Un peu de cinéma: «La Grande Bellezza» («La Grande Beauté»), Paolo Sorrentino, (2013)

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Auteur: Gabriel Senneville

La Grande Bellezza est sans doute l’un de mes coups de cœur préférés des dix dernières années. Gagnant de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2014, le film de Paolo Sorrentino est une découverte cinématographique des plus intéressantes pour tous les cinéphiles. Réalisateur de nombreux films dont Il Divo (2008), This Must Be The Place (2011), Youth (2015) ainsi que le très attendu film satirique Silvio et les autres (2018). Malgré la présence de nombreuses productions cinématographiques, La Grande Bellezza mérite une attention particulière.

L’esthétisme et la manière de mettre en scène la capitale italienne me rappellent le chef d’œuvre de Federico Fellini, La Dolce Vita (1960). À peine caché, ce film est un hommage à la ville de Rome. Contrairement à la présence certaine d’un hommage à Fellini, le réalisateur se permet, durant un court et subtil dialogue en arrière-plan, pour émettre une opinion concernant le réalisateur Michelangelo Antonioni : «Antonioni, il fait chier». Son œuvre cinématographique, mais plus particulièrement les thèmes utilisés en ce qui a trait à la politique et à la religion nous rappel les nombreux films polémiques et satiriques de Pier Paolo Pasolini, Le Décameron (1971) et Les 120 jours de Sodom (1976). Les thèmes, mais aussi son style mélancolique, lent et l’utilisation d’une narration en voix off est sans oublier dans la lignée de l’oeuvre magistral de l’américain Terrence Malick The Tree of Life (2011) et The Thin Red Line (1998).

«La plus grande découverte que j’ai faite peu après mon 65e anniversaire, est que je ne peux plus perdre de temps à faire ce que je n’ai pas envie de faire».

Mais pourquoi La Grande Bellezza (Beauté)? Sinon que ce titre possède deux significations distinctes, à la fois la beauté d’une ville, Rome, mais la beauté de l’existence qui sans grande beauté est condamnée à l’échec, une certaine tristesse et dans le cas du personnage principal, au nihilisme.

La Grande Bellezza retrace l’existence d’un vieil homme (Toni Servillo), qui malgré une courte carrière d’écrivain, n’ayant écrit qu’un ouvrage durant son existence, devient par la force des choses, l’un des plus grands critiques littéraires de Rome. Sous le couvert d’une douce mélancolie, le personnage principal, Jep Gambardella, qui malgré une certaine richesse n’est pas en mesure de trouver le bonheur. Les premières scènes du film se déroulent lors de son 65e anniversaire. On y voit ici la signature du réalisateur qui tout comme dans son film suivant Youth, met en scène sous l’angle de la fête, la décadence d’une société bourgeoise. En voix off, le personnage brise le quatrième mur et affirme : «J’étais destiné à la sensibilité, j’étais destiné à devenir écrivain, j’étais destiné à devenir Jep Gambardella. Voilà ma vie, c’est le néant». Malgré l’aspect festif, on retrouve un homme amer et mélancolique. Quelques jours plus tard, un homme se présente chez lui pour lui annoncer la mort d’une femme. Le mari de celle-ci lui avoue donc que sa femme ne l’a jamais réellement aimé et qu’elle entretenait toujours des sentiments envers son ancien amour, Jep Gambardella. À l’écoute de ses mots, le vieil homme s’écroule en larmes et réalise tout ce qu’il a perdu, tout ce qu’il n’a pas vécu par peur d’engagement et d’amour. Jep Gambardella va, à l’aide de nombreuses narrations en voix off, nous plonger dans son quotidien d’errance et de promenade dans Rome à la recherche de cette beauté qui lui manque tant. Malgré la présence de certains proches, il se sent profondément seul et se remémore cette vie qui passe et le temps qui lui reste : «La plus grande découverte que j’ai faite peu après mon 65e anniversaire, est que je ne peux plus perdre de temps à faire ce que je n’ai pas envie de faire».

Parfois, ce qui rend un film si extraordinaire est sa simplicité et son honnêteté. C’est ça, La Grande Bellezza, l’histoire d’un homme amer et aigri empreint d’un nihilisme provoqués par ce manque de beauté, la beauté de l’unique femme qu’il n’est jamais aimé, celle qui était sa muse et qui lui a permis d’écrire son seul et unique roman en 40 ans. Ce film est un éloge à la vieillesse, celle d’un homme qui malgré une vie empreinte de vide réalise le temps qui reste, tout comme dans la chanson de Serge Reggiani. On retrouve donc un homme de 65 ans qui sans de réels sens et de beauté est condamné à errer sans but dans les rues magnifiques de Rome.

La Grande Bellezza, film à voir et revoir, un véritable chef-d’œuvre du cinéma italien.

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