Quand le silence trouve sa voix: L’aphasie s’expose à l’UQTR 

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Vincent Leclerc, Geneviève Alarie, Isabelle Côté et autres membres rassemblés pour une photo de groupe. Le 13 février à la Bibliothèque de l’UQTR. Crédit photo: Isabelle Côté, directrice générale du TA

Sur le campus de l’UQTR, le Théâtre Aphasique présente une exposition, une conférence ainsi qu’une pièce de théâtre pour explorer l’aphasie et ses impacts jusqu’au 18 mars. Ce projet de valeur provinciale marque le 30e anniversaire de l’organisme. Depuis trois décennies l’organisme démontre comment l’art dramatique peut devenir un outil de résilience pour les personnes ayant perdu l’usage de la parole à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC). La conférence sur l’exposition a eu le le 13 février dernier au pavillon de la santé pour ensuite se continuer à la bibliothèque de l’Université. 

Quand les mots s’échappent 

Affiche du TA. Crédits photo: Site de l’organisme https://theatreaphasique.org/30ans/

L’aphasie est un trouble du langage qui survient généralement à la suite d’un AVC ou d’un accident cérébral. Elle se manifeste par des difficultés d’élocution, de compréhension, de lecture ou d’écriture. Les personnes aphasiques doivent se réapproprier le langage, parfois avec seulement une dizaine de mots à leur disposition. Au-delà de la personne touchée, l’aphasie redéfinit les relations familiales et oblige l’entourage à apprendre de nouvelles façons de communiquer. Le Théâtre Aphasique, en fêtant ses 30 ans, démontre dans des pièces les enjeux liés à la difficultés du langage.

Une vie qui se reconstruit autrement 

Le concept de l’exposition est de débuter là où le parcours médical s’arrête, quand la personne aphasique rentre chez elle et doit reconstruire sa vie. Photos d’archives, jeux participatifs, témoignages audio et vidéo composent un parcours sensible et interactif. Un téléphone rouge est également exposé, pour montrer que malgré le fait qu’un appel peut sembler bénin, pour une personne aphasique ce moyen de communication peut devenir très effrayant. Ce n’est pas une exposition médicale froide, mais une plongée dans ce qui reste quand les mots disparaissent. 

Photo lors de la conférence dans le Pavillon de la Santé de l’UQTR. Crédit photo: Isabelle Côté, DG.

L’accessibilité a été pensée dans les moindres détails avec des espaces pour personnes à mobilité réduite, assises pour se reposer, contenus courts pour réduire la charge cognitive, ainsi que des polices de caractère accessibles et vidéos sous-titrées. Car toutes ces choses, aussi anodines, peuvent devenir un enjeu.  

Le théâtre comme outil de transformation 

La directrice générale du Théâtre Aphasique explique que franchir le pas pour participer aux ateliers n’est pas facile pour ces personnes. 

« On attribue des rôles selon les fonctions et capacités de chacun… » Explique la directrice générale Isabelle Côté 

Photo lors de la conférence du 13 février à l’UQTR. Crédit photo: Isabelle Côté, DG TA.

Elle cite l’exemple d’un comédien non-parlant qui interprétait le rôle principal d’une personne aphasique ayant de la difficulté à se réintégrer dans sa famille. Le comédien était vraiment muet dans la vraie vie et devait interagir avec sa femme et sa sœur dans la pièce. Il était capable de faire passer énormément d’émotions. « On n’a pas toujours besoin de la parole », explique Mme Côté. 

« C’était probablement le monsieur le plus expressif de la troupe… le corps parle, le visage parle… » Exprime Isabelle 

Elle insiste sur l’approche du Théâtre Aphasique mentionnant que  « On travaille pas avec les limitations mais avec les capacités. » 

Vincent Leclerc, de l’angoisse à la magie 

Vincent Leclerc, comédien trifluvien connu pour son rôle de Séraphin et vivant maintenant à Montréal, est porte-parole du Théâtre Aphasique depuis deux ans et demi. Avant de s’impliquer, il ne connaissait pas l’aphasie et n’a pas de proche affecté par ce trouble.

Il s’est joint au projet à travers une collaboration entre le Centre universitaire en santé mentale et le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), qui créent chaque année un spectacle présenté sur la scène du TNM à Montréal avec des comédiens professionnels.  

