Les mains sales: unE élève peut-il être unE enseignantE?

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Mains sales
Crédit: Sarah Gardner

À Trois-Rivières, on le sait, le taux de placement est assez difficile pour les détenteurs d’un baccalauréat en enseignement au secondaire (BES), toutes orientations confondues. J’ai longtemps cru que c’était vrai pour les matières délaissées par le système d’éducation (arts plastiques, histoire, géographie ou ECR), mais ce n’est pas le cas. Cet été, j’ai rencontré une ancienne suppléante du temps où j’étais en secondaire 5. Cette dernière pense se placer comme enseignante de mathématiques permanente… après 14 ans d’attente sur les listes de suppléance.

Certaines régions n’ont surement pas ce problème, puisque dernièrement le Centre de services scolaire de Portneuf a publié une offre d’emploi pour rechercher des suppléants et suppléantes. Une chose accrochait l’œil. En effet, les personnes appliquantes n’ont comme exigence que d’avoir un diplôme d’études secondaires. Alors théoriquement, quelqu’un de fraichement sorti du secondaire (on laisse le bénéfice du doute sur le fait qu’il doit au moins avoir l’âge légal) peut enseigner à des gens qui finissent le secondaire… ça manque un peu de logique.

Les qualifications requises

Mais quelle qualification faut-il pour faire de l’enseignement ou de la suppléance dans les écoles secondaires? Le tout est infiniment variable. Pour les postes permanents, depuis les années 90, on exige le Baccalauréat en enseignement du secondaire. Ce dernier dure quatre ans et inclut quatre stages. Avant, on pouvait avoir l’équivalent en faisant un baccalauréat dans un domaine (par exemple, en mathématiques) puis en faisant un an de cours en pédagogie. Aujourd’hui, il faut compléter une maitrise en éducation pour aspirer à l’équivalence.

Pour ce qui est de la suppléance, beaucoup de commissions scolaires demandent le stage III complété. Comme tout, les lois de l’enseignement et de la suppléance répondent à l’offre et la demande.

Dans certaines régions, un baccalauréat vous permet de faire de la suppléance sans problème. Certaines personnes peuvent aussi avoir des contrats d’enseignement malgré tout, puisque la somme des expériences leur donne la «sagesse» requise pour faire ce travail.

Que vaut un diplôme en enseignement?

À quel point Portneuf est dans la difficulté? Quel message la commission envoie-t-elle? La communauté enseignante et le public le savent : le métier d’enseignant est un métier dévalorisé. Ayant tout récemment été doté de stages rémunérés (alors que les étudiantEs en ingénierie sont financéEs depuis belle lurette, sans rancune!), l’enseignement compte assez peu pour ce qui est du salaire annuel lorsqu’on commence.

Quel est le but de faire un baccalauréat si ce dernier ne devient au bout du compte qu’un simple atout? Car c’est comme ça que l’offre d’emploi le présente : «un atout». Il est considéré que la gestion de classe et la pédagogie peuvent revenir à n’importe qui, ce qui n’est pas le cas.

Beaucoup voient cette offre comme une insulte, un nivellement par le bas, autant le corps enseignant que les syndicats. La vérité, c’est qu’elle cache un malaise plus profond : le nombre d’enseignants et enseignantes manque car la profession est dévalorisée! C’est un cercle vicieux, puisque l’emploi de gens non spécialisés continue le processus.

Des conditions de travail insuffisantes

Le monde de l’enseignement secondaire a plusieurs tares : mauvaises conditions, instabilités, etc. Selon Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, 20% des diplôméEs quittent le domaine de l’enseignement dans les cinq premières années. Cette dernière ne supporte pas les actions de la commission scolaire de Portneuf, car elles envoient un message négatif aux détenteurs et détentrices de baccalauréat en enseignement.

Si on ne met pas des mesures pour freiner l’épuisement professionnel… on fonce dans un mur.

Le monde de l’enseignement est un monde déjà extrêmement difficile. Les adolescentEs sont aux prises avec beaucoup de problèmes et savent comment faire fâcher l’équipe enseignante. Le travail est long, et comme disent plusieurs : «Il ne faut pas compter ses heures», car beaucoup en viennent à apporter le travail à la maison le soir ou la fin de semaine. Le prix est grand, beaucoup d’enseignantEs en finissent par délaisser la pédagogie, pour prendre soin de leur santé mentale, et on les comprend.

L’épuisement professionnel est en hausse chez le corps professoral, et si on ne met pas des mesures pour les encadrer… on fonce dans un mur. L’un des arguments utilisés est qu’un ou une élève peut suppléer… Si ça, ce n’est pas de la dévalorisation, je ne sais pas ce que c’est.

Des efforts concertés nécessaires

Les syndicats et les commissions scolaires doivent travailler ensemble et d’arrache-pied pour mettre des limites strictes et s’assurer que la profession reçoive ses lettres de noblesse. L’éducation est importante, ce n’est pas une raison pour rapiécer les trous n’importe comment. Il faut mettre en place plus de mesures de rétention. Sinon, il faudra s’avouer vaincuEs… et déclarer à contrecœur qu’unE élève peut être unE enseignantE.

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