Les mains sales: Affaire Salvail et silence de la loi

1
122113748_3355139044523331_6316814312961007221_o.png
alexis lambert

Les mouvements de dénonciation des agressions sexuelles font ravage ces dernières années. Si nos institutions font toujours preuve d’un certain laxisme envers les dénonciations, et que les agresseur.euse.s trouvent souvent la manière de s’enfuir par les portes de derrière, les choses bougent à contre-courant et certain.e.s sacrifient tout pour la dénonciation, pour ne pas être étouffés par le silence.

Tergiversation sur les faits

Le balancement des porcs est particulièrement difficile lorsque ces derniers sont en plus des personnalité.e.s célèbres, compte tenu du fait que l’autorité et l’abus de pouvoir vont si bien ensemble. On est confronté cette semaine au procès d’un cas assez difficile. C’est le procès d’Éric Salvail qui s’est ouvert. Pour rappeler les faits, l’ancien animateur de télévision est passé sous les projecteurs le 18 octobre 2017, et après que 11 personnes ont témoigné contre lui, notamment pour inconduite sexuelle, ce dernier coupe l’ensemble de ses liens médiatiques et prend une pause de sa vie de star.

Plus de deux ans plus tard, le procès a débuté. Cette semaine a paru un des seuls témoins qui a voulu sortir de l’ombre, Monsieur Donald Duguay, âgé de 47 ans. Bien que la loi canadienne vise la présomption d’innocence, l’avocat de Salvail n’y va pas de main morte pour salir les victimes, l’attitude qu’on a pour se sauver la peau.

Il est abject de laisser passer des propos comme ceux utilisés dans le contre-interrogatoire de M. Duguay.

Bouc-émissaire

Dans notre société qui tente vigoureusement d’éradiquer des discours haineux, misogynes et faisant appel à la violence sexuelle, il est abject, inacceptable et dégoutant de laisser passer des propos comme ceux utilisés dans le contre-interrogatoire de M. Duguay. Dès le début de l’entretien, M. Duguay a été accusé de faire un faux témoignage, lorsque Me. Massicotte lui a dit qu’il passait en cours, car il cherchait de l’attention. L’avocat a aussi pris la peine de mentionner l’habillement que Duguay portait le jour de l’agression présumée, en laissant supposer que le comportement général de Duguay aurait pu inciter les gestes déplacés de Salvail.

«Je vous suggère que la meilleure façon d’éviter un viol, ce n’est pas de se tourner de côté pour ne pas voir ce qui se passe, mais c’est plutôt de tout faire pour sortir».

Ce vrai épisode de slut-shaming m’a fait virer le sang dans les veines… vraiment, on peut utiliser ce genre d’argumentaire en Cour? Malgré le fait que nous n’avons pas accès au procès-verbal de cette audience, aucun journaliste ne rapporte l’objection du juge. Il semble absurde de croire que la justice pourrait se fabriquer sur des allégations aussi sordides que :

«Je vous suggère que la meilleure façon d’éviter un viol, ce n’est pas de se tourner de côté pour ne pas voir ce qui se passe, mais c’est plutôt de tout faire pour sortir».

Si l’avocat de Salvail suggère des idées aussi crues que celle-là et remet en doute les allégations de M. Duguay, Salvail lui-même nie l’ensemble de l’histoire, en la qualifiant de farfelues. C’est encore une fois les victimes, hommes et femmes, qui passent pour des menteurs, n’ayant rien de mieux à faire que de se battre en cours et de détruire des carrières de personnalités médiatiques.

Fondements éthiques dans la maison des fous

Que fait l’instance juridique dans tout ça ? Ce n’est pas un discours qui semble facile à enrayer. C’est habituellement la première carte utilisée pour lutter contre les allégations de viols, la victime est bousculée, on fait d’elle la principale fautive et elle abandonne facilement la poursuite, surtout lorsqu’elle est pauvre et qu’elle s’attaque à quelqu’un qui a les moyens d’étirer longuement les procès.

La bureaucratie tarabiscotée et la position difficile de l’agression sexuelle en ce qui a trait à la présomption d’innocence rendent tous les débats entourant les procès assez difficiles.

Les fondements de l’éthique juridique sont principalement positifs. C’est-à-dire que la seule forme de justice existante pour ces instances est celle approuvée par la loi et la jurisprudence. Les preuves peuvent être exclues rapidement, par un procédé administratif, car elle compromettrait le bon déroulement légal du reste de l’affaire.

La bureaucratie tarabiscotée et la position difficile de l’agression sexuelle en ce qui a trait à la présomption d’innocence rendent tous les débats entourant les procès assez difficiles. Si les victimes obtiennent parfois justice, elles sont trop souvent accusées de faux témoignages, de façon disproportionnelle, car ces derniers, mêmes existants, ne représentent qu’une minorité des cas [NDLR: Le RQCALACS ne recense que 2% de fausses accusations].

Nous dénonçons l’usage d’arguments fallacieux par les avocats et le recours aux slut-shaming qui viennent normaliser des discours qui n’ont pas leur place. Il ne faut pas envoyer tout le monde au pilori, mais laisser la chance aux victimes d’être écoutées, sans être intimidées par les personnes de pouvoir et ceux qui détiennent l’argent pour gagner leur cause. Soyons en position de leur rappeler qu’ils ne pourront pas toujours se cacher, et que leurs comportements ne passeront pas sous silence.

Make Rapists afraid again!  

Lire aussi : Les mains sales : Éric Lapointe et la post-vérité

1 commentaire

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here