Machines: 119ième édition de la revue Sabord

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La 119ième édition de la revue Sabord porte sur le thème « machines ». Crédit: Kevin Croisetière-Otis

En octobre 2021, la revue Sabord présentait son 119ième numéro intitulé machines. En couverture, pour bien représenter la thématique sous laquelle est signée cette édition, on trouve une photographie tirée de la vidéo-performance de Francisco Gonzales-Rosas intitulée Diorama of a Synthetic Other.

Dans le cadre de cette performance, l’artiste chilien, qui devient son propre sujet, joue avec le concept de la production d’images. Qu’il s’agisse d’images produites technologiquement ou psychologiquement, Gonzales-Rosas utilise des filtres, inspirés de ceux que l’on retrouve sur les médias sociaux, pour questionner le sens que l’on attribue aux symboles qui forgent notre identité.

Ce dernier numéro du Sabord tente de répondre aux questionnements liés non seulement à l’avènement de la technologie, mais aussi aux façons dont cette dernière teinte et module notre existence. Alliant art visuel, poésie et littérature, cette 119ième édition témoigne de la relation entretenue entre l’être humain et les machines: « Mais les possibilités offertes par toutes ces inventions, tantôt utiles, tantôt futiles, nous permettent-elles de transcender notre propre réalité, de dépasser notre condition ou peuvent-elles conduire à de nouvelles formes insoupçonnées d’aliénations? »

Écritures de la survivance

Extrait de la vidéo-performance de Diorama of a Synthetic Other de Francisco Gonzales-Rosas. Crédit: Capture d’écran

D’abord, il serait difficile de faire fi des murmures de violence qui sont sous-jacent à plusieurs textes. Que la violence soit subite ou perpétuée, les auteurs et autrices mettent en lumière certaines parts d’ombre de la vie à l’ère hypermoderne. Dans la suite poétique Je n’ai pas dit mon dernier souffle, élégamment présenté dans un livret, l’autrice Geneviève Rioux revient sur les événements du 7 au 8 avril 2018 où elle a été victime d’une tentative d’agression sexuelle et de meurtre. Ayant survécu à cette nuit infernale, elle met en mots son récit de façon percutante, mais aussi touchante: « Failli périr comme/Je suis venue au monde/Par le souffle/L’amour en moins/Dans les yeux/De l’autre/Tu m’as traquée/Tu m’as tracée/Tu m’as raté le féminicide/Pour l’instant ».

Début prometteur pour l’écrivaine sherbrookoise, cette suite poétique, bien que ne traitant pas à proprement parler des machines, rejoint d’autres textes du numéro, dont celui de Frédérique Dubé. Dans toison à sec, l’autrice s’adresse à « la sex machin/qui se laisse monter par des brutes ». Poème coup-de-poing qui fait un pied-de-nez à la société, Dubé ne mâche pas ses mots pour illustrer sa colère et sa fatigue à l’égard de l’objectification sexuelle de la femme: « la waitress prête à emporter/ton engin à dévider qui pend/pendant que tu te déshabilles encore/pour un couillon automate triste/t’es même pu sûre de qui t’es/ta mécanique tes ressorts sautent tandis que t’avales/le sperme combustible de ton homme pistolet ».

L’oeuvre Tangible Data Two de Baron Lanteigne. Crédit: Kevin Croisetière-Otis

Données sensibles

Ensuite, les œuvres d’art visuel sélectionnées pour le numéro machines répondaient à merveille aux écrits littéraires. Pour sa série Tangible Data, l’artiste québécois Baron Lanteigne a créé plusieurs boucles d’animations pour documenter le potentiel des galeries virtuelles. Exposant sa série sur diverses plateformes web dont certaines de crypto art, l’artiste cherche à comprendre la matérialité des données numériques et critique, par le fait même, le « désir hypercapitaliste de raréfier l’immatériel. » Dans Tangible Data Two, on aperçoit un téléphone cellulaire qui se liquéfie, révélant ainsi « le potentiel imaginé et impossible des propriétés physiques de dispositifs technologiques ».

Chose certaine, le dernier numéro du Sabord, par sa créativité et son inclusion d’artistes et d’écrivaineS variéeEs, met en scène des propos et des images qui ne pourraient être plus d’actualité. Suscitant une réflexion critique chez le lectorat, la thématique machines aura certainement été le catalyseur d’un important processus introspectif.

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