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Un peu de cinéma : Maria Chapdelaine, Sébastien Pilote (2021)

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Un peu de cinéma : Maria Chapdelaine, Sébastien Pilote (2021)
Un peu de cinéma
Crédit : Sarah Gardner.

Le 16 septembre dernier, j’ai eu la chance d’assister au cinéma Le Tapis Rouge de Trois-Rivières, à l’avant-première du nouveau film du réalisateur québécois Sébastien Pilote, Maria Chapdelaine (2020). Réalisateur de nombreux longs-métrages, dont Le vendeur (2011), Le démantèlement (2013) ainsi que La disparition des lucioles (2018), il nous propose cette fois, une adaptation du roman Maria Chapdelaine de l’écrivain français Louis Hémon. Il s’agit de la quatrième adaptation cinématographique de cette œuvre associée au terroir québécois.

Malgré la distanciation sociale nécessaire au sein des salles de cinéma, c’est près de trois salles remplies de spectateurs et spectatrices qui sont venus assister à la représentation en compagnie du réalisateur. Avant la projection, nous avons eu droit à quelques mots de la part de Sébastien Pilote concernant la réalisation du film. C’est notamment durant la production du film Le démantèlement, durant un séjour dans un chalet en compagnie de l’acteur Gabriel Arcand, qu’il a lu le roman de Hémon. Pour lui, cette adaptation fut naturelle et en continuité avec ses œuvres précédentes en raison des différentes thématiques abordées, notamment celles liées au sens du devoir, à l’importance de la famille, mais aussi à la question du tiraillement entre partir ou rester. En ce sens, le personnage de Gaby Gagnon dans Le démantèlement est très similaire au personnage de Maria Chapdelaine interprété par Sara Monpetit.

Le tournage en 6K,  une première au Québec, donne au film un résultat incroyable en salle.

Contrairement au roman et aux autres adaptations cinématographiques, Sébastien Pilote nous a confié avoir tenté de s’éloigner de la vision mythifiée de l’œuvre trop souvent récupérée par le Clergé catholique et le milieu conservateur canadien-français de l’époque.  Contrairement aux dimensions critiques et satiriques présentes dans le roman de Louis Hémon face à la culture canadienne-française de l’époque, cette adaptation nous propose une tout autre vision des choses, cette fois-ci plus optimiste. Sébastien Pilote nous propose donc une vision de l’histoire moins misérabiliste que celle des historiens. C’est pourquoi son adaptation se veut une immersion dans le passé, telle une fresque dans le temps: «Je veux que les gens puissent vivre une immersion dans l’époque, une immersion dans l’espace et le territoire, mais aussi dans le temps de l’époque, car le temps ne se passait pas de la même manière», explique le réalisateur.

Maria Chapdelaine, l’histoire de ces femmes canadienne-françaises

Dans Maria Chapdelaine, Sébastien Pilote dresse le portrait d’une famille de cultivateurs, les Chapdelaine, vivant à Péribonka au nord du lac Saint-Jean en 1910. Maria (Sara Montpetit) est une jeune femme de 18 ans qui vit sur une terre de colonisation avec sa famille dont le père Samuel (Sébastien Ricard) et la mère Laura (Hélène Florent) occupent une place centrale dans le récit. L’histoire de Maria est celle de ces nombreuses femmes de cultivateurs de l’époque dont le destin va durant de trop nombreuses années dépendre des hommes qui les entourent. À l’époque, les femmes étaient destinées à quatre choses principales; le mariage, la religion, l’enseignement ou être «vieille fille».

Malgré la présence d’excellents acteurs et d’excellentes actrices on tombe parfois dans la caricature historique.

Une partie du récit est orientée vers les choix amoureux qui s’offrent à Maria. En ce sens, elle devra effectuer un choix face à la présence de trois jeunes hommes qui la courtisent. Notamment, François Paradis (Émile Schneider), un coureur des bois, Lorenzo Surprenant (Robert Naylor), un canadien-français qui demeure aux États-Unis ainsi que Eutrope Gagnon (Antoine Olivier Pilon), un cultivateur de Péribonka. Par ailleurs, la thématique de la dévotion envers sa famille est très présente, puisque le noyau familial y est central tout au long du film, que ce soit lors des scènes de travail et d’entraide, mais aussi lors des veillées qui occupaient une place importante dans le quotidien des gens de l’époque, notamment l’hiver.

Maria Chapdelaine, le portrait d’une autre époque

La majorité des personnages parlent très peu, ce qui nuit considérablement à leur développement. Malgré la présence d’excellents acteurs et d’excellentes actrices on tombe parfois dans la caricature historique. Dans certains films, l’utilisation du silence nous parle plus que les mots. C’est notamment le cas du personnage de Gabriel Arcand dans Le démantèlement qui est selon moi, un chef-d’œuvre du cinéma québécois. Cependant, je crois que dans le cas présent, cela a nui à la compréhension et à la complexité du personnage de Maria Chapdelaine. Bien que le film est une durée de près de 159 minutes, je ne saurais dire qui elle était et ce qui a réellement motivé ses choix.

Le point fort de ce film réside dans sa réalisation. Malgré une certaine faiblesse au niveau de la construction des personnages, la magie s’opère derrière la caméra. La cinématographie est signée par Michel La Veaux qui a collaboré à deux reprises avec Sébastien Pilote pour La disparition des lucioles et Le démantèlement. Le tournage en 6K,  une première au Québec, donne au film un résultat incroyable en salle. Afin de permettre une certaine immersion dans le contexte de l’époque, Sébastien Pilote nous offre de magnifiques scènes des différentes saisons et des activités qu’on y pratiquait. C’est notamment le cas lors des scènes de veillées aux chandelles, qui sont entièrement réalisées à l’aide d’un éclairage naturel nécessitant parfois plus de 100 chandelles dans une pièce.

D’autres scènes nous démontrent la dureté et les embûches qu’ont rencontrées les colons de l’époque lors du défrichement des terres et des hivers longs et rigoureux et les étés trop courts du nord du lac Saint-Jean. Par conséquent, Sébastien Pilote réussit parfaitement à nous offrir une description de la vie quotidienne des colons au tournant du XXe siècle qui vaut entièrement son visionnement.

En somme, le film possède de nombreuses qualités et certains défauts, cependant je vous conseille fortement de le voir en salle puisque celui-ci a été réalisé afin d’être présenté dans les cinémas. De plus, je vous conseille fortement de découvrir si ce n’est pas déjà fait, l’œuvre de Sébastien Pilote.

Suggestions de la semaine

1- A Short Film About Love (Krótki film o milosci), (1988) Krzysztof Kieslowski

2- L’eau chaude l’eau frette, (1976) André Forcier

3- Au revoir les enfants, (1987) Louis Malle

4- La peau douce, (1964) François Truffault

5- Les bons débarras, (1980) Francis Mankiewicz

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