Un peu de cinéma: The House That Jack Built, Lars Von Trier, 2018

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Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante

Malgré le caractère polémique et très sensible de l’œuvre de Lars Von Trier, très souvent associé à de la violence tant psychologique que sexuelle et accusé par certains critiques cinématographiques d’être un réalisateur misogyne en raison de son film Antichrist (2009). L’œuvre de Lars Von Trier est selon moi assez difficile d’accès, souvent jugée dérangeant, pessimiste et dépressif, il sera question dans cet article, de son film The House That Jack Built (2018).

Qu’est-ce que The House That Jack Built? Après avoir réalisé une trilogie sur la dépression, Antichrist (2009), Melancholia (2011) et Nymphomaniac (2013) où il traita en profondeur des thématiques de la culpabilité, de l’angoisse de la mort, de la sexualité morbide ainsi que des relations conflictuelles entre les hommes et les femmes, Lars Von Trier nous convient ici à un récit retraçant la descente aux enfers d’un tueur en série.

Divisé en six parties, le film retrace cinq incidents, cinq meurtres commis par Jack (Matt Dillon), un tueur en série entre les années 1970 et 1980. Contrairement à de nombreux films de tueur en série, on peut penser à The Silence of The Lambs (1991), Seven (1995) ainsi que Millenium (2009), la caractéristique principale de ce film est son aspect graphique et d’une extrême violence. Est-ce trop violent et gratuit? À vous d’en juger, mais sûrement!

Lars Von Trier ne s’éloigne pas trop de ses thématiques habituelles. Cette fois-ci, il nous présente sa vision de l’enfer de Dante. Sous forme d’entretien avec Virgile, référence au personnage de la Divine Comédie de Dante, le personnage de Jack représente tout ce qui est abject chez l’être humain, mais qui selon Lars Von Trier fascine les individus. Il nous présente une vision pessimiste de l’être humain ou celui-ci, comparable à une vermine, tente par tous les moyens d’échapper à son sort, non pas par la rédemption, mais bien par la fuite et la ruse. Malgré toutes les atrocités commises par Jack, celui-ci ne regrette pas ses actions et tente d’échapper à la damnation. Il traite notamment des fondations et des valeurs humaines qui sont si facilement corrompues. Pour lui, l’humain est fondamentalement égoïste, ce qui rend le film cynique et matérialiste.

Chose certaine, ce film est une expérience cinématographique saisissante. Tout comme pour Nymphomaniac, Lars Von Tiers effectue des apartés cinématographiques où le discours d’un personnage devient le discours de l’auteur, et ce sans aucune volonté de le dissimuler. Dans Nymphomaniac, Lars Von Trier répondait à ses détracteurs l’accusant d’antisémitisme tandis que cette fois, il défend l’utilisation de la violence dans ses films précédents lorsque le personnage de Jack affirme « Some people claim that the atrocities we commit in our fiction are those inner desires we cannot commit in our controlled civilization. So they are expressed instead through our art. I don’t agree. I believe that heaven and hell are one and the same. The soul belongs to heaven, and the body to hell ». Lorsque le personnage de Jack prononce ce dialogue, ce que nous voyons à l’écran est en fait un court résumé des œuvres précédentes de Lars Von Trier. Il affirme que l’art et la violence sont intrinsèquement liés. Dans le cas de l’auteur, l’art représente bien sûr, le cinéma, tandis que le personnage de Jack perçoit la violence et le meurtre comme une œuvre d’art et constate que ce qui caractérise l’être humain sont les épisodes historiques d’une extrême violence tels que l’Inquisition, le Nazisme, le Stalinisme, le Maoïsme, etc. À de nombreuses reprises, le personnage tente de construire une maison représentant la stabilité, la quête vers la perfection, sans toutefois trouver le bon matériel. Avant sa damnation et son voyage en enfer, Jack va réaliser son ultime œuvre d’art, une maison composée uniquement de corps humain, la fondation de son œuvre, de sa vie. Cependant, bien que grotesques, les images présentes dans ce film représentent habilement l’iconographie de l’enfer de Dante, mais plus particulièrement de La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux enfers d’Eugène Delacroix en 1822.

Sorti en salle au Québec pendant seulement deux jours, le dernier film du cinéaste danois Lars Von Trier, The House That Jack Built, est incontestablement un film à ajouter à sa liste d’oeuvre à visionner. Si l’envie vous y prend, ce long métrage de près de 2h30 est une ode à la violence et à l’art derrière la violence. Sorti pour la première fois lors du Festival de Cannes en 2018, de nombreuses personnes avaient quitté la salle de représentation, confirmant par le fait même, le retour de Lars Von Trier après plusieurs années d’absence en raison de la polémique entourant ses propos vis-à-vis du nazisme en 2011, lors de la présentation de son long métrage Melancholia.

En somme, à la lumière de ce court texte, est-ce que je vous suggère le visionnement de ce film? Pas nécessairement, je vous suggère fortement par contre l’écoute de ses œuvres précédentes, notamment Dancer In The Dark (2000) Dogville (2003), Antichrist (2009) et Melancholia (2011) afin d’apprivoiser le genre cinématographique que nous propose Lars Von Trier.

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