L’économie du pays : Le marché des terres rares

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Crédit : Camille Limoges

On considère généralement la technologie comme l’avenir de la prospérité économique. La Silicon Valley et les startups technologiques démontrent chaque jour leur potentiel de croissance massif. Dans le secteur manufacturier, les nouvelles machines et l’automatisation augmentent l’efficacité de la production. Et dans le domaine de l’environnement, les technologies vertes présentent les meilleures perspectives de décarbonisation. Toutes ces prouesses ont en commun l’intégration des terres rares dans leur modèle économique. On en parle pas beaucoup, mais ces minerais gagnent de plus en plus d’importance. Ils se classent désormais au rang de ressources stratégiques pour la richesse des nations.

Qu’entend-t-on par terres rares ?

Les principaux ETR. Crédit : NASA

Les terres rares sont des métaux et des composés métalliques utilisés dans un grand nombre de procédés de fabrication technologique. Sur le plan physico-chimique, il s’agit de 17 éléments dont 15 appartiennent à la famille des lanthanides. Soit (lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, prométhium, samarium, europium, gadolinium, terbium, dysprosium, holmium, erbium, thulium, ytterbium, et lutécium), auxquels il faut ajouter l’yttrium et le scandium. Leur nom français vient sans doute d’une traduction approximative de l’anglais rare-earth elements ou éléments de terre rares (ci-après ETR).

Contrairement à ce que l’expression « terres rares » laisse suggérer, ces métaux ne sont pas si rares. Certains, comme le cérium, sont aussi répandus dans l’écorce terrestre que d’autres métaux plus usuels comme le cuivre. Les ETR sont dits « rares » parce qu’ils ne se trouvent pas sous forme pure et nécessitent plusieurs étapes d’extraction. D’ailleurs, c’est dans une carrière près de Stockholm, en Suède, que Carl Axel Arrhenius découvrit en premier une terre rare, en 1787. À partir des années 1940, le développement de techniques d’extraction perfectionnées permit ensuite la production de terres rares en grande quantité presque partout dans le monde.

Segmentation de l’industrie des éléments de terres rares

Les applications des ETR. Crédit : Science Direct

Les ETR ont plusieurs applications : catalyseurs, céramique, phosphores, verre et polissage, métallurgie, aimants, etc. Les aimants sont l’une des plus grandes applications des ETR. On les trouve dans diverses industries, telles que l’électronique, l’automobile, la production d’énergie et la santé.

Les aimants s’utilisent dans les disques durs d’ordinateurs, les tubes de puissance à micro-ondes, les freins antiblocage. On les trouve aussi dans les pièces automobiles, les moteurs d’entraînement de disque, les roulements sans friction, la production d’énergie. Il y a par ailleurs la réfrigération magnétique, les microphones et les haut-parleurs, les systèmes de communication et l’IRM.

En 2021, environ 85% des constructeurs automobiles utilisaient des moteurs à aimants permanents. On prévoit que la demande automobile de terres rares augmentera de 25% en cette année 2023. Les aimants qu’on utilise pour les véhicules électriques et les éoliennes sont le néodyme, le praséodyme et le dysprosium, avec le samarium et le cobalt comme substituts potentiels. On s’attend naturellement à ce que la demande de ces produits explose dans l’avenir.

Dans le domaine de la santé, des équipements médicaux, tels que les appareils d’IRM, les stimulateurs cardiaques, les appareils d’apnée du sommeil et les pompes à insuline fonctionnent grâce aux aimants des ETR. Il est à noter que le secteur de la santé connait actuellement des investissements considérables en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique. Par conséquent, toutes ces tendances devraient stimuler la demande d’aimants, ce qui devrait encore augmenter la demande des ETR dans les années à venir.

Une ressource de plus en plus en plus stratégique

Une mine d’extraction de terres rares en Chine. Crédit : Foreign policy research institute

Partout dans le monde, il existe une demande croissante pour des technologies avancées fabriquées à partir des ETR. Celle-ci devrait atteindre 2,5 billions de dollars d’ici 2030. La Chine domine actuellement ce marché avec 85% de l’offre mondiale en 2016. L’Australie est le deuxième plus grand producteur contribuant à 10% du marché, mais faisant à peine une brèche dans le monopole chinois. Cette position fait en sorte que la Chine utilise les ETR comme une arme économique. En 2010, elle a bloqué les exportations d’ETR vers le Japon en guise de punition pour la détention par le Japon d’un capitaine chinois. Plus récemment, elle a envisagé de limiter les exportations d’ETR vers les États-Unis en réponse aux tarifs mis en place par l’ancien président américain Donald Trump, ce qui représente une menace énorme puisque l’industrie américaine de la défense dépend fortement de ces minéraux.

Pour arriver à cette situation de quasi monopole, la Chine a adopté des réglementations environnementales laxistes. Les méthodes peu coûteuses et très polluantes lui ont permis de devancer ses concurrents et de s’implanter solidement sur le marché international des ETR. Ce marché est maintenant en plein essor et elle compte bien en profiter. Comme quoi, la terre peut être un instrument de puissance économique.

Références

https://www.pm-review.com/new-technology-to-separate-rare-earth-metals-reduces-environmental-impact-2/

https://climate.nasa.gov/news/1099/rare-earths-in-rare-form-at-caltech-competition/

https://climate.nasa.gov/news/1099/rare-earths-in-rare-form-at-caltech-competition/

Technologie pas si « verte » : l’héritage compliqué de l’exploitation minière des terres rares (harvard.edu)

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