Regard sur l’international: De l’Écosse à Trois-Rivières: entrevue sur le référendum

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Oberto Marrama raconte qu’il sentait une certaine énergie lorsqu’il était en Écosse. Photo: Aimee Holtom
Oberto Marrama raconte qu’il sentait une certaine énergie lorsqu’il était en Écosse. Photo: Aimee Holtom

Dans la nuit du 18 et 19 septembre, nous apprenions les résultats du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Le Non l’emportait avec 54% des voix exprimées. Une semaine avant le référendum, Oberto Marrama, un étudiant ayant vécu un an en Écosse arrivait à Trois-Rivières afin de venir étudier à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Le Journal Zone Campus s’est entretenu avec lui afin de connaître ses impressions sur les résultats du référendum, ainsi que sur ses motivations d’étudier au Québec.

M. Oberto a répondu à la plupart des questions en anglais. Par souci de simplicité, l’auteur a traduit librement les réponses.

 

Laurent Constantin : Bonjour Oberto. Depuis combien de temps es-tu au Québec et quelle est la raison de ta venue?

Oberto Marrama : Je suis ici depuis environ deux semaines. Huit jours pour être plus précis. Je suis venu ici pour étudier au doctorat en philosophie avec Syliane Charles. Je suis Italien. Du nord-est de l’Italie, près de Venise. J’ai d’ailleurs fait ma scolarité de premier et deuxième cycle à l’Université de Venise. Comme tu peux l’entendre, je ne peux pas parler français. Je vais prendre des cours à l’École internationale de français.

LC: Qu’est-ce qui t’a amené en Écosse, quelle était ta motivation?

OM: C’est une longue histoire. Quand j’ai fini ma maîtrise à Venise, j’ai décidé de quitter l’université. J’ai travaillé un an entier pour une compagnie en Écosse pour accumuler beaucoup d’argent et, ensuite, j’ai voulu retourner aux livres et j’ai la décision d’entreprendre un doctorat en philosophie. Je cherchais des opportunités à Aberdeen, une petite ville d’Écosse qui est devenue grande depuis les années 60 avec la découverte du pétrole dans la mer du Nord. C’est maintenant l’une des villes européennes les plus importantes dans l’industrie pétrolière.

LC: Tu pensais faire ton doctorat à Aberdeen et tu as finalement choisi Trois-Rivières?

OM: Oui, parce que je suis arrivé à Aberdeen comme un étudiant autofinancé, c’est-à-dire avec mon propre argent, sans aucune bourse. Au printemps, à la fin avril, j’ai compris qu’il y avait peu de possibilité d’obtenir du financement à Aberdeen. Donc, j’ai appliqué un peu partout ailleurs : à York, à Dublin et à Louvain. J’ai ensuite reçu une lettre pour une bourse à Trois-Rivières de la part de Syliane Charles qui cherchait un étudiant au doctorat en philosophie moderne. J’avais déjà lu beaucoup l’œuvre de Syliane Charles, elle était déjà mentionnée dans mon projet de recherche.

LC: Lors de ton passage en Écosse, qu’est-ce qui piquait ta curiosité dans le débat sur l’indépendance?

OM: L’Écosse est vraiment difficile à expliquer. Je suis arrivé quand tout était déjà en train de se dérouler. Peu de temps après mon arrivée, j’ai reçu une lettre du conseil municipal me demandant si je voulais voter lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Tous les citoyens de l’Union européenne résidant en Écosse avaient le droit de voter. Ce n’était pas une question d’être natif d’Écosse, mais plutôt d’y vivre.

L’Écosse a vraiment un statut administratif particulier. Ce n’est pas une entité indépendante, mais elle possède une certaine forme d’autonomie. Donc, j’ai commencé à m’informer à propos du référendum, parce que j’étais appelé à voter. Je n’ai finalement pas voté puisque j’allais déménager, j’étais seulement resté un an en Écosse. Ça n’aurait pas vraiment été juste. Peut-être que si j’avais pris la décision de rester 20 ans, j’aurais voté pour ma propre destinée. J’avais le sentiment que je devais laisser ce débat aux Écossais.

En 2011, l’Écosse avait fait la demande au Royaume-Uni d’avoir plus de pouvoir, que l’on décentralise l’État. Ils avaient déjà un parlement pouvant passer des lois dans quelques juridictions. Grâce à cela, ils ont réussi à développer un État-providence très très fort, complètement différent de celui du Royaume-Uni. Après que les Torys aient pris le pouvoir à Londres, tout a commencé à se dégrader. Avec des politiques néolibérales, ils ont privatisé plusieurs services publics.

C’est à ce moment que l’Écosse s’est dite: Nous avons notre propre identité linguistique. Certains parlent le doric ou le gaélique. Nous avons notre propre administration avec notre parlement. Nous avons de la richesse, parce que nous avons du pétrole, beaucoup de pétrole. Nous continuons à payer beaucoup de taxes au gouvernement du Royaume-Uni, qui, avec ses politiques libérales, menace nos services sociaux.

Au début, ils ont voulu faire un référendum avec trois choix. «Yes, No or Max devolution». Ce troisième choix aurait permis une décentralisation majeure de l’État. Le gouvernement britannique a laissé les Écossais entreprendre ce processus démocratique. Il a laissé le choix aux Écossais de quitter ou non le Royaume-Uni, mais en excluant l’option de décentralisation majeure, le Royaume-Uni ne deviendrait pas un État fédéré. C’était une stratégie politique. Les Britanniques croyaient que les Écossais ne choisiraient jamais la séparation. Une majorité de la population aurait choisi la troisième option.

LC: Même si le non l’a remporté à 54% de la population écossaise a voté contre l’indépendance de l’Écosse. Croyez-vous que le «Maximum devolution» aura tout de même lieu et qu’il y aura des négociations?

OM: Vers la fin de la campagne référendaire, ils avaient déjà réussi à obtenir une décentralisation majeure. Nous devons suivre la suite. Le parti pour le Oui a obtenu de plus en plus de consensus avec le temps puisque la stratégie du «Better Togheter» n’était pas très habile, très concentrée sur les menaces. David Cameron, le premier ministre britannique n’a pas eu le choix de faire des promesses de dernière minute.

LC: J’imagine que tu es au courant qu’ici, au Québec, nous avons eu deux référendums. En 1980 et en 1995. Nous avons aperçu un peu les mêmes scénarios. Le Oui qui montait et le fédéral qui faisait plus de promesses de dernière minute. Est-ce que tu es au courant du débat sur la question nationale au Québec?

OM: Oui, je ne suis pas très informé sur ce qu’il s’est concrètement déroulé au Québec, mais je savais cela, que le Québec a tenu des référendums, que c’est une province autonome à l’intérieur du Canada, qu’il a une identité forte, que ce soit historique, culturelle ou linguistique. Le Québec a beaucoup d’autonomie administrative, j’ai dû faire deux visas pour venir ici. Le premier, un certificat à Québec et ensuite le permis d’études à Ottawa. C’était assez amusant. Je n’avais pas connaissance de l’histoire derrière l’identité des Québécois.

Peu de temps après mon arrivée, j’ai reçu une lettre du conseil municipal me demandant si je voulais voter lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Tous les citoyens de l’Union européenne résidant en Écosse avaient le droit de voter.

Quand je suis arrivé à l’aéroport de Montréal, j’ai pris mes bagages, j’ai pris l’autobus, je suis allé à l’auberge de jeunesse pour dormir et récupérer du décalage horaire. Le jour suivant, il y avait ce gars à la réception, Raphaël, un type bien. Nous nous sommes posé des questions à propos du référendum d’Écosse et du Québec. Il m’a appris quelques faits intéressants que j’ignorais totalement. Par exemple, les Canadiens étaient les francophones de la colonie. Par la suite, l’identité s’est transférée au britanniques.

LC: Es-tu déçu ou heureux par les résultats? Indifférent ?

OM: D’un point de vu abstrait, je pense que les deux côtés, gouvernements écossais et britanniques, ont beaucoup appris sur le déploiement d’outils démocratiques. Je veux dire que, finalement, en-dehors des résultats, les deux côtés ont fait une campagne assez longue et bien informée. Les citoyens ont fait un choix par eux-mêmes. Ce fut un non, cela aurait pu être un oui. Depuis quatre ans, 2011, qu’était enclenché ce long processus. Ils ont voté, choisi ce qu’ils voulaient faire et c’est pour cela que ce fut une leçon de démocratie pour tout le monde. En regardant les résultats, c’est probablement le meilleur qu’ils aient pu obtenir. Une complète séparation aurait vraiment été un choc, spécialement pour les secteurs économiques. Par exemple, toutes les banques menaçaient de quitter l’Écosse. Le centre économique est la City. Qu’est-ce qui arriverait si l’Écosse se séparait de la City? Le Yes party n’était pas uni sur la stratégie à long terme. Restons-nous dans l’Union européenne? Conservons-nous la livre sterling? Etc.

C’est le mieux qu’ils ont pu atteindre. Ils n’ont pas obtenu leur indépendance, mais si le gouvernement britannique suit ces engagements, l’Écosse obtiendra de plus en plus d’autonomie et de pouvoirs afin de conserver leur social-démocratie. Je crois donc, qu’au final, c’est un bon résultat.

J’aime les Écossais, ils ont une forte identité. Petit à petit, à long terme, ils vont réussir à obtenir toujours plus.

LC: Il devrait y avoir un référendum au mois de novembre en Catalogne, crois-tu qu’ils ont une chance de le remporter ?

OM: Non, je ne crois pas. Toutes les situations sont différentes. Moi, je viens du nord-est de l’Italie et certaines personnes dans les derniers mois ont revendiqué l’indépendance de la région. Toutefois, c’était ridicule. Il n’y avait aucun fondement. La situation de l’Écosse est évidemment différente de celle des Québécois, qui aussi évidemment de celle de la Catalogne, ainsi que de celle de ma ville natale. Je n’en sais pas trop sur la Catalogne. Ils ont un sens de l’identité qui est très fort, mais ça ne semble pas être représentatif de la majorité, même si le mouvement est très actif dans la revendication de l’indépendance.

LC: Tu crois qu’ils ne sont pas assez prêts?

OM: J’ignore s’ils ne sont pas prêts. Seulement que j’ai l’impression qu’il n’y a pas de stratégie, qu’il s’agit de la simple volonté de vouloir se séparer. Il n’y a pas nécessairement une compréhension derrière cette idée d’indépendance. La Catalogne a déjà une certaine forme d’autonomie.

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