Un peu de cinéma: First Reformed, cette oeuvre de protestation

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Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante

Nominé pour le titre de meilleur scénario, lors de la cérémonie des Oscars en 2019, le long métrage, First Reformed, écrit et réalisé par Paul Schrader est une excellente découverte cinématographique. Ne m’étant pas renseigné avant le visionnement de ce film, c’est avec grande surprise que je dois avouer qu’il s’agit désormais d’un incontournable du scénariste de Taxi Driver (1976), Raging Bull (1980) ainsi que The Last Temptation of the Christ (1988). Longtemps associé au travaille du réalisateur américain, Martin Scorsese, c’est avec quelques films dont Mishima: A Life in Four Chapters (1985) que Paul Schrader se démarque en tant que réalisateur.

Dans First Reformed, on retrouve Ernst Toller (Ethan Hawk), un ancien militaire devenu pasteur au sein d’une petite communauté américaine. Sous forme de voix-off, le pasteur s’adresse à de nombreuses reprises à son journal, partageant à la fois ces doutes existentiels et sa relation conflictuelle avec l’état de sa foi en raison de la mort de son fils à la guerre en Irak et de la maladie qui le frappe. Un jour, une jeune femme enceinte du nom de Mary (Amanda Seyfried) lui rend visite afin de discuter de l’état émotionnel de son époux, un activiste environnemental en état de détresse psychologique. Dans un court entretien, le jeune homme indique au pasteur ses inquiétudes à l’idée d’avoir un enfant dans l’état actuel du monde en pleine crise climatique. À la manière de Winter Light (1963) d’Ingmar Bergman ainsi que de The Sunset Limited (2011) de Tommy Lee Jones, on assiste à une discussion entre un homme profondément cynique, alarmiste et réaliste concernant l’état actuel du monde et un homme de foi vivant une remise en question. Est-ce que la vie vaut la peine d’être vécu? Et, plus particulièrement, est-ce que Dieu nous pardonnera d’avoir détruit sa création? Voilà les deux principales questions discutées par les protagonistes.

On assiste à une discussion entre un homme profondément cynique, alarmiste et réaliste concernant l’état actuel du monde et un homme de foi vivant une remise en question.

À la suite d’un évènement tragique et d’une détérioration de son état de santé, on assiste à une prise de conscience de la part du pasteur, mais aussi à une radicalisation de celui-ci. Paul Schrader reprend ici la thématique de la radicalisation, thématique centrale de Taxi Driver et de son personnage Travis Bickle (Robert De Niro). Cependant, tout comme dans Taxi Driver, la radicalisation du personnage principale se fait d’une manière beaucoup trop abrupte! Est-ce là une manière de démontrer la nécessité d’agir rapidement ou est-ce tout simplement une faiblesse lors du montage du film?

Ce long métrage est une œuvre de protestation concernant la crise environnementale, mais aussi du cynisme de la population devant l’inaction politique. Il dresse un portrait alarmiste et pessimiste de la condition humaine, mais aussi de son avenir. Le pasteur se retrouve dans une situation de vide existentiel, ne retrouvant plus le réconfort dans la prière, il se retrouve devant l’abîme, entre l’espoir et le désespoir se retrouve le chemin d’une radicalisation. Malgré la présence d’un personnage religieux, il ne s’agit pas d’une radicalisation religieuse, mais bien d’une radicalisation environnementale, où la création de Dieu doit être conservée.

C’est une œuvre de protestation concernant la crise environnementale, mais aussi du cynisme de la population devant l’inaction politique.

Bien que la question religieuse et de la foi soient un débat intellectuel auquel je ne m’attarderai pas dans cet article, le propos du film porte surtout sur la perte de repères, mais notamment sur la remise en question des valeurs traditionnelles de la société américaine. On y voit, par ailleurs, la difficulté d’une conciliation entre le discours religieux profondément déterministe et le discours scientifique matérialiste. En ce sens, on y voit un homme de foi se trouvant à la croisée des chemins où le discours scientifique devient le chemin de la rédemption de l’humanité.

Par conséquent, est-ce que First Reformed mérite une attention particulière? Oui absolument! Non, pas pour son scénario, mais bien en raison des différentes questions qu’il soulève. En somme, à la suite de ce visionnement, vous pourrez discuter entre amis.es concernant de nombreux sujets tels que la relation entre la religion et la science, la condition humaine dans le monde actuel, mais plus particulièrement la relation entre l’humain et son besoin métaphysique dans un monde où les valeurs traditionnelles sont remises en question ainsi que le chemin menant à la radicalisation de certains individus et la notion de martyres qui s’y rattache.

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