Les mains sales : Système d’objets, objets du Système

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Manifestant.e.s au Salon de l’auto. Crédit photo: ÉTIENNE PARÉ/AGENCE QMI

En 1975, le chanteur Renaud, à l’âge de 23, publiait sur son premier album, Amoureux de Paname, la chanson Hexagone. Criante de vérité, prophétique et plus actuelle que jamais, elle dénonce la société dans laquelle nous évoluons. Dans les dernières strophes, Renaud nous parle du peuple français :

« (…) au salon de l’auto,

Ils vont admirer par milliers

Le dernier modèle de chez Peugeot,

Qu’ils pourront jamais se payer (…) »

Extinction Rebellion et les chars

Ça sonne surement des cloches aux amateur.trice.s de chars, parce qu’en ce moment se déroule au Palais des Congrès de Montréal, du 17 au 26 janvier 2020, le Salon International de l’Auto de Montréal. Présenté annuellement depuis plus de 50 ans, le Salon fut troublé par des militant.e.s du groupe écologiste Extinction Rebellion. Ce groupe relativement nouveau s’est fait remarquer par ses coups d’éclat dans les manifestations récentes par rapport au réchauffement climatique. Les troubles qui ont été faits au Salon International de l’Auto ont aussi été faits par une autre filiale du groupe à Bruxelles.

Extinction Rebellion se définit comme: « an international movement that uses non-violent civil disobedience in an attempt to halt mass extinction and minimise the risk of social collapse. «  Se présentant au Palais en groupe, ils venaient dénoncer la culture du char.

«Un mouvement international qui, par la non-violence et la désobéissance civile, tente d’arrêter l’extinction de masse et de minimiser les risques d’effondrement social.»

Comme chez nos voisins ‘ricains et partout dans le monde occidental, on est aux prises avec cette culture. Si t’habites à Montréal, pas de char ça passe. Mais dès que t’habites ailleurs, l’absence d’automobile devient l’équivalent d’un pèlerinage catholique. Ici à Trois-Rivières, malgré tout l’effort fait par la municipalité et les réseaux (ont les remercie), ce dernier reste malheureusement peu utilisé, surtout par ceux vivant en périphérie du Grand Trois-Rivières (Shout out à mes amis de P-D-L). Certaines villes sont bien pires.

Avantages et absurdités de la voiture

La voiture est un produit parmi tant d’autres d’un monde d’abondance. Né de l’après-guerre, il a drastiquement modifié notre rapport aux objets. La culture du char fait partie de ce changement. L’étalement urbain et la hausse des travailleur.euse.s spécialisé.e.s a créé cette dépendance et cette individualisation de l’automobile.

L’étalage de la société de consommation est aujourd’hui plus présent que jamais. Le char est devenu central dans cette société, c’est ce que dénonce Extinction Rebellion… et on les comprend. La dépendance des personnes occidentales à l’automobile est aberrante. La voiture peut être extrêmement utile lorsqu’on habite loin des grands centres. Mais elle peut rapidement devenir un poids économique… surtout quand on doit la prendre pour aller travailler… travailler pour payer la voiture sans laquelle on serait incapable de travailler!

Le Système d’objets

Déjà en 1974 (un an avant la publication de Renaud, comme par hasard !), un reportage intitulé La France défigurée nous mettait en garde contre le nouveau système d’objets qui se mettait en place. Les objets sont de plus en plus jetés, de moins en moins réparés. Leur accessibilité, leur look uniformisé, industriel, a poussé la surconsommation à un état de plus en plus intense. On ne veut plus faire l’effort.

(La voiture) peut rapidement devenir un poids économique… surtout quand on doit la prendre pour aller travailler… travailler pour payer la voiture sans laquelle on serait incapable de travailler!

Ces centaines de myriades d’objets produits à bas prix au dépens des millions de gens dans le tiers-monde, nous fait seulement miroiter un monde où nous avons plus de ressources, où nous sommes plus riches, plus libres. Les objets sont faits pour être utilisés, mais au contraire, avec le temps ils en sont venus à nous opprimer. Ils dépassent le cadre de leur utilité, pour devenir des objets de consommation, qu’on fétichise.

Aliénation dans l’ustentilité

À force d’être aliénés par les objets, on en devient nous-mêmes. L’individu est constamment défini par ce qu’il possède et ce qu’il désire, choses qui ne lui procurent plus de plaisir, mais seulement une frustration constante, où les objets ont perdu leurs sens dans tout cet amas de production industrielle. Sans vouloir être passéiste (parce que le passé n’a pas que des qualités, mais aussi d’innombrables défauts), l’explosion de ressources des 70 dernières années nous amène aujourd’hui droit dans un mur. Les dégâts de la culture de la consommation, venant avec des salons de l’auto et des soldes monstres comme le Black Friday ne nous amène pas dans un mur seulement au niveau planétaire, mais nous y amène aussi, pas à pas, de façon individuelle.

(…) l’explosion de ressources des 70 dernières années nous amène aujourd’hui droit dans un mur.

Extinction Rebellion dénonce la culture du char, mais aussi, la culture de la consommation excessive. Partout dans le monde, certains groupes commencent à fleurir : seconde main, minimaliste. Le tout pour des raisons écologiques, mais aussi personnelles, pour ne plus être des objets du système, que les objets nous servent et non qu’ils nous aliènent, n’en déplaise au Salon International de l’Auto!

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