Tout est bizarre: Les mots et les nombres

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Aujourd’hui, on va s’amuser à faire de l’épistémologie. N’ayez pas peur, c’est juste de la philo. C’est l’étude de la nature, des origines, des moyens et des limites de la connaissance. Ça semble peut-être vraiment ennuyeux, mais c’est pourtant de la philosophie épique. Moi, ma branche, c’est la philosophie politique. Mais peu importe notre branche, peu importe ce qu’on vit, il y a de l’épistémologie. C’est conceptuel, c’est la fin de session, et chacun de nous s’apprête à suffoquer soit sous les mots, soit sous les nombres. C’est donc de ça qu’on va jaser.

Les mots

Les mots sont partout, on met des mots sur tout. Si on s’y attarde, on réalise la subtile mécanique infiniment logique qui régit le langage. Les mots, c’est aussi la profondeur, la nuance. Bref, toutes ces choses impossibles à compter que nous classons dans le qualitatif. Les mots disent aussi des choses bizarres. Par exemple, quand j’utilise le «on», je parle de moi qui écrit, mais aussi de vous qui lisez. C’est le sens que je donne au «on». Pourtant, théoriquement, c’est la troisième personne du singulier. «On», ce n’est pas moi, ni aucun de vous. «On», c’est le gars là-bas, c’est «il». Mais implicitement, «on» est aujourd’hui utilisé comme un «nous», et la langue française a évolué, s’est adaptée, et ce nouveau sens est désormais accepté. C’est ça qui est beau avec le langage, il évolue en même temps que nous. Je crois par contre qu’il manque un mot dans la langue française, un pronom personnel impersonnel comme le it de l’anglais ou le das de l’allemand. Il n’y a vraiment aucune raison pour qu’une table soit au féminin. Si quelqu’un m’explique ça, je lui paie une bière.

Aussi, les mots réfèrent toujours à quelque chose. À l’origine de tout, il y a la chose en soi, disons un arbre. Peu importe qu’on dise qu’il est composé d’atomes ou qu’il est halluciné, on s’entend tous sur ce qu’est un arbre. On voit tous un arbre dans notre tête. C’est ce qu’on appelle une représentation. Le mot, c’est la représentation de la représentation. Mais est-ce qu’on pense avec des mots ou avec des images? Je crois que c’est les deux, mais je ne trouve pas les mots pour le dire. C’est vraiment fascinant de s’attarder sur comment marche notre pensée. C’est là que le langage prend tout son sens. Il est clair, ainsi, que notre langue affecte la manière dont on organise notre pensée et la structure de nos réflexions. Mais un arbre, qu’on parle allemand, italien ou japonais, ça reste un arbre.

Les sciences humaines

C’est donc pour cette raison que les sciences humaines ont raison d’exister. Pelleter des nuages, dites-vous? Absolument pas, dis-je, car ce n’est pas parce qu’il n’y a que des mots qu’il n’y a pas de contenu. La preuve, on comprend ce qu’on lit. La manière dont on pense fonctionne avec des mots. Ce qu’on construit avec nos idées, par exemple un système de loi, doit donc aussi fonctionner avec des mots. Voilà donc pourquoi on passe notre temps à définir, pour être certain d’être cohérent et bien compris. La logique du langage est aussi complexe que la logique des mathématiques.

Il n’y a vraiment aucune raison pour qu’une table soit au féminin.

À ce propos, permettez-moi un petit réquisitoire contre les sciences humaines. Utilisez des mots, arrêtez de mettre des nombres pour être crédible! C’est souvent nécessaire en sciences humaines des nombres, des statistiques, mais seulement pour ce qui est quantifiable. Je ne vois absolument pas l’utilité, ni même la logique, de plaquer un nombre sur le concept de «qualité de l’intégration d’un enfant en bas âge à son milieu familial». Si on a une tête pour réfléchir, on a des mots pour le dire. Les sciences humaines devraient être plus… humaines. Je connais beaucoup d’étudiants de maitrise qui ont observé très clairement un fait dans leur stage, mais qui doivent truquer leurs statistiques pour dire ce qu’ils ont à dire. Je vois ça et je me demande à quel point les grands théoriciens biaisent leurs statistiques, peut-être involontairement, par le seul fait qu’ils savent ce qu’ils cherchent. Bref, ce n’est pas parce qu’il n’y a que des mots que c’est faux, et ce n’est pas parce qu’il y a des nombres que c’est vrai.

Les nombres

Les nombres, c’est absolument fantastique, je ne saurais même pas dire s’ils sont des représentations ou quelque chose en soi. Les nombres sont régis par une logique parfaite. Je me suis trop attardé aux mots, je vous ferai une chronique complète sur les nombres. Sachez simplement, pour conclure, que l’on compte sur une base dix pour la simple raison que l’on a dix doigts. Néanmoins, peu importe la base utilisée, les nombres irrationnels demeureront irrationnels. «Pi» et «le nombre d’or» seront toujours infinis et ne répéteront jamais la même séquence dans leurs décimales. Les nombres sont sans aucun doute une forme pure de langage… tout comme la musique.

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