Le touriste trifluvien: Voyager, pourquoi donc?

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Antoine Gervais, «Le touriste trifluvien».
Crédit: Antoine Gervais

Bonjour à tous, d’abord, je compte profiter de cette première tribune qui m’ait offerte par le journal Zone Campus afin de me présenter et de mettre en place les assises d’une relation que nous tisserons, au fil des chroniques, sur une base bimensuelle. Comme vous le constaterez en me lisant, je suis un voyageur passionné.  J’adore visiter, apprécier et, surtout, raconter mes découvertes, mes aventures et mes expériences. C’est donc avec un plaisir, que j’ose espérer partager, que je m’adresserai à vous, ici. Après avoir boudé les exils touristiques quelques années, j’ai récemment fait du voyage ma passion en renouant avec lui.

Comme première chronique, j’ai décidé de vous expliquer pourquoi ce pittoresque hobby prend une si grande place dans ma vie en énumérant quelques-uns des apports que peuvent apporter ces odyssées sur le touriste en moi (peu importe qu’elles soient à travers le monde ou à travers la Mauricie, car, notons-le, notre coin de pays a lui aussi son lot de richesses). Un proverbe français veut que « les voyages forment la jeunesse ». Je ne connais pas celui qui a prononcé ces mots, mais je peux affirmer que je suis de son avis. Artistiquement polyvalent, le voyage peut teindre notre personnalité, sculpter notre âme et ajouter des couleurs chaudes aux tableaux parfois ternes et froids de nos vies.

Dans un premier temps , je crois que la beauté et la valeur réelle d’un voyage ne résident pas nécessairement dans l’exotisme ou la popularité de la destination. Ne nous le cachons pas, les publicités et les télé-séries savent nous faire rêver en mettant en valeur les paradis terrestres d’Asie ou d’ailleurs dans le monde. Qui donc n’est pas tombé sous le charme du décor paradisiaque de Bali ou de Singapour en écoutant Joannie s’égosiller à Occupation double ? Par contre, je crois que pour qu’un voyage ait sa raison d’être, il se doit d’être songé et médité par celui qui le fait. Il doit être planifié en fonction des intérêts du voyageur et de ses intentions. Force est d’admettre que ce n’est pas tout le monde qui s’émanciperait dans le dépaysement culturel comme ce n’est pas tout le monde qui recherche de la bière encore moins chère qu’un mercredi soir à la Chasse-Galerie dans un tout inclus d’une destination sud-américaine prisée. La valeur fondamentale d’un voyage sera donc celle que nous lui fixerons, en fonction de nos attentes, de nos perceptions et de nos désirs les plus profonds. Les souvenirs que nous en garderons pèseront eux aussi dans la balance. Les plus inoubliables des expériences peuvent parfois naître des idées les plus farfelues, les plus spontanées.

En tant qu’étudiant, il est essentiel d’avoir une logistique à toute épreuve. Il faut maximiser chacun de nos projets. Au niveau financier, plusieurs destinations peuvent, dans les faits, être beaucoup moins dispendieuses qu’on pourrait le croire. Dans la mesure où nous sommes prêts à sacrifier un certain degré de confort, certaines commodités et, bien entendu, que nous soyons bien structurés. Ainsi donc, les limites que nous nous fixerons, comme voyageur, devraient être fixées par nos intérêts plutôt que par notre portefeuille. Le concept d’être bien organisé prend d’autant plus son sens quand on constate qu’en tant qu’étudiants, nous sommes bien souvent intimement liés à la précarité économique en attendant une prospérité qui, par moment, peut nous paraitre inatteignable.

Pour en revenir au vif du sujet, je vais maintenant énumérer les deux plus grands bienfaits que les voyages ont eus et auront, j’y compte bien, dans le futur, encore sur ma personne. Les voyageurs aguerris et expérimentés d’entre vous se reconnaitront sans doute  dans celles-ci. Pour ceux qui ne voyagent pas ou peu, je crois que le simple fait de prendre conscience de chacun de ces apports pourrait et devrait vous en faire considérer  l’option. Bien entendu, je ne m’attarderai pas sur toute l’exhaustivité de ces avantages puisque s’il avait fallu que je les dénombre tous, le journal aurait sans doute eu l’épaisseur de mon livre de physiologie et la lecture de la chronique en aurait été tout autant fastidieuse. Voici donc les deux grandes catégories sur lesquelles j’ai décidé d’accentuer mon discours pour cette première chronique : le dépaysement et l’ouverture sur le monde.

