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Un peu de cinéma : Le Hasard, Krzysztof Kieslowski (1987)

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Un peu de cinéma : Le Hasard, Krzysztof Kieslowski (1987)
Un peu de cinéma
crédit: Sarah Gardner

Présenté pour la première fois lors du Festival de Cannes en 1987 dans la catégorie Un Certain Regard, le film Le Hasard (Prypadek) est le 7e long-métrage de Krzysztof Kieslowski. À l’origine, le film a été réalisé en 1981, cependant, les autorités polonaises ont fait bannir le film en raison de la perception négative que le réalisateur présente du parti communiste polonais. Considéré comme étant un chef-d’œuvre du cinéma polonais par de nombreux réalisateurs de renom tels que Martin Scorsese, Le Hasard nous présente une suite de trois variations d’un même destin.

Réalisateur de nombreux documentaires sur la réalité polonaise en début de carrière tels que Factory (1971), Hospital (1977) ainsi que Seven Women of Different Ages (1979), il est considéré comme étant une des figures phares de la nouvelle vague polonaise. Malgré une courte carrière en raison de sa mort prématurée à l’âge de 54 ans, Kieslowski nous a laissé d’impressionnantes œuvres telles que Sans fin (1985), La double vie de Véronique (1991) ainsi que la Trilogie des couleurs : Bleu-Blanc-Rouge (1993-1994). Par ailleurs, il nous a offert l’excellente série télévisée le Dekalog (1988) dont deux épisodes vont être présenté sous forme de long-métrage, A Short Film About Love ainsi qu’A Short Film about Killing.

Krzysztof Kieslowski est probablement le réalisateur ayant le plus abordé les thématiques liées à la condition humaine. Tout comme Ingmar Bergman avant lui, il va principalement traiter de questions d’ordre moral en abordant des thématiques telles que la mort, le deuil, le suicide, l’envie, la loyauté et la liberté sous un angle existentialiste.

Trois variations sur le hasard.

Dès les premières scènes, nous sommes transportés dans une ambiance d’une grande lourdeur alors que certaines personnes vont déplacer les corps de plusieurs personnes sur le sol d’un aéroport suivi d’un intense cri, NON! Dans Le Hasard, Kieslowski, nous propose trois variations d’un même scénario. Ce procédé scénaristique nous rappelle le film Run Lola Run de Tom Tykwer (1998). Ici, contrairement à l’action présente dans le film de Tykwer, Le Hasard, nous propose d’explorer le destin d’un homme et les impacts qu’un simple voyage en train peut entraîner sur le déroulement de son existence.

Le premier scénario que nous offre Kieslowski est celui de Witek (Boguslaw Linda), un jeune homme dont la mort du père vient questionner son avenir professionnel. Afin de respecter les désirs de son père, il va prendre un train en direction de Varsovie afin de poursuivre ses études en médecine. Cependant, durant son voyage en train, il rencontre Werner (Tadeusz Lomnicki), un vieil homme ayant fait carrière au sein du parti communiste. À son arrivée à Varsovie, il s’engage au sein du parti communiste et retrouve son amour d’adolescence qui elle fait partie d’un mouvement de contestation artistique. Lors d’une prise d’otage dans un hôpital en raison des revendications syndicales, Witek est confronté à la radicalisation de certains contestataires.

Au même moment, à son insu, Witek est utilisé par le parti afin d’espionner les membres du mouvement contestataire, ce qui mettra fin à sa relation amoureuse ainsi qu’à son affiliation envers le parti communiste.

Le second scénario nous présente une version alternative des faits où Witek ne sera pas en mesure d’embarquer dans le train en direction de Varsovie. Alors qu’il court derrière le train, un gardien de sécurité l’arrête, ce qui engendre une altercation avec celui-ci, menant à son arrestation. Il devra effectuer trente jours de services communautaires. À ce moment, il rencontre des contestataires anti-communistes. Dès lors, il participe à la publication de pamphlets anti-communistes. Cependant, un soir où il ne sera pas en poste alors qu’il va à la rencontre d’une jeune femme, les autorités vont procéder à de nombreuses arrestations et le blâme de trahison sera attribué à Witek.

Le troisième scénario quant à lui nous propose encore une fois, une vision où Witek n’est pas en mesure de prendre le train. Cependant, contrairement au scénario précédent, une jeune femme, Olga (Monika Gozdzik) est à sa recherche. La relation qu’il va entretenir avec la jeune femme le motive à poursuivre ses études en médecine ainsi qu’à fonder une famille. Alors qu’un de ses collègues médecins doit se rendre en Libye, le fils de celui-ci est arrêté pour distribution de pamphlets anti-communistes ce qui l’empêche de quitter la Pologne. Le voyage est donc confié à Witek et lors de son arrivée à l’aéroport, nous constatons la présence de personnages provenant des précédents scénarios, dont certains contestataires radicaux. En ce sens, le film se termine comme il a commencé, puisque lors du décollage de l’avion, une explosion et un intense cri se fait entendre, NON!

Pourquoi visionner Le Hasard?

Bien que la trame de fond soit principalement une critique du système communiste polonais et de la radicalisation de certains mouvements contestataires anti-communistes de ce temps, Kieslowski a été en mesure de bien décrire les principales préoccupations de la jeunesse polonaise de l’époque. L’une des principales thématiques qu’aborde Kieslowski dans son film est celle de la liberté sous un angle existentialiste. Tout comme dans le recueil de textes Le Mur (1939) de Jean-Paul Sartre, les personnages de Kieslowski vont subir les aléas de l’existence. De plus, dans le film, le hasard peut être perçu sous l’angle de l’absurdité de l’existence tel que le défini le philosophe Albert Camus. Dans chacun des scénarios, le hasard se joue du personnage principal et un simple geste peut engendrer de nombreuses conséquences.

Contrairement à de nombreuses œuvres cinématographiques, les films de Kieslowski ne sont pas reconnus pour leur finale joyeuse, mais bien pour leur caractère sombre et pessimiste. Kieslowski se considérait lui-même comme ayant une philosophie pessimiste et n’avait pas foi en l’avenir. Ce pessimisme se fait sentir lors de la finale du troisième scénario, puisque le spectateur est amené à croire qu’il va enfin être heureux et réussir sa vie, cependant, l’absurdité de l’existence le rattrape lors de l’explosion de l’avion.

Par ailleurs, ce qui caractérise principalement l’œuvre de Kieslowski, est son humanisme. Ayant débuté sa carrière en réalisant des documentaires auprès de la population polonaise, la construction de ses personnages fait preuve d’un grand réalisme et d’une immense justesse. Tout comme le personnage de Julie (Juliette Binoche) dans Trois couleurs : Bleu, le personnage de Witek est une manifestation tout en douceur de l’humanisme de Kieslowski.

En conclusion, Le Hasard de Kieslowski nous propose une belle réflexion sur la place qu’occupe le hasard dans notre existence et comment un simple geste peut engendrer de grandes conséquences. Il s’agit d’un film très intéressant à voir, principalement pour les adeptes du réalisateur. En ce sens, je vous le recommande fortement, et ce, sans hésitation!

Suggestion de la semaine

1- A Short Film About Love (1988) Krzysztof Kieslowski

2- Candyman (2021) Nia DaCosta

3- Un zoo la nuit (1987) Jean-Claude Lauzon

4- Malignant (2021) James Wan

5- Gina (1975) Denys Arcand

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