Les mains sales: Retour sur le problème de l’itinérance

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Mains sales
Crédit: Sarah Gardner

Lorsque le couvre-feu a été décrété, plusieurs personnes ont été déçues du manque de considération du gouvernement. Même si l’absurdité a été levée par la Cour quelques semaines après, la réalité reste non moins la même. Les mesures gouvernementales étaient faites pour permettre à ceux et celles ayant une bonne raison d’être dehors pendant le couvre-feu de 20h à 5h de le faire. Or, être sans domicile fixe n’était pas considéré comme une raison suffisante par les autorités… Retour sur ce problème et sur les préjugés envers l’itinérance.

Le Coronavirus a joué un grand rôle sur la paupérisation de la communauté québécoise. Le taux de chômage a en effet grimpé, passant dans les derniers jours à 8.8%. Pour le nombre d’itinérantEs dans la métropole, on estime que s’il y avait 3149 personnes en situation d’itinérance en 2018, on estime aujourd’hui qu’il y en a plus de 6000.

Rénovictions

Ce n’est pas un secret que l’immobilier est victime en ce moment d’une hausse draconienne. À Trois-Rivières, la situation commence à se faire sentir. Nous commençons à avoir des vents de «rénovictions». C’est le nom donné au phénomène de l’embourgeoisement rapide des quartiers populaires. Faire des grosses rénovations permet aux propriétaires d’augmenter le prix mensuel, parfois de plusieurs centaines de dollars, forçant les locataires à partir, faute de moyens.

LEs refuges sont propices à la transmission des maladies.

C’est notamment ce qui s’est passé avec les premiers occupants et occupantes du défunt camping Notre-Dame à Montréal. Ce qui est intéressant, c’est que les différentes entrevues faites avec ses habitantEs nous donnent un portrait diversifié des gens en situation d’itinérance. Dans la population moyenne, on a souvent des préjugés envers les plus pauvres de notre société. On estime que la rue est pour ceux et celles ayant des problèmes de drogue dure, ou pour celleux trop lâches pour travailler.

Dédé Fortin disait, ironiquement, pour parler de la situation des plus pauvres à la fin des années 80:

«J’t’allé m’chauffer les fesses au bureau du B.S.

Mais on peut pas t’aider si t’as même pas d’adresse

Ça fait qu’j’allé checker un p’tit logement deux pièces

On peut pas te louer, t’as même pas d’B.S.»

(Les Colocs, «Passe-moé la puck»)

Le Campement Notre-Dame

C’est en effet une critique qu’on fait aux différentes figures d’autorité: manquer de mesures. Le Campement Notre-Dame s’est placé comme une belle communauté autogérée, qui s’est constituée d’elle-même. Lorsque la pandémie a frappé en mars 2020, plusieurs ont perdu leur(s) emploi(s), n’ont pas pu payer et ont donc été mis et mises à la rue. Plusieurs personnes travaillaient encore à temps partiel alors qu’elles habitaient le Campement. Plusieurs se sont demandé pourquoi ces gens n’allaient pas dans les refuges spécialement pour eux, pourquoi ces gens tiennent-ils à rester dehors? Cela peut sembler absurde pour quelqu’un qui ne connait pas cette réalité.

La pauvreté n’est pas un crime, ni un choix. C’est une maladie sociale.

Les refuges, avec tous les bons côtés qu’ils ont, ne sont pas parfaits. Ils ne peuvent convenir qu’à une certaine frange de la population en situation d’itinérance. La plupart des refuges ne permettent pas la consommation d’alcool. Ça peut être une bonne idée, certes, pour les gens n’ayant pas de problèmes de dépendance. Or, ça exclut des refuges tous les gens aux prises avec des lourds problèmes d’alcoolisme. Les sevrages sont physiques et violents. Beaucoup de refuges refusent aussi les chiens, ce qui restreint l’accès à ceux et celles pour qui l’animal est souvent le seul compagnon.

Les refuges sont aussi des endroits-dortoirs, propices à la transmission des maladies; ce n’est pas un endroit où l’on veut être en pleine pandémie. Les dortoirs sont aussi des endroits propices aux vols et aux agressions physiques et sexuelles. Le manque de vie privée ne convient pas pour des gens en prise avec des traumatismes de violence.

Les grandEs oubliéEs

On a démantelé le campement pour n’offrir rien de mieux. Plusieurs en ont payé le prix, comme Raphaël « Napa » André, qui s’est retrouvé sans aide. On l’a retrouvé mort dans une toilette chimique.

L’hiver est particulièrement difficile pour les femmes en situation d’itinérance. Geneviève Hétu de l’auberge Madeleine a remarqué une baisse d’achalandage dans son institution. Si la plupart des refuges ont dû diminuer leurs capacités, l’auberge Madeleine peut encore très bien fonctionner, et malgré tout, peu de femmes s’y rendent.

La pauvreté n’est pas un crime, ni un choix. C’est une maladie sociale. L’accessibilité au logement doit être une priorité. C’est un phénomène de société sur laquelle il faut arrêter de fermer les yeux. Surtout pour les étudiantEs et la classe moyenne. La seule chose qui nous sépare de la rue, c’est le prochain chèque de paye. Ou peut-être votre fonds d’urgence?

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