimentés (55 ans et plus)
  4. Miser davantage sur les clientèles éloignées du marché du travail
  5. Ajuster l’immigration économique aux besoins réels du marché du travail

Si le Québec affichait un taux d’emploi comparable à celui de l’Ontario pour la tranche d’âge des 55 ans et plus, environ 35 000 travailleurs supplémentaires pourraient être mobilisés. Un potentiel considérable.

Conclusion : un choix de société à assumer

Comme l’a dit le philosophe français Auguste Comte, la démographie, c’est le destin. Le Québec se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Maintenir un niveau élevé d’immigration, avec les défis que cela implique en matière de francisation et de pression sur les services publics, est un choix de société. Réduire les seuils pour privilégier d’autres priorités en est un autre.

L’essentiel est d’être transparent quant aux compromis à faire. Une certitude demeure : sans gains de productivité significatifs, sans adaptation de nos politiques publiques et sans une mobilisation de tous les talents disponibles, le modèle québécois deviendra difficilement soutenable à moyen et long terme. Le débat ne fait que commencer.

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