Les maux du rédactionnaire : Sois belle, sois bonne… Mais ne sois pas forte

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Hilary Swank et Clint Eastwood «Million Dollar Baby»

Cela fait plus de 12 ans que je suis dans le domaine de la boxe. J’ai fait de la compétition pendant 8 ans, affrontant des athlètes autant de niveau provincial qu’international. Aujourd’hui, je me concentre sur le coaching, surtout avec les plus jeunes. Les commentaires de Michel Villeneuve m’ont directement touché.

Il est vrai, malheureusement, que les femmes ne sont pas légion dans les gyms de boxe. C’est difficile pour une femme d’entrer dans un gym. D’abord, dans un milieu de gars (assez hétéro-normatif), il y a de fortes chances qu’elle devienne le centre d’une attention non sollicitée. Puis, quand ce n’est pas dans l’espoir d’obtenir un numéro de téléphone, c’est souvent pour lui donner des trucs. Par expérience, c’est rarement les meilleurs éléments du gym.

Pour en avoir parlé avec des amies boxeuses, ces conseils ne sont pas plus sollicités. J’en conviens, rien de plus fatiguant que d’avoir quelqu’un collé sur toi, t’épiant et commentant tous tes faits et gestes.

Un double standard

En plus de notre tendance à juger les femmes athlètes tant sur leur performance que sur leur apparence, dans un gymnase de boxe, elles ont quelque chose de plus à prouver. Un cercle vicieux s’installe, étant moins nombreuses, elles ont moins de combats et ainsi moins de possibilités pour se développer.

Par le fait même, elles sont plus sujettes à abandonner. Les entraîneur.euse.s sont alors davantage réticents à donner du temps à une fille qui va probablement moins combattre qu’un garçon et qui risque de quitter le gym prématurément. La boxeuse débutante doit donc en faire plus pour attirer l’attention et démontrer sa détermination.

Un sport brutal?

« Il faut, dans la pratique des principes, être semblable au pugiliste et non au gladiateur. Si celui-ci, en effet, laisse tomber l’épée dont il se sert, il est tué. L’autre dispose toujours de sa main, et n’a besoin de rien autre que de serrer le poing. »

Marc-Aurèle

La boxe est souvent pointée du doigt comme étant un sport violent. On peut difficilement dire le contraire. Toutefois, que pouvons-nous retenir de cette citation de Marc-Aurèle? Que le pugilat est l’action directe et que parfois, il n’y a pas d’autre solution que de serrer les poings.

Mon expérience de la boxe est au-delà de la violence. C’est avant tout un milieu encadré, où on apprend à respecter son adversaire, peu importe son origine et à canaliser sa force et sa colère. C’est la forme physique, la stratégie et le contrôle de ses émotions qui apportent la victoire. En plus de cela, les boxeur.euse.s partagent tous.tes une valeur commune, le courage.

Les boxeur.euse.s partagent tous.tes une valeur commune, le courage

Le combat permet d’expérimenter une certaine forme d’empathie. Cette affirmation peut paraître paradoxale, et pourtant. La violence, que l’on peut apercevoir dans les cours d’école, dans le harcèlement au travail ou sur les réseaux sociaux, est gratuite. La personne en position d’agresseur n’est pratiquement jamais confrontée face à ses agissements.

De l’humilité

Dans un ring, la violence n’est jamais gratuite, c’est la loi karmique. Tout coup donné vous sera un jour rendu, si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. On en vient alors à respecter la personne en face de nous, car c’est elle qui nous permet de nous élever, de nous dépasser.

Même lorsque l’on voit des combattant.e.s s’insulter avant l’affrontement, ce n’est qu’un coup de marketing, il faut bien mettre du pain sur la table. Puis, vous verrez, à la fin du duel, les deux adversaires s’embrasser comme peu de couples se le permettent en public.

Face à tant de stress et d’incertitudes, le ou la boxeur.euse ne peut que développer de l’empathie pour son rival tout en cultivant son humilité pour le jour où il ou elle recevra sa raclée.

Forte, courageuse et humble

Si ces adjectifs peuvent se conjuguer au féminin, c’est que les jeunes et les moins jeunes femmes ont leur place dans un ring de boxe, quoi qu’en disent les Michel Villeneuve de ce monde:

«Les femmes, c’est pas fait pour se battre en public. Elles vont chanter, elles vont danser, elles vont pratiquer d’autres sports, mais la boxe, ce n’est pas un sport pour les femmes.»

La boxe est un sport millénaire qui a su permettre aux gens, souvent les plus marginalisés, de manger, de se défendre, de survivre, en un mot, d’exister. Je trouve inacceptable qu’aujourd’hui, on tente de décourager les femmes de pratiquer le noble art. Parce que les boxeuses sont aussi fortes, courageuses et humbles, si elles le veulent.

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