Les mains sales: Déclin ou mythe du français québécois?

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Mains sales

Lorsque j’enseignais l’histoire du Québec à la diaspora anglophone de la Côte-Nord est venu un temps où je me suis mis à leur parler de la loi 101. Une conversation sulfureuse s’en suivit. Il était évident que des faits historiques et socioculturels nous divisaient sur cette question.

Pour eux et elles, ce n’était qu’une loi qui «empêchait les francophones d’aller à l’école publique en anglais». C’est vrai. Cependant, cette loi s’est faite dans une optique de protéger le français au Québec, qui avait la vie difficile dans les années 60 et 70. Le français a encore la vie dure aujourd’hui.  Notre langue est prise en étau, enclavée dans une mer rouge. Le français québécois est moqué.

Francophobie: les Québécois sont-ils plus problématiques que les autres?

Dans le Canada anglais, évoluant sous l’idéologie multiculturaliste, les défenseurs de la langue française sont vilipendés. Xénophobes, racistes, conservateurs et on en passe. Évidemment, comme tous les groupes, les Québécois ont à gérer des problèmes concernant le racisme systémique et la xénophobie. Nous avons nos torts.

La défense de la langue française n’empêche pas de combattre d’autres problèmes comme le racisme.

Cependant, il est bien de rappeler que ce sentiment a été exacerbé par nombre de journalistes et auteurEs crédibles. Notamment Mordecai Richter, qui comparait (avant le référendum de 1995) la propagande souverainiste à la propagande nazie. Le journaliste Robert Guy Scully, dans les années 70, avait écrit un article sur ce que c’était d’être une personne Québécoise. Après l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois, il écrit: «French Quebec is a culturally deprived, insecure community whose existence is an accident of history». On verrait mal quelqu’un écrire ce genre de chose aujourd’hui… et pourtant.

Les mêmes commentaires évoqués refont surface, encore aujourd’hui dans la bouche de gens qui ont des plateformes, comme le journaliste britanno-colombien JJ McCullough. En effet, ce dernier dénonce la défense du français comme étant «chauvin» et intimement raciste. Pour lui, les Québécois et Québécoises devraient abandonner le français pour se plier à l’anglais. Les propos de McCullough sont tellement dignes des radios-poubelles de chez nous que pour une autre lettre, le gouvernement Couillard avait pris des mesures auprès du Washington Post.  

Le déclin du français

Certains diront que c’est de la mauvaise foi. Ça fait 30 ans, ça fait 50 ans. Je l’accorde (comme mon violon). Certes pas le peuple le plus opprimé au monde. Certainement pas un exemple d’oppression comme on peut le voir chez d’autres communautés. Cependant, le problème est bien là, que ma langue décline assez fortement, et que 63% des QuébécoiSEs souhaitent que le gouvernement prenne des mesures plus sérieuses pour contrôler le problème. C’est un pourcentage qui est en augmentation. Pour ma tranche d’âge, on considère que le français est en péril à 55%.

63% des Québécois souhaitent que le gouvernement prenne des mesures plus sérieuses pour contrôler le problème.

Génération ayant été depuis toujours exposée à la mondialisation, l’anglais devient indispensable pour nous. Ça n’empêche pas certaines personnalités publiques québécoises qu’on ne nommera pas, d’insulter les défenseurs de la langue française. Selon certainEs, on défend le français même si on fait 12 fautes par phrase. Ce sophisme vise à mettre la faute sur les citoyenNEs et pas sur l’absence des politiques linguistiques. Pour régler une partie du problème, le gouvernement veut notamment augmenter la juridiction de la loi 101.

L’arrogance des élites

Beaucoup soulignent la situation unilingue, notamment à Montréal. La députée libérale Emmanuella Lambropoulos de la circonscription Saint-Laurent a mis ce phénomène en doute. La jeune députée de 30 ans n’est pas pour la première fois sous les feux des projecteurs. C’est souvent pour des mauvaises raisons, elle qui depuis maintenant trois ans accumule les propos déplacés et les manquements à l’éthique. Elle souligne le fait qu’elle a besoin de preuves pour qu’on puisse parler d’un déclin du français (en anglais).

Pour certaines personnes, comme Chloé Luciani-Girouard, la députée est arrogante et de mauvaise foi. Depuis son affirmation qui a fait un tollé ce 14 novembre, et les questionnements par rapport à la volonté des gouvernements de vouloir protéger le français comme langue officielle, la députée s’est excusée. On verra si ces excuses sont sincères, ou simplement pour faire retomber la poussière.

Trois Québécoises ont fait passer une pétition pour la création d’un Conseil montréalais de la langue française.

Réappropriation de l’identité pour un français nouveau

En attendant, plusieurs reportages ont montré l’impossibilité de se faire servir en français à Montréal, mais aussi l’absence d’impact qu’apporte le fait de ne pas connaitre le français. Réaction épidermique à tout ça : trois Québécoises (Emma-Félix Laurin, Sabrina Mercier-Ullhorn, Catherine Brassard) ont eu l’initiative de faire passer une pétition, «Accent Montréal», pour la création d’un Conseil montréalais de la langue française. Ce dernier pourrait travailler activement à la préservation du français.

Je pense qu’il faut se réapproprier notre français pour tous ceux et celles qui veulent faire partie de la communauté québécoise, dans toute son inclusivité. L’activiste et cinéaste kanienkehaka Clifton Nicholas s’exprime sur l’importance des langues pour l’identité. Il comprend le propos et la difficulté de faire partie d’un groupe linguistique en décroissance. Le rapprochement entre ces communautés autochtones et francophones pourrait peut-être permettre de sauver d’autres langues en péril au Québec, et de nous permettre de nous détacher de l’héritage français pour créer notre propre héritage.

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