Le dépaysement

Comme je l’ai mentionné un peu plus haut, ce ne sont pas tous les voyageurs qui viseront à être dépaysés. Tout est dans l’intention. Certains veulent sans doute mettre cet élément dans une catégorie tout autre que celle des bienfaits. D’autres souhaitent la fuir, littéralement. Pour ma part, je dois affirmer que c’est ce dont je me délecte le plus. Habituellement relativement routinière, ma vie prend un tout autre sens lorsque j’arrive dans un autre pays, lorsque j’atterris dans une autre culture. Apprendre à évoluer dans un fuseau horaire différent, un langage différent, des philosophies et des coutumes différentes n’est que quelques-uns des éléments auxquels le voyage peut nous demander de s’adapter. Tandis que je rédige ces lignes, des souvenirs innombrables me viennent en tête. J’aurai sans doute l’occasion de vous raconter quelques-unes de mes péripéties éventuellement. Parfois mésaventures, parfois purs moments d’extases, elles auront été plus dépaysantes les unes que les autres. C’est d’ailleurs ce que je dénote parmi tout ce que j’ai pu vivre, ce sont souvent les moments les plus dépaysants qui se transforment en images indélébiles dans nos esprits.

L’ouverture sur le monde

En second lieu, je n’ai d’autre choix que de parler de cette fameuse ouverture sur le monde. Elle peut sembler clichée, mais le fait de voyager dans des lieux différents, dans des endroits plus dépaysants et des régions moins touristiques amène inévitablement à s’ouvrir sur le monde. Si vous êtes du genre cartésien, le genre de personne qui porte des œillères, qui se réconforte et prend ses aises au sein de notre mode de vie occidental, facilitateur et confortable, vous auriez fort à gagner à aller voir ce qui se fait et ce qui se vit ailleurs. Loin de moi l’idée de dire que j’ai tout vu, au contraire, j’en ai encore beaucoup à voir (j’en suis conscient et m’en réjouis). Par contre, je crois que le simple fait de s’imprégner d’autres cultures, d’autres normes sociales et d’autres coutumes, ne serait-ce que l’espace de quelques jours, peut changer catégoriquement notre vision du monde. Pour ma part, le voyage m’a amené à abattre les préjugés et les croyances comme le guerrier Massaï abat le lion en guise de rite d’initiation, au Kenya (disons que nous sommes loin des jeux loufoques auxquels vous vous êtes soumis en intégrant votre programme). Dans des endroits moins prospères, plus modestes, le voyage m’a amené à travailler ma compassion. À la lumière de ce que j’ai pu voir et pu vivre, je suis porté à croire que mes réserves de cette émotion, autrefois asséchées, sont désormais inépuisables. Parait-il que lorsqu’on se compare, on se console. Je crois qu’ici, tout est relatif. Encore une fois, il est fortement recommandable (et presque inévitable), lorsque l’on voyage, de rencontrer des gens afin de maximiser notre intégration à la culture locale. Ces rencontres nous amènent, elles aussi, à avoir des visions différentes de leur mode de vie ou du nôtre en les mettant en perspective. Dans des conditions où nous serions malheureux, dans la plus déplorable des pauvretés, certains parviennent à avoir l’air encore plus heureux que l’étudiant qui remporte le tirage pour une vignette de stationnement à l’université. Les perceptions sont différentes. Faute de mieux, ces gens savourent le peu qu’ils ont sans en laisser une seule bouchée. Disons que le paradoxe est fort avec ce que nous vivons ici. Nous qui avons souvent tendance à nous plaindre le ventre plein (pour en rester dans le vocable de l’alimentation en guise d’analogie).

Voilà donc deux éléments non négligeables que m’apporte le voyage. À chacun de mes périples, ils sont omniprésents et font équipe afin de rendre mes expériences toujours plus fructueuses. Je suis persuadé que les plus nomades d’entre vous seront d’accord avec mon discours. J’espère que le fait d’échanger avec vous à travers ses chroniques nous amènera à tisser des liens aussi étroits que ceux que le voyage peut amener à tisser. Les plus sédentaires, ceux qui sont plus réticents à se déraciner, vous êtes maintenant avertis, je crois que le voyage est comme une drogue. Lorsqu’on l’inhale pour la première fois, qu’on lui goûte en y étant initié ou encore lorsque nous en avons la piqure, les chances qu’on en développe une dépendance sont très élevées. Soyez rassurés, par contre, je crois qu’il s’agit de la plus douce des drogues. L’état de grâce dans lequel elle nous emporte est, au bas mot, affriolant.

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