Un œil sur l’actualité internationale: Le malheur de naître femme

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«Les femmes, vous devez les traiter comme de la merde» (New York Magazine, 9 novembre 1992). Cette citation, vous l’avez peut-être deviné, a été prononcée par Lord Trump. Le candidat à la Maison-Blanche est répugnant, ses propos sont inacceptables. On se demande pourquoi des femmes souhaitent voter pour lui. D’ailleurs, cette phrase résume plutôt bien le sujet de cette chronique, à propos de ceux qui détestent les femmes au point de les tuer.

Dernier scandale en date, le meurtre barbare d’une adolescente de 16 ans à Mar del Plata, grande station balnéaire en Argentine. Rappel des faits: le 8 octobre, Lucia Pérez est droguée de force, avant d’être violée par plusieurs hommes, puis empalée. Selon la procureure responsable du dossier, Maria Isabel Sanchez, la douleur a été si insupportable qu’elle a succombé à un arrêt cardiaque. Ensuite, les meurtriers auraient lavé le corps et l’auraient emmené à un centre de santé, prétextant que l’adolescente est décédée à la suite d’une overdose.

Sánchez a décrit ce crime comme «un acte d’agression sexuelle inhumain». Sans m’attarder à imaginer l’horreur de la scène, une question me vient à l’esprit: comment ces hommes sont-ils capables de commettre un tel crime envers une femme? Il ne s’agit pas ici seulement d’un meurtre, ce qui ne serait pas moins excusable, mais ce dernier est précédé d’une torture. Pourquoi tant de haine envers cette fille?

Le choc n’en a été que plus vif parmi la population hispanophone. À la suite de ce crime sauvage, plusieurs manifestations ont éclaté le 19 octobre dans plusieurs capitales, à Buenos Aires, Mexico, ou encore à Madrid. En signe de deuil, des milliers de femmes, vêtues de noir, ont protesté contre le meurtre de Lucia Pérez et scandé «ni una menos» («Pas une de moins»). Depuis 2015, le mouvement citoyen argentin, #NiUnaMenos, composé de journalistes, écrivaines et activistes, se bat contre la violence machiste que subissent les femmes. Pas une de moins, oui, mais difficile d’imaginer un avenir plus radieux, alors que le pays voit une femme tuée toutes les 36 heures.

Vous avez dit, féminicide?

Un fait intéressant est l’utilisation du terme pour faire référence à l’assassinat de la jeune femme. Les associations et le gouvernement argentin ne parlent pas de «meurtre» ou d’«homicide», mais de «féminicide». La définition est simple: ces femmes sont tuées en raison de leur sexe, un crime de genre. Inscrit dans le Code pénal argentin en 2012, ce terme est défini comme une circonstance aggravante d’un homicide.

Officiellement, Lucia Pérez est la dernière des 226 victimes de féminicide recensées depuis le début de l’année, mais on se doute bien que ce chiffre est en réalité supérieur. Hélas, Lucia n’est pas la seule victime de ce genre de barbarie. D’autres cas médiatiques ont éclaté. Je pense notamment à «Nirbhaya». Cette étudiante de 23 ans est morte en 2012, à la suite d’un viol collectif dans un autobus à New Delhi (Inde). Plus récemment, fin mai 2016, «Mina», une adolescente brésilienne de 16 ans, est violée par une trentaine d’hommes. Ses agresseurs ont ensuite posté une vidéo, se vantant, entre deux éclats de rire, d’avoir été «plus de trente» à l’agresser.

L’Argentine voit une femme tuée toutes les 36 heures.

À entendre ces histoires, je vois un déchaînement sur les femmes. Quelle faute ont-elles commise, à part d’être des femmes? On finirait même par croire le poète espagnol, Frederico Garcia Lorca: «Naître femme est le pire des châtiments». Ces meurtres misogynes nous amènent à nous questionner sur la condition féminine et leur sécurité. Il faudrait peut-être demander un effort de la part des États, et durcir les lois punissant les agresseurs. Des progrès restent à faire. En Inde, par exemple, on considère au sein de la société que ce n’est pas le violeur qui est coupable, mais la victime. Face à ces cruautés et cette violence, le manque de protection pour les femmes est criant.

La femme représente l’avenir

Et pourtant, les femmes pourraient bien être sur le devant de la scène à l’avenir. Malheur aux misogynes et machos! En effet, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) va observer de près la génération des filles qui auront 25 ans en 2030. L’organisation onusienne souhaite améliorer les conditions de vie des filles: égalité entre les sexes, accès à l’éducation et à la santé, le bien-être.

Elle veut convaincre les 193 chefs d’État et de gouvernement ayant adopté les objectifs de développement durable (ODD) que cet investissement représente un gain pour l’ensemble de la société. Grâce à l’accès aux études et, par la suite, à une profession, les jeunes filles pourront gagner en autonomie, et ainsi mieux contrôler leur vie.

Outre le projet de l’UNFPA, des efforts sont également nécessaires de la part des hommes. On éviterait peut-être alors ce genre de meurtres. Dans ces agressions, l’absence de respect envers le «sexe faible» est flagrante. Une partie de l’éducation manque. Peut-être a-t-on oublié d’expliquer à ces meurtriers, jadis enfants, qu’il faut respecter et traiter la femme comme son égal.

Ces dernières doivent pouvoir jouir des mêmes droits, des mêmes libertés que leurs confrères. C’est pourquoi les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies sont impératifs pour ces futures femmes indépendantes, maîtres de leur propre vie.

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