Parlons de sexe : L’inégalité salariale

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Il subsiste une différence entre le salaire des hommes et celui des femmes. Ce qui soulève le plus le sentiment d’injustice est lorsque l’on mesure un salaire plus faible chez les femmes que chez les hommes, même à compétences égales. Dans cet article, je vais explorer quelques causes possibles de cette différence, en dehors de l’explication sexiste habituelle.

La dévotion

Certains disent que les femmes vont accepter un salaire inférieur à celui des hommes pour un même emploi. Comment expliquer cela? Est-ce qu’on se contente de dire que les femmes sont des victimes résignées, qu’elles sont moins compétitives ou qu’elles manquent d’éducation?

Au contraire, les femmes québécoises ont réussi à obtenir de nombreux avantages sociaux que les hommes n’ont pas. Citons par exemple les programmes d’insertion à l’emploi dans les domaines non traditionnels et le Conseil du statut de la femme, qui est un organisme gouvernemental.

Pourtant, l’inégalité salariale persiste. Je crois qu’un facteur qui entre en jeu dans l’inégalité salariale serait la dévotion à l’emploi. En effet, il n’est pas rare que dans une même profession, les hommes passent plus d’heures au travail que les femmes.

Une des explications à cet état de fait est que les femmes consacrent plus de temps aux soins des enfants que les hommes. En contrepartie, les hommes consacrent plus de temps à leur emploi. Encore aujourd’hui, il est plus fréquent d’observer, à la suite d’une séparation, que les enfants passent plus de temps chez leur mère que chez leur père.

Mettons les jugements de valeur de côté pour comprendre pleinement l’effet qu’un tel phénomène peut avoir sur les heures passées au travail. Par exemple, le parent gardien bénéficie d’une allocation familiale de la part du parent non gardien, ce qui lui offre un support non négligeable et qui lui permet de se dévouer davantage aux enfants. Le parent non gardien est dans la situation inverse. Il passe moins de temps en famille et est donc plus tenté de passer plus d’heures à travailler.

Les grossesses

Il serait facile d’expliquer la différence de salaire entre les hommes et les femmes en disant que les dirigeants sont majoritairement des hommes et qu’ils font preuve de sexisme. Cependant, je crois qu’il est réaliste de dire que même à compétences égales, il peut y avoir, dans certains contextes, des avantages à embaucher un homme plutôt qu’une femme.

Voici une mise en situation. Imaginons une propriétaire et fondatrice d’une PME naissante et fragile. Il est facile d’imaginer que, si elle a le choix entre embaucher un jeune homme ou une jeune femme de mêmes compétences pour combler un poste, elle préfèrera l’homme à la femme, de peur que celle-ci ne choisisse d’avoir des enfants.

En effet, les congés de maternité sont un souci pour les entreprises. Une femme qui décide d’avoir trois enfants l’un après l’autre peut ainsi s’absenter du travail presque entièrement pendant six ans. Le problème, c’est que l’entreprise doit la reprendre ensuite. Si la personne qui la remplaçait a bien fait son travail, il y a de bonnes chances qu’elle soit devenue plus compétente. Il est possible qu’elle ait acquis plus d’expérience et il est presque certain qu’elle soit plus à jour.

Je crois qu’il est réaliste de dire que même à compétences égales, il peut y avoir, dans certains contextes, des avantages à embaucher un homme plutôt qu’une femme.

C’est donc injuste, autant pour la personne qui remplaçait que pour l’entreprise, parce qu’ainsi, c’est la personne la moins compétente qui est favorisée. De plus, qui souhaite avoir un emploi de remplacement? Si la personne qui remplace a une occasion, elle quittera pour un emploi à long terme. Il est facile d’imaginer que l’entreprise qui offre un salaire moindre à la femme se justifie par les soi-disant compensations que cela engendrerait pour les désavantages des possibles congés de maternité.

Des solutions

Il existe bien sûr des solutions à l’inégalité salariale, mais encore faut-il voir la situation telle qu’elle est. Premièrement, il s’agit de faire bénéficier les hommes de congés de paternité égaux à ceux des femmes. Deuxièmement, il faut faire de la publicité pour encourager les hommes à utiliser leurs congés de paternité, pour qu’ils se sentent valorisés dans les soins aux enfants et pour que la population ne soit plus sexiste envers les rôles parentaux.

Éventuellement, les hommes en viendraient à trouver stupide de ne pas en profiter. De plus, les hommes prendraient l’habitude de s’attribuer une part égale vis-à-vis les soins des enfants et ils deviendraient graduellement aussi souvent que les femmes le parent gardien à la suite d’une séparation.

