Un peu de cinéma : A Hidden Life, Terrence Malick, 2019

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Crédit illustration : Sarah Gardner

Présenté pour la première fois lors du Festival de Cannes en mai 2019, A Hidden Life est le dixième long métrage du réalisateur américain Terrence Malick. Figure marquante du cinéma moderne américain et gagnant de la Palme d’or en 2011 pour The Tree Of Life, il nous revient cette fois-ci avec une œuvre antifasciste et profondément religieuse. Ayant une formation universitaire en philosophie, l’influence sur Malick des philosophes Kiergegaard et Heidegger est indiscutable, principalement dans The Thin Red Line (1998) et The Tree of Life (2011). 

Un bijou cinématographique signé Malick

Ce n’est pas la première fois que Terrence Malick nous offre un film ayant pour thématique la dénonciation des horreurs de la guerre. Déjà en 1998 avec The Thin Red Line, il dresse un portrait à la fois poétique et philosophique de la guerre en comparant la violence de la nature à celle de l’humanité. Le langage poétique et philosophique de Terrence Malick se traduit par une utilisation de voix off, mais aussi d’une cinématographie exceptionnelle.

Les images sont dignes de ses films précédents

Au cours de sa carrière, il va collaborer avec de nombreux directeurs photo qui vont lui permettre d’obtenir des images exceptionnelles dignes de certains documentaires de la BBC, notamment John Toll pour The Thin Red Line (1998) mais plus particulièrement Emmanuel Lubezki pour The Tree of Life (2011), To The Wonder (2012), Knight of Cups (2015) ainsi que Song to Song (2017). Ici, pour A Hidden Life, Terrence Malick a fait appel à l’Allemand Jörg Widmer ayant principalement travaillé avec le réalisateur Win Wenders.

Les images sont donc dignes de ses films précédents et l’on reconnait la signature de Malick, c’est-à-dire de longues scènes de contemplation de la nature mais aussi des champs de blé, rappelant Days of Heaven (1978). 

La vie cachée de Franz Jägerstätter

Dans A Hidden Life, Terrence Malick retrace de manière romancée, la vie du condamné à mort et martyr catholique Franz Jägerstätter (August Diehl). Jeune père de famille et fermier autrichien dans la commune de St. Radegund, il est le seul homme de son village à avoir voté contre l’Anschluss, qui se caractérise par l’annexion de l’Autriche par le régime nazi en 1938. L’année suivante, il est amené à effectuer son entraînement militaire au sein de l’armée allemande. Dès lors, il prend conscience des horreurs de la guerre, mais plus particulièrement des atrocités commises au nom du régime hitlérien. Terrence Malick va utiliser de nombreux documents d’archives, notamment des séquences du film de propagande de Leni Riefenstahl, Triumph des Willens (1935), où l’on constate l’ampleur de la folie du régime nazi. 

En raison de la capitulation de la France en 1940, il est autorisé à retourner travailler à la ferme avec sa femme Fani (Valerie Pachner). Les années à la campagne vont passer malgré le prolongement de la guerre, mais Franz demeure inquiet et craint le service militaire obligatoire. En raison de ses croyances religieuses et de sa foi, Franz sait qu’il ne sera pas en mesure de porter allégeance à Hitler. L’une des thématiques principales de ce film est liée à la notion catholique de libre arbitre. Pour Franz, si Dieu offre le libre arbitre, dans quelle mesure doit-il agir si sa conscience lui dicte qu’une chose est mal: «If our leader, if they’re evil, what does man do?». 

Portrait d’un objecteur de conscience

Entre 1939 et 1943, des tensions au sein de son village vont se faire sentir, puisqu’il est ouvertement contre le régime nazi. Il est perçu par les habitants comme étant un objecteur de conscience, car il refuse de fournir à l’effort de guerre. En mars 1943, il est convoqué par l’armée allemande afin de servir comme soldat, cependant, lors de son arrivée au camp militaire, il refuse de porter allégeance à Hitler. Perçu comme un opposant au régime et un objecteur de conscience, Franz est emprisonné et passible de la peine de mort s’il ne se rétracte pas.

Dès son emprisonnement, le film devient, en quelque sorte, une méditation sur la vie, la mort, mais aussi au sens que l’on donne à ceux-ci. Bien que maltraité durant son incarcération, il rédige un bon nombre de lettres à sa femme afin de lui faire part de ses doutes, de ses peurs, mais surtout de ses convictions religieuses et de sa foi. À la suite de son refus de collaborer malgré de nombreuses propositions par les autorités nazies, il est transféré dans une prison à Berlin en attente de son procès. Tout comme Sophie et Hans Scholl et bon nombre d’opposants et d’opposantes au régime, il est condamné à mort par guillotine le 9 août 1943. 

A Hidden Life nous propose une belle réflexion sur le concept philosophique de la banalité du mal, mais aussi sur la beauté et la simplicité de la vie et de la mort. Mais plus particulièrement le prix à payer afin de faire respecter certaines de nos convictions. Cependant, il ne s’agit pas de son film le plus accessible, en raison de sa lenteur mais aussi de sa durée de près de trois heures. Il s’agit d’un film très intéressant à voir, principalement pour les adeptes du réalisateur. Malgré tout, je vous le recommande fortement, et ce, sans hésitation!

Suggestions de la semaine

1- Jojo Rabbit (2019) Taïka Waititi

2- Apocalypse Now (1979) Francis Ford Coppola

3- The Deer Hunter (1978) Michael Cimino

4- The Thin Red Line (1998) Terrence Malick 

5- Requiem pour un massacre (1985) Elem Klimov

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