Vincent Leclerc, Geneviève Alarie, Isabelle Côté et autres membres rassemblés pour une photo de groupe. Le 13 février à la Bibliothèque de l’UQTR. Crédit photo: Isabelle Côté, directrice générale du TA

« J’étais dans une passe un peu en quête de sens… le théâtre était devenu une source de stress et d’angoisse… » Dit Vincent  

La rencontre avec les personnes aphasiques a transformé sa vision du théâtre. Voyant ces gens qui jouent malgré des problèmes de mémoire, d’élocution et de compréhension, il met en scène la pièce« Eux c’étaient des kamikazes Tsé! ». À la suite de cette pièce il a décider de s’impliquer pour être officiellement porte-parole.  

« La dernière chose que ces gens-là voulaient faire c’est du théâtre et pourtant ils y vont pi ça leur fait un bien fou… ça faisait du bien de voir cette magie-là. » Rajoute le comédien et porte-parole Vincent Leclerc

Geneviève Alarie, un engagement personnel 

Geneviève Alarie, comédienne connue pour la série Empathie et bien d’autres, a découvert le Théâtre Aphasique grâce à l’Association des personnes aphasiques de la Mauricie et du Centre-du-Québec (APAMCQ). Son père est devenu aphasique il y a une dizaine d’années à la suite d’un AVC. 

« Tsé quand ça arrive dans une vie l’aphasie c’est comme un peu un cataclysme… on perd nos repères, on ne sait pas ce que c’est d’abord… » exprime Geneviève 

Elle décrit l’apprentissage progressif, autant pour la personne aphasique que pour son entourage. Des ressources comme les travailleurs sociaux et orthophonistes les ont dirigés vers l’APAMCQ.

« J’ai été bouleversée… c’est tellement beau de les voir aller. » Ajoute-t-elle avec émotion  

Elle a assisté à un spectacle de Vincent Leclerc il y a deux ans, probablement lors de sa première année au Théâtre Aphasique. Son père, qui ne possède qu’une dizaine de mots, pourrait éventuellement se joindre aux ateliers. Pour l’instant le rôle actuel de la comédienne est d’appuyer l’APAMCQ. 

Une conférence qui explore l’art comme thérapie 

Photo lors de l’exposition du Théâtre de l’aphasie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Crédit photo: Isabelle Côté, DG TA.

Le 13 février dernier, une conférence a été présenté sur des recherches de l’UQAM, de l’Université de Montréal et du Théâtre Aphasique sur les effets du théâtre, du chant et des pratiques artistiques dans la réadaptation. Lors de la conférence il a été question des effets ainsi que des différentes caractéristiques de l’aphasie. D’ailleurs, la pratique de la respiration lente et profonde pour comprendre la variation de la fréquence cardiaque (HRV) a été offert par une professeure de l’UQTR. 

Durant la conférence, il a aussi été questions des effets des activités du Théâtre Aphasique pour les participants, tel que l’autonomie, les pratiques inclusives, la fierté, les liens, le sentiment d’appartenance, l’engagement émotionnel comme le plaisir, et bien plus encore. Plusieurs professionnels tel que des orthophonistes, membres de l’APAMCQ, étudiante et professeurs étaient de la partie. Le tout a été suivie d’une visite guidée de l’exposition et d’un verre de l’amitié au Salon Alexis-Klimov de la Bibliothèque. 

Le message qui traverse l’ensemble du projet résonne fort, c’est une invitation à comprendre autrement ce handicap, et à comprendre que communiquer ne se limite pas aux mots, tout est communication !  À savoir qu’il y aura une pièce de théâtre au nom de Suivez le fil, qui sera présentée le 11 mars prochain à 19h30 à la salle Louis-Philippe-Poisson. Cette salle est située à Trois-Rivières à la place de l’Hôtel-de-Ville. Vous pouvez réserver votre billet gratuitement ICI.

De plus, Geneviève Alarie sera cet été dans la pièce L’EFFET LISA, un spectacle musical inspiré de Richard Desjardins. À noter qu’elle sera de retour dans la saison deux d’EMPATHIE et que la première saison est actuellement disponible sur CRAVE. 

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