Un peu de cinéma : The Man Who Killed Don Quixote, Terry Gilliam, 2018

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Cette semaine, après de nombreuses années d’attentes, j’ai enfin eu la chance de visionner le dernier film du cinéaste américano-britannique Terry Gilliam. Présenté en clôture du dernier Festival de Cannes, The Man Who Killed Don Quixote est le résultat de plus de 30 ans d’attente. À l’origine, ce film est un projet datant de 1989, cependant en raison du manque de financement, la production fut à trois reprises annulée. The Man Who Killed Don Quixote se voulait d’une part le retour tant attendu de Terry Gilliam, mais aussi son testament cinématographique, son œuvre ultime.

Malheureusement, lorsque nous avons trop d’attentes, il se peut que nous soyons quelque peu déçus. Alors, imaginez-vous après plus de 30 ans! Il faut dire que je suis un admirateur inconditionnel du cinéaste. Pour ceux et celles qui ne connaissaient pas l’auteur, il s’agit en fait de l’un des membres du groupe humoristique britannique The Monty Python. À l’époque des Pythons, Terry Gilliam et Terry Jones vont co-réaliser le long-métrage The Monty Python and The Holy Grail (1975). Par la suite, il va réaliser de nombreux films fantastiques empreints d’une touche surréaliste dont Brazil (1985), The Adventures of Baron Munchausen (1988) The Fisher King (1991), 12 Monkeys (1995) et Fear and Loathing in Las Vegas (1998) pour ne nommer que ceux-ci.

The Man Who Killed Don Quixote est une adaptation libre du roman L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes. On y retrouve avec plaisir les thématiques essentielles de ses films précédents que sont la folie et l’absurde. Comme dans The Holy Grail, Time Bandit (1981) ainsi que The Fisher King, on y retrouve des personnages et des décors chevaleresques surréalistes.

Alors qu’il est sur un plateau de tournage en Espagne afin de réaliser une publicité, le réalisateur Toby Grisoni (Adam Driver) se remémore la réalisation de son premier film, Don Quixote. En manque d’inspiration, il se rend dans le petit village voisin de Los Suenos afin de retrouver les nombreux villageois qui, dix ans plus tôt, ont participé au tournage de son film. À son grand désarroi, il retrouve le vieux cordonnier Javier (Jonathan Pryce) qui, après avoir interprété le personnage de Don Quixote, a sombré dans la folie, croyant être réellement Don Quixote: «Je suis né par la volonté du ciel dans notre âge de fer pour ressusciter l’âge d’or de la chevalerie. C’est à moi que le destin réserve expressément tous les périls, les aventures extraordinaires et les prouesses les plus éclatantes, mon nom est Don Quixote de la Manche». Persuadé que Toby Grisoni est en fait son écuyer/écureuil Sancho Panza, les deux hommes se lancent dans une quête absurde et psychédélique vers… nulle part. Entre un magnifique château qui en fait est un bidonville et une fête médiévale organisée par un riche oligarque russe, Don Quixote et Sancho Panza vont sombrer dans la folie entre le rêve et la réalité.

Bien que ce film soit considéré comme une comédie, le sous-texte explore fondamentalement deux thématiques dramatiques soit la maladie mentale et la place de l’art au sein du cinéma. Terry Gilliam aborde la maladie mentale, mais plus particulièrement la folie, l’exclusion et l’isolement des individus au sein de la société actuelle. Tout comme son personnage de Parry (Robin Williams) dans The Fisher King, le personnage de Don Quixote sombre dans la folie afin non pas de rechercher le saint Graal dans le centre-ville de New York, mais bien de poursuivre sa quête vers sa bien-aimée imaginaire. Abandonné par la majorité, celui-ci semble toutefois être le plus sain d’esprit. Pour lui, il est important de faire preuve de folie et d’amour et accepter que l’on ne puisse vivre dans des temps révolus et passés.

Il est notamment question d’une analyse de la place de l’art au sein du cinéma. Terry Gilliam dénonce l’utilisation de l’art comme moyen d’effectuer de la publicité. Le spectateur est en mesure de réfléchir sur la place de l’art, mais plus particulièrement, est-ce que l’art doit servir à vendre des choses. Il s’agit là d’une critique du cinéma hollywoodien qui, à l’aide des mégas productions, va favoriser la vente de produits dérivés et de publicités, donc plus de jouets et plus de coca-cola…

Par conséquent, est-ce que The Man Who Killed Don Quixote vaut le visionnement? Je crois que oui, les amateurs du genre vont adorer ce film. Cependant, comme bien des films dont la production avait été annulée tels que l’adaptation de Dune par Alejandro Jodorowsky, je me suis retrouvé mitigé lors de son visionnement. Après plusieurs années d’attente, le film était déjà considéré culte sans avoir été produit par de nombreux cinéphiles. En somme, je vous invite à redécouvrir ou à découvrir le cinéma surréaliste de Terry Gilliam.

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