
Du 22 au 25 janvier 2026, le Théâtre des Nouveaux Compagnons ouvrait ses portes pour proposer une expérience théâtrale qui sort de l’ordinaire : L’entente, nouvelle création de Reynald Robinson. Sous forme d’une lecture working in progress, ou le texte, la mise en scène et l’interprétation est à mi-chemin entre la représentation classique et la création en temps réel. Dès les premières minutes, on se retrouve plongé dans un récit vivant et naturel. On a l’impression d’assister réellement à cette discussion. Pas d’artifice ni de mise en scène artificielle. Ici, l’imaginaire du spectateur devient un acteur à part entière. Chaque scène laisse de l’espace. Chacun se construit sa propre vision des lieux et des interactions.
Une entente qui se joue sur un fil
Un samedi matin, une cheffe d’entreprise réunit ses deux enfants. Alexandre, médecin dans un hôpital de renommée internationale. Nadine, policière dans une ville moyenne. Cette réunion a pour but de leur parler d’une entente commerciale en négociation au sujet de l’entreprise familiale. La famille, loin d’être unie, laisse transparaître des tensions et une certaine distance. Les relations sont marquées par des non-dits. Un mélange d’affection distante et de rivalités implicites. Pour gérer les négociations, la mère est épaulée par sa jeune adjointe, Frédérique.
Depuis plusieurs jours, Frédérique détient une information délicate. Une information capable de bouleverser les plans de l’entreprise et l’équilibre fragile de la famille. Au fil des discussions, un événement inattendu survient. Il fait surgir secrets et révélations qui mettent à jour des vérités longtemps cachées. Entre alliances tacites, loyautés fluctuantes, les tensions s’intensifient. La pièce explore comment le pouvoir, les ambitions et les non-dits peuvent influer sur les relations personnelles. L’entente devient un huis clos vivant et captivant. Chaque mot et chaque silence prennent un sens particulier. Le spectateur est invité à naviguer entre humour, drame et suspense familial.
Un langage au service du récit
Le langage cru et profondément québécois des personnages surprend et amuse à plusieurs reprises, tout en révélant les tensions et les valeurs au cœur de la pièce. Reynald Robinson réussit à mêler humour et drame. Il explore des thèmes universels comme la fraternité, l’éthique et la complexité des relations humaines. Il réussit aussi à aborder des enjeux actuels, comme la préservation et la richesse de la langue québécoise dans un contexte moderne. Le jeu des comédiens est intense, parfois un peu exagéré. Idéal pour une lecture publique : chaque intonation, chaque regard, chaque pause nous plonge dans l’action.


Quand l’imaginaire du spectateur fait la mise en scène
Aller voir une lecture peut susciter des préjugés : « ce sera juste du texte, assis, pas très vivant ». Pourtant, ici, l’alchimie entre texte et interprétation fait tomber ces attentes. La lecture devient un spectacle à part entière, où le public se concentre sur les mots, les expressions et la tension dramatique. La raison exacte de l’entente reste un mystère jusqu’aux dernières minutes, intensifiant l’envie de découvrir le dénouement. Et quand celui-ci arrive, il frappe par son côté inattendu, presque tragique, à la manière d’une tragédie grecque moderne.
Après la lecture, un échange a eu lieu entre le public, les comédiens et le metteur en scène permettant aux spectateurs de donner leurs impressions et leurs ressentis. De nombreux spectateurs n’ont pas caché leur enthousiasme, qualifiant la lecture de fantastique et soulignant qu’elle avait le pouvoir immersif d’un véritable film.
La pièce a cette qualité rare de laisser une place au spectateur : « Dans la version finale, il y aura un peu de vous. » a prononcé Eric Ahern, l’assistant metteur en scène. Participer à une lecture rend l’expérience vivante. Notre perception et notre imagination deviennent partie intégrante de l’histoire. L’entente n’est pas seulement une pièce à voir : c’est une pièce à vivre.
Il ne reste plus qu’à rester attentif à la version finale de L’entente et à aller la découvrir sur scène : une œuvre qui vaut le détour et qui mérite qu’on ouvre grand les oreilles.



