Un peu de cinéma: My Salinger Year, Philippe Falardeau (2020)

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Un peu de cinémaCette semaine, j’ai eu le privilège de m’entretenir avec nul autre que le réalisateur québécois Philippe Falardeau, pour discuter de son dernier long métrage, My Salinger Year. Au cours de sa carrière, il a réalisé de nombreux films, dont Congorama (2006), C’est pas moi, je le jure! (2008) et Guibord s’en va-t-en guerre (2015). Il acquiert une reconnaissance internationale en 2011 avec la sortie du film Monsieur Lazhar. Ce film lui a valu une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger. Il fait partie de la courte liste des réalisateurs canadiens dont le film a été sélectionné aux Oscars avec Denys Arcand, Deepa Mehta, Denis Villeneuve et Kim Nguyen.

Cette reconnaissance lui permet de poursuivre une carrière anglophone et réalise The Good Lie (2013), Chuck (2016) ainsi que My Salinger Year (2020). Présenté pour la première fois lors de la soirée d’ouverture de la 70e édition du festival international du film de Berlin, My Salinger Year nous transporte dans le New York des années 1990. Il s’agit d’une adaptation du livre de Joanna Rakoff, My Salinger Year (2014).

Le parcours de Joanna

En 1996, Joanna (Margaret Qualley) est une jeune diplômée en littérature de l’Université de Californie à Berkeley. Comme tout jeune littéraire, elle rêve de devenir écrivaine. Afin de poursuivre ce rêve, elle laisse tout derrière elle, et emménage à New York. Elle est rapidement engagée dans une agence littéraire renommée de New York, la Harold Ober Associates.

Malgré une volonté de se démarquer au sein de l’agence, Joanna est rapidement reléguée à un poste de secrétaire. Dirigée par Margaret (Sigourney Weaver), l’agence s’occupe de nombreux écrivains de renoms tels que J.D Salinger, l’auteur de L’Attrape-Cœurs. Margaret est une patronne en apparence froide et intimidante envers ses employéEs et Joanna se voit donc dans l’incapacité de réellement s’épanouir dans son travail.

Très rapidement, elle est amenée à filtrer le courrier des nombreux fans de J.D Salinger. Sa principale tâche est d’envoyer la même lettre générique aux différentEs admirateurs et admiratrices. Cependant, à la lecture des différents témoignages, elle se reconnait en eux et s’investit émotionnellement auprès de ceux-ci. Dès lors, elle commence à répondre personnellement aux fans et trouve injuste le silence de Salinger et considère que certains admirateurs, notamment ceux en détresse psychologique, méritent une réponse.

Saupoudrer de la fiction sur le réel

Philippe Falardeau n’a pas simplement adapté un livre à l’écran, puisque pour rendre les mémoires de Joanna Rakoff tangibles au public, il a inventé des moments et des évènements afin de permettre une fusion entre l’univers littéraire de l’autrice et le cinéma. La lecture des lettres lui permet d’inventer un univers propre aux admirateurs et admiratrices, sous forme de dialogues intérieurs entre ceux-ci et Joanna. Ce qui donne lieu à des scènes très touchantes avec Théodore Pellerin (Chien de garde, On Becoming a God in Central Florida) et Romane Denis (Charlotte a du fun). La lecture des nombreuses lettres va pousser Joanna à se remettre en question et à se questionner face à son avenir au sein de l’agence et en tant que future écrivaine.

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Pourquoi ce projet, My Salinger Year?

C’est à la fin de la réalisation du film Guibord s’en va-t-en guerre que le projet a vu le jour. À ce moment, il n’y avait aucun nouveau projet ou scénario concret sur la table. Falardeau avait envie de travailler un personnage féminin et la lecture des mémoires de Joanna Rakoff était l’occasion idéale de construire un personnage central joué par une femme (Margaret Qualley). Selon lui, il s’agit d’un récit universel, lorsqu’on a début vingtaine et qu’on analyse toutes les opportunités qui s’offrent ou non à nous.

De plus, le fait qu’il s’agit d’un personnage féminin, il ne faut pas écarter la réalité des femmes qui selon lui, relève d’un double standard, surtout dans un univers littéraire assez masculin que celui du New York des années 1990. Dans My Salinger Year, il est surtout question d’explorer la notion d’ambition chez la femme pour qui le chemin vers la réussite professionnelle n’est pas le même que celui emprunté par une majorité d’hommes.

De plus, le scénario lui a permis de mettre en scène un personnage féminin dans presque chacune des scènes du film. Afin de respecter le plus possible les mémoires de l’autrice, Philippe Falardeau a été amené à collaborer personnellement avec Joanna Rakoff afin d’acquérir une meilleure vue d’ensemble de la réalité new-yorkaise de l’époque. Le langage, les vêtements, les décors sont des souvenirs qui ont inspiré le réalisateur.

Le cinéma anglophone, le cinéma québécois et les festivals

Selon Philippe Falardeau, il existe plusieurs distinctions à faire entre le cinéma anglophone et le cinéma québécois. Tout d’abord, le financement des films anglophones va principalement dépendre des acteurs et actrices qui tiennent un rôle dans le film. Tandis qu’au Québec ce n’est pas le cas. Il se réjouit d’avoir eu la pleine liberté lors de la réalisation de My Salinger Year. Malgré que le film se déroule à New York, à des fins de production, de nombreuses scènes ont été réalisées à Montréal avec de nombreux acteurs d’ici. De plus, Philippe Falardeau est un habitué des festivals, il est important selon lui de participer à tous les festivals mêmes les plus petits afin de faire la promotion de la culture partout dans le monde.

My Salinger Year est un excellent portait biographique qui aborde avec sensibilité les ambitions d’une jeune femme dans le milieu littéraire new-yorkais des années 1990. Bien que de prime abord, ce film semble s’adresser aux adeptes de littérature, ce n’est pas le cas; il s’agit d’un récit universel qui s’inscrit selon moi dans la mouvance des films «coming of age». En somme, je vous le recommande fortement.

Le film sera présenté à partir du 5 mars 2021 au Cinéma Le Tapis Rouge de Trois-Rivières.

Suggestions de la semaine inspirées par le réalisateur Philippe Falardeau

1- La Grande Bellazza, Paolo Sorrentino (2013)

2- Naked, Mike Leigh (1993)

3- Lawrence of Arabia, David Lean (1962)

4- Otto e mezzo (Huit et demi), Federico Fellini (1963)

5- Kes, Ken Loach (1969)

6- La vie et rien d’autre, Bertrand Tavernier (1989)

 

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