Petite bulle d’histoire: La malédiction des templiers

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Portrait par Camille Limoge
Crédit: Camille Limoge

Le vendredi 13 octobre 1307, à 15 heures tapantes, le roi de France Philippe le Bel fait arrêter simultanément tous les templiers présents en son royaume. Ces arrestations mènent à la condamnation au bûcher de Jacques de Molay, le dernier grand maître de l’ordre. La légende raconte que du haut de son bûcher, ce dernier aurait professé une malédiction. Popularisée par Maurice Druon dans sa série romanesque Les Rois maudits, la malédiction des templiers a noirci bien des pages. Mais qu’en est-il réellement des Templiers et des crimes dont ils furent accusés?

Les Templiers : Quid?

Institué en 1118, l’ordre du Temple est un ordre religieux et militaire chargé de la protection des pèlerins se rendant à Jérusalem. Principalement connus pour leur rôle durant les croisades, les templiers sont les « chevaliers du Christ ». Lors de leur initiation, ils prononcent des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance et s’engagent à sécuriser le chemin des pèlerins pour qu’ils puissent obtenir la rémission de leurs péchés.

Templiers imaginés au XIXe siècle. Artiste anonyme. Repérée sur wikimédia.
Templiers imaginés au XIXe siècle. Artiste anonyme. Repérée sur wikimédia.

Cela dit, les Templiers se forment rapidement en ordre organisé, jouissant de nombreux privilèges accordés par les papes et les rois. Ces privilèges et dons les munissent d’une autorité, d’une richesse et d’un prestige inouïs, qui en font rapidement l’ordre le plus puissant de la chrétienté.

Une situation particulière

Malheureusement pour eux, ils excitent, à l’aube du XIVe siècle, la jalousie de Philippe Le Bel.

Devenu roi de France en 1285, ce dernier abandonne bon nombre de traditions féodales au profit d’une administration « moderne ». Il se crée une monarchie centralisée où la volonté du roi s’impose à tous. Philippe IV dit « le Bel » crée de nouveaux impôts royaux, et se permet d’imposer les biens de l’Église situés dans son royaume, en plus des seigneurs et des bourgeois. Évidemment, le pape Boniface VIII, soucieux de conserver son pouvoir sur les rois chrétiens, s’oppose immédiatement à ces impôts, mais le roi ne change pas d’idée.

Dès lors, ces réformes mécontentent les riches du royaume de France, dressent les bourgeois contre le pouvoir royal et débutent un long conflit entre le roi et le pape. Cette situation affecte grandement les finances du royaume.

Pour remédier à ces troubles financiers, le roi expulse les juifs en confisquant tous leurs biens et abat l’ordre des Templiers. Bien sûr, Philippe le Bel a plusieurs motifs pour se débarrasser de cet ordre, mais son empressement à s’emparer du palais des templiers, de leurs biens et de leurs richesses tend vers une motivation économique.

Le début de la fin

Ainsi, près de 200 ans après leur fondation, l’influence et la richesse de l’ordre du Temple causeront leur perte. Le roi de France désire éliminer ces chevaliers devenus trop puissants et s’emparer de leurs possessions. Néanmoins, puisqu’il s’agit d’un ordre religieux, il ne peut pas simplement les condamner. Il propose alors l’image d’une organisation perverse, coupable des pires abominations.   

En effet, la mauvaise réputation et l’implication des Templiers dans des crimes anti-catholiques semblent être évoquées pour la première fois par Philippe le Bel à l’occasion de sa rencontre avec Clément V. Nouvellement pape, ce dernier s’est rendu à Lyon, à la fin de l’année 1305, pour discuter de la situation entre le Saint-Siège et le royaume de France.

L’arrestation

Ainsi, le vendredi 13 octobre 1307, avec une excellente coordination et à la surprise totale des Templiers, les agents du roi arrêtent tous les membres de l’ordre présents en France. Parmi eux figurent les principaux dirigeants, dont le grand maître Jacques de Molay, récemment arrivés de Chypre pour répondre à une convocation du pape.

En faisant arrêter l’ensemble des représentants d’un ordre monastique « exempt », donc soumis à la seule et unique autorité du Siège apostolique, Philippe le Bel ne commet pas seulement une action illégale. Son action est impensable dans le monde tel que conçu par la majorité des contemporains. Pour faire admettre la nécessité exceptionnelle d’une telle mesure, il faut obtenir au plus vite les preuves irréfutables de la réalité et de l’énormité des crimes en cause. Autrement dit, il faut des aveux.

Les aveux

Enluminure anonyme représentant Jacques de Molay et Geoffroy de Charney sur le bûcher, vers 1380. Repérée sur wikimédia.
Enluminure anonyme représentant Jacques de Molay et Geoffroy de Charney sur le bûcher, vers 1380. Repérée sur wikimédia.

Ainsi, en quelques heures seulement, les tortures commencent et les aveux se font entendre. Au bout de quelques jours d’interrogatoires, la plupart des dignitaires du Temple reconnaissent une partie des accusations.

Le 24 octobre, Jacques de Molay avoue que les cérémonies de réception dans l’ordre comportent un rituel de reniement du Christ. Pour discréditer les Templiers, on lui fait immédiatement réitérer sa confession en public, en compagnie d’autres dirigeants eux aussi déjà passés aux aveux.

En résumé, les Templiers confessent un rituel d’introduction impliquant un reniement de la foi catholique, la profanation de l’hostie et du crucifix, ainsi qu’un baiser sur l’anus, symbole de l’entrée dans une secte démoniaque. Plusieurs membres avouent également des actes de sodomie (alors illégale) et des crimes d’idolâtrie. Ces aveux suffisent à provoquer la dissolution de l’ordre en 1312 et l’exécution de nombreux membres en tant qu’hérétiques.

La malédiction

« Pape Clément! Chevalier Guillaume! Roi Philippe! Avant un an, je vous cite à comparaître devant le tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment. Maudits! Maudits! Soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races! »

–          Maurice Druon, Les rois maudits

Fait historique ou mythe romanesque, c’est ainsi que Maurice Druon présente les derniers instants de Jacques de Molay, condamné à être brûlé vif le 19 mars 1314. Par ces paroles, le dernier maître des Templiers aurait maudit de son bûcher, pour treize générations, ses bourreaux, le pape Clément V et le roi de France Philippe le Bel.

S’il est vrai que le roi de France et le pape périssent tous avant la fin de l’année 1314 et que les trois fils de Philippe IV meurent précocement et sans héritier, éteignant ainsi la lignée directe des Capétiens, peut-on réellement attribuer ces faits à une malédiction?

Il semble que la menace professée par le dernier maître du Temple ne soit qu’une légende diffusée à travers les siècles, mais il n’en reste pas moins que celle-ci est partiellement responsable de la réputation dont jouit, encore aujourd’hui, le vendredis 13!

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