De cette façon, il n’y aurait plus d’avantages à embaucher un homme plutôt qu’une femme. Bien sûr, ceci occasionnerait un coût supplémentaire pour la société. Il risque aussi d’y avoir des conséquences sociales. On tient souvent pour acquis que les rôles sociaux ou parentaux ne sont que des inventions culturelles, mais ceci n’est qu’un prédicat qui pourrait être erroné. Il est probable que, derrière les rôles sexuels, se cache quelque chose de fondamental. Qui sait, il y a peut-être des choses plus importantes que l’argent…

3 COMMENTAIRES

  1. Commençons par la fin du texte du chroniqueur Jonathan Loranger. Les rôles sociaux sont issus du concept de socialisation, phénomène qui fait en sorte que je ne suis pas née femme, mais que je le deviens (merci Simone!). Il n’y a donc rien de fondamental derrière les rôles sociaux, sauf l’idée que nous naissons toutes et tous égaux les uns envers les autres; la société (famille, entourage) se charge du reste. Je ne crois pas qu’il existe de « dévotion au travail », mais plutôt l’idée que nous n’avons pas encore atteint l’équité et l’égalité dans nos milieux de travail (vive le féminisme, même en 2012!). Si nous continuons à véhiculer qu’il existe un rôle de mère et un rôle de père dans la parentalité, les opportunités de carrière ne pourront évoluer de manière égale pour les deux sexes, et ce, même s’il existe des programmes d’insertion pour les femmes dans les domaines non-traditionnels, la discrimination et les préjugés demeurent. Et heureusement que le Conseil du statut de la femme existe, car nos instances gouvernementales sont loin d’appliquer la politique de parité dans leurs institutions. Concernant la grossesse, il faut se rappeler que ce ne sont pas toutes les femmes qui désirent porter un enfant! Plusieurs n’en veulent tout simplement pas (point). Une femme n’a pas à être discriminée d’un poste de direction sous prétexte qu’un jour elle aura peut-être, si le coeur lui en dit, un ou des enfants. Beaucoup de jugements de valeur ornent ce texte. Il faudra davantage étayer les exemples et présenter le contexte. Attention féministes, le patriarcat n’a pas levé l’ancre!

  2. Voilà pourquoi le féminisme est d’actualité. Tout le texte est teinté de sexisme. Pourquoi n’avons-nous pas atteint l’égalité salariale, malgré le CSF, malgré les opportunités qu’ont les femmes d’avoir du support si elles choisissent un métier non-traditionnel? Parce que c’est plus difficile pour une femme de choisir un métier d’homme (ex: camionneuse, employée de la construction, policière) car plusieurs mettront en doute ses compétences seulement parce qu’elle est une fille. Mais quand un homme choisit une profession dite « féminine » comme éducateur de garderie, il n’a pas à gérer de harcèlement, de commentaires dénigrants sur son incapacité à faire la job parce qu’il est un gars. On va même trouver ça bien, car c’est important que les garçons aient des modèles positifs.
    Quant à la maternité, comme il s’agit d’une fonction dévolue par la nature au sexe féminin, discriminer les femmes sous le prétextes qu’elles pourraient « partir en famille » est d’une condescendance sans nom. C’est une façon détournée de rester entre « boys ». Trop compliqué à gérer, les congés, la surcharge de travail…. Alors que si les hommes faisaient leur juste part dans les tâches non-rémunérées et domestiques, les femmes auraient du temps de libre pour se « dévouer » à leur travail. Ce dévouement masculin, par ailleurs parfois excessif, montre bien que le monde du travail est fait à la base pour l’homme. Car comme il a une conjointe pour s’occuper du bambin, il peut se taper la réunion à 16h, lui. D’autant que s’il est séparé, statistiquement, il a une chance d’avoir à s’occuper de ses enfants 2 jours sur 14, de fin de semaine, en plus! On oublie aussi de mentionner que comme à la base, la conjointe gagne moins, c’est souvent son salaire qu’il est logique de sacrifier durant le congé parental….
    Les femmes gagnent moins, parce qu’elles subissent de la discrimination dans certains secteurs, parce que les emplois qu’elles occupent sont dévalorisés et sous-payés, parce qu’elles doivent s’absenter pour accoucher et allaiter, ce qui leur fait prendre du recul au niveau de leur carrière, et parce qu’elles constituent la majorité des chefs de familles monoparentales, qui souvent, doivent accepter de moindres conditions, à défaut de quoi elles dépendront du filet social qui est, malgré ce qu’en pensent certains tenants de la droite, bien inéquitable et insuffisant.
    Les stéréotypes, on peut tous travailler à les défaire. Mais ce n’est sûrement pas en proclamant que les femmes gagnent moins parce qu’elles sont moins dévouées et qu’elles « choisissent » de materner qu’on va y arriver. François Legault, sors de ce corps.
    Il serait temps que le monde du travail s’active à s’adapter aussi aux besoins des femmes, pas seulement aux hommes qui acceptent d’y sacrifier une partie démesurée de leur vie.

  3. Le manque t’intersectionnalité, de documentation (sur les rapports sociaux de sexes, la parenté et le rôle des femmes dans l’économie) en plus de jugement populaire dans ce texte est beaucoup trop grand pour que ce qu’est en dire tiennent dans un commentaire.
    Je t’envoi de la documentation pour étoffer le mince début de prise de conscience.
    PS: La lutte à l’oppression des femmes et à leur libération n’est pas une question  »argent »

    http://www.iref.uqam.ca/upload/files/publications/textes_en_ligne/DKergoat_2010.pdf
    http://advizer.fr/BLOGS/Kaporalisme.pdf
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1981_num_136_1_4521
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/socco_1150-1944_1994_num_17_1_1155
    http://temporalites.revues.org/1036
    « « . . . Et si le travail tombait enceinte??? » : essai féministe sur le concept du travail »
    Louise Vandelac , Sociologie et sociétés, vol. 13, n° 2, 1981, p. 67-82, sur Erudit.org

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