Tout est bizarre: La démocratie

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Les élections sont terminées, la démocratie a parlé. Les résultats sont clairs et indiscutables; avec 42% des votes et 70 députés sur les 125 postes à combler, le Parti libéral du Québec règnera pour les quatre prochaines années. Or, cas particulier, les insatisfaits sont étonnamment virulents cette fois, et le cynisme de la gauche progressiste ne trouve d’égal que dans la crise existentielle des nationalistes. Disons-le, l’évènement majeur de cette élection est l’écrasante défaite du parti de René Lévesque. Le nationalisme québécois doit se questionner, se secouer et s’actualiser. Personnellement, j’accuse l’impopularité de Pauline Marois, PKP et la charte plutôt qu’un réel changement des traditions politiques. La mort du nationalisme est une exagération. Le nationalisme est une idée, et les idées ne meurent jamais.

Bref, face à cette cuisante défaite, les insatisfaits se montrent particulièrement virulents face à notre système démocratique, sur la base que le PLQ a eu moins de 50% des votes, et plusieurs scandent haut et fort les mérites de la proportionnelle mixte. Aussi, certains crient à l’injustice et à l’absence de démocratie, plaidant jusqu’à la révolte et à la désobéissance civile. Donc, questionnons-nous sur la démocratie et notre mode de scrutin.

Scrutin uninominal majoritaire à un tour

Scrutin uninominal majoritaire à un tour, c’est le magnifique nom de notre système politique d’inspiration anglo-saxonne. Son but spécifique est de créer de fortes disparités de sièges, même avec un résultat serré en termes de pourcentages. Il est même possible que le gouvernement majoritaire au pouvoir ait un plus petit pourcentage de votes que l’opposition officielle.

L’exemple typique de cette injustice est Jean Lesage qui s’est fait battre par l’Union nationale, même s’il avait 7% de votes supplémentaire à son opposant. Tout se joue dans la distribution des votes par circonscription. Il est clair que cela produit des non-sens et que la voix des petits partis n’y trouve aucun écho. Néanmoins, c’est légal et légitime, et un grand nombre de pays marchent sur ce système principalement pour produire des gouvernements majoritaires. On ne peut donc pas dire qu’elle est illégitime, du moins sur le plan formel. Légal égal égo.

Scrutin mixte à finalité proportionnelle

Pour ladite proportionnelle mixte, que j’approuve en partie, il y a un léger problème qui fait qu’une majorité de pays ne l’adoptent pas: elle ne produit que des gouvernements minoritaires. Sachez-le, les accusations basées sur le fait que ce gouvernement majoritaire a eu moins de 50% des votes demeurent valides contre presque tous les gouvernements précédents. Il est très rare qu’un gouvernement obtienne plus de 50% des votes. René Lévesque en a eu 49% en 1981, et Duplessis, au meilleur de la grande noirceur, en a eu 57%. Le record de tous les temps au Québec revient au PLQ qui a eu 61% des voix en 1916. Bref, une proportionnelle mixte donne des gouvernements de coalition, comme en Allemagne ou au Danemark. Donc, avec la proportionnelle mixte à la scandinave, on oublie le référendum.

Les accusations basées sur le fait que ce gouvernement majoritaire a eu moins de 50% des votes demeurent valides contre presque tous les gouvernements précédents.

Par contre, il existe une grande diversité de formes mixtes de scrutin, question de garder la possibilité de gouvernement majoritaire tout en laissant la chance aux petits partis. Personnellement, j’aimerais avoir deux bulletins de vote, celui pour le député de mon comté et celui pour le parti que je veux au pouvoir. Pour le député, on garde la méthode actuelle. Par contre, le second vote pour le parti au pouvoir serait proportionnel. Ainsi, on donne une cinquantaine de sièges à l’Assemblée nationale sur ce second vote qui ne serait pas lié à des comtés. C’est dans ce second vote qu’un parti présente ses vedettes et ses futurs ministres qui, de toute manière, n’ont pas le temps de se consacrer à leur comté et délègue la tâche à des employés de bureau.

Ainsi, dès qu’un parti obtient un certain pourcentage du vote, il fait entrer le député de son choix. Les petits partis ont donc une seconde chance d’élire des candidats.
C’est, à mon sens, un bon compromis pour à la fois donner une chance aux petits partis tout en se gardant les possibilités de gouvernement majoritaire.

De plus, Internet est encore très sous-estimé par l’univers politique. C’est en soi un outil extraordinaire pour s’approcher d’une démocratie directe ou, du moins, pour rapprocher la délibération politique et les projets du citoyen. Une sorte de consultation citoyenne permanente, en somme. Néanmoins, Internet ne demeure exploité qu’à des fins de partisanerie et l’utilisation de tel médium pour consulter le citoyen fait craindre le pire pour le confort idéologique des gouvernements majoritaires. Il y a fort à faire si vous voulez améliorer la démocratie.

Parlons-en de la démocratie, c’est là un mot qui a le dos large. La vraie démocratie n’existe pas, c’est une idée. Même une proportionnelle mixte ne serait qu’une démocratie parlementaire libérale. La démocratie ne peut qu’être un idéal vers lequel tendre, sans jamais pouvoir l’attendre.

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