Tout est bizarre: La crise de l’éducation

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Parlons d’éducation, voulez-vous? Prenons pour postulat de départ que le monde occidental subit une crise terrible. Il s’agit d’une crise imprécise, une crise latente, mais la décadence est là, et le simple inconfort des préjudices de notre idiotie collective en est la preuve la plus forte, il suffit de regarder Internet. Nous regardons les guerres en Irak, en Afghanistan ou en Afrique. Nous contemplons la famine, nous observons depuis la forteresse de notre confort ce monde qui, doucement, dit «non» à l’Occident. L’Historien avisé plaiderait instinctivement au changement de paradigme. Mais la crise dont je veux vous parler, la source du problème, est interne, comme elle l’est toujours, et l’éducation est sans conteste l’aspect le plus représentatif des entrailles d’une société.

L’éducation a perdu l’attention minutieuse qu’elle mérite, elle a subi du revers les contres-coups du pire signe de décadence de l’Histoire, le pragmatisme. La défunte Rome antique n’est pas tombée en un jour, elle s’est abrutie, elle s’est contentée de ses acquis, sans se projeter dans l’avenir, et son savoir s’est atrophié. Je crois profondément que la prévalence d’une culture repose sur la condition de ses citoyens, et cette condition repose elle-même sur l’éducation. Or, notre système d’éducation actuel crée des spécialistes dotés d’une expertise précise mais dénuée de toute vision d’ensemble. Notre système d’éducation crée des métiers, mais oublie sa raison d’être initiale, à savoir, créer des citoyens responsables et compétents. Et cette compétence qui lui est imputée, c’est la responsabilité sociale. Kant disait que l’être humain doit toujours être considéré comme une fin en soi et jamais comme un moyen. C’est là, à mon sens, une sagesse grandiose nécessaire à l’épanouissement de tous. Je dirais même qu’il s’agit d’un présupposé à l’efficience de notre système politique et juridique. Mais qu’en retiennent les économistes, les comptables ou les ingénieurs?

La natalité

Pour comprendre l’essence de ce problème, de cette dérive involontaire vers l’expertise, il faut s’attarder à l’origine même de l’éducation, c’est-à-dire la natalité. En effet, des êtres humains naissent dans le monde et se doivent d’acquérir le bagage nécessaire pour faire perdurer ledit monde après nous. C’est là l’essence de l’éducation, le fait que nous recevons de nos aïeux le fardeau du monde et que nous devrons, un jour, le céder à la génération suivante, pour des siècles et des siècles.

Sans les acquis, la nouveauté ne sera toujours qu’une répétition.

La natalité est ce qui permet l’immortalité, non pas celle de l’individu, mais celle de l’espèce, et l’éducation est notre mémoire. Néanmoins, nous devenons si absorbés par nos spécificités techniques que nous en oublions notre devoir. Nous devons améliorer ce monde, du moins essayer, ou au mieux le préserver, quitte à faire semblant, ne serait-ce que pour le regard des enfants.

La natalité, flots humains successifs, est l’espoir de ceux qui lèguent le monde, forcés par le temps qui s’écoule vers la mort, par la souffrance de notre condition humaine. L’espoir en ceux qui reprennent le monde, là où il a été porté, à bout de bras, les affaires humaines diaphanes à la cadence profane, de vies de mortelles, pour embellir du mieux et que ce monde resplendisse, aux regards idéalistes du flot humain suivant, à qui il sera légué, pour le meilleur et pour le pire.

La crise

C’est donc ainsi que pointe la problématique, nous négligeons l’essentiel au nom d’une nécessité professionnelle. Nous remettons en question, politiquement parlant, les nécessités de l’enseignement de l’histoire, de la philosophie, des arts et de la littérature. Mais que l’on soit menuisier ou comptable, ces domaines sont notre héritage et il est de notre devoir de s’y attarder, de les conserver. Sinon, si nous oublions, si nous cessons de lire, que lèguerons-nous à nos enfants, de l’argent et des meubles?

C’est là, à mon sens, la raison péremptoire qui oblige chacun à s’interroger sur ce qu’il ne sait pas, à chercher, et à partager. Et lorsqu’on ne le fait pas, lorsqu’on tient l’héritage pour acquis, c’est la décadence garantie, car les autres ne le feront pas nécessairement. L’oubli est peut-être la cause première de décadence, et l’oubli se provoque par l’aisance. Dans une situation précaire, fatale, chaque photo, chaque souvenir et chaque connaissance dévoilent l’ampleur de son importance, il suffit d’écouter les aînés. Or, nous oublions que la vie est en soi un phénomène fatal, et à la fin, il est toujours trop tard. Sans les acquis, la nouveauté ne sera toujours qu’une répétition.

C’est à ce stade de la réflexion, lorsqu’on remet la problématique dans son contexte moderne hautement technologique, que l’on constate l’ampleur de la crise. Nous avons l’Internet! Qui, aujourd’hui, a le droit de ne pas savoir lorsque l’Internet est là pour répondre au prix de quelques secondes, en un seul clic. Bien sûr, il faut d’abord savoir lire. Un Québécois sur deux a des difficultés de lecture, comment cela peut-il être acceptable? Je vous en supplie, vous, lettrés, apprenez, comprenez, sauvez le monde, ne serait-ce que pour le regard des enfants